Lecture / Ecriture
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Je suis ta nuit de Loïc Le Borgne

Loïc Le Borgne
  Je suis ta nuit
  Ados: Le sang des lions

Je suis ta nuit - Loïc Le Borgne

Au coeur des ténèbres
Note :

    Tristan a 17 ans et il vient de perdre une de ses amies : elle s'est suicidée. Le père du jeune homme, Pierre, décide alors que le moment est venu de raconter à son fils un épisode terrible de sa propre enfance ; durant une nuit il couche sur le papier les événements horribles survenus durant l'été 80, dans le petit village breton où il a grandi.
   
   Voilà un roman que j'ai trouvé terrifiant, chers happy few. L'histoire de cette bande de copains, qui vit dans l'insouciance de ses 11 ans, est particulièrement éprouvante. La petite bande, composée de 4 garçons et d'une fille, se soude en fin d'année autour d'un nouveau chef, le secret Maël, qui vient d'arriver dans le village avec sa mère, alcoolique et plus ou moins prostituée. Alors que les enfants jouent près d'un wagon désaffecté par un chaud après-midi, ils découvrent un cadavre atrocement mutilé. A partir de cette découverte, les événements s'enchaînent précipitamment : la peur plane sur le village et d'étranges phénomènes ont alors lieu (chien sorti tout droit des enfers, corbeau qui attaque les humains, scarabées géants et très nombreux qui fondent sur le village, obscurité qui se déploie dans la tête des gens...). Quand les enfants découvrent un deuxième corps, lui aussi mutilé (mais d'une autre manière), Maël leur parle alors du terrible Bonhomme Nuit, qui le poursuit depuis des années et qui réclame les âmes des enfants qui connaissent son existence.
   
   Ce roman fantastique qui s'inspire d'une légende bretonne (réelle ou fantasmée, cela n'a guère d'importance), raconte l'histoire du passage à l'âge adulte qui pour ces enfants va se faire de manière atroce. On y trouve des éléments du roman d'adolescence traditionnel (la bande, la personnalité particulière du chef, les vacances sous le soleil, les jeux de groupe, la copine dont tout le monde est amoureux), habilement mêlés à des éléments fantastiques comme ce Bonhomme Nuit et tout ce qui s'y rattache, réécriture des croque-mitaines qui peuplent les contes. Je ne peux en dévoiler plus sous peine d'en dévoiler trop, mais sachez que, même si on comprend vite quels sont les tenants et les aboutissants liés à l'apparition de ce voleur d'enfants digne des cauchemars les plus terrifiants, le roman est fort bien construit (on assiste à une véritable escalade de la violence jusqu'à l'affrontement final qui est une des scènes les plus réussies) et tient le lecteur en haleine tout du long.
   
   J'ai beaucoup apprécié la vision de cet âge charnière, qui est celui de la pré-adolescence, des amitiés enfantines, de l'amour fraternel et l'arrière-plan typique des années 80 (Goldorak, Albator et les chevaliers Jedi sont au rendez-vous).
   
   Un très beau roman sur l'enfance volée, chers happy few ; je ne peux que vous recommander de vous perdre dans sa noirceur...
   
   PS : il s'avère que cette maison d'éditions appartient à Luc Besson, qui veut promouvoir la lecture auprès des 15/20 ans (d'où le nom de la collection) par des textes de qualité fantastiques ou de SF. L'âge indiqué par cette collection me semble d'ailleurs approprié : ce n'est pas un roman à mettre dans des mains trop jeunes. C’est pourquoi nous ne le classerons pas ici dans la section Enfant/Jeunesse
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critique par Fashion




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La nuit en nous
Note :

    1980. Dans un petit village breton, un groupe d’amis s’apprête à sortir de l’enfance. Plus unis que jamais autour de Maël, un garçon mystérieux qui vient de s’installer au village, ils vivent leurs derniers fous rires et leurs derniers jeux d’enfants, inspirés par Goldorak et Star Wars.
   
   Ce qui va les faire basculer dans la gravité de l’adolescence, le narrateur, Pierre, l’écrit des années plus tard pour son fils, dont une amie vient de mourir. La douleur de son fils fait remonter les souvenirs terrifiants du Bonhomme Nuit qui a semé la terreur et la mort dans leur petit village, bien des années auparavant…
   
   "Je suis ta nuit" de Loïc Le Borgne est un véritable roman d’horreur, et c’est vrai qu’il faut être prêt à un cortège d’assassinats et de mutilations parfois assez éprouvant. Angoisse face à des interventions surnaturelles, mais aussi horreur psychologique et bien réelle, laissant lorsqu’on referme le roman un sentiment particulièrement amer…
   Mais il y a aussi la mélancolie cachée dessous et la reconstitution d’un petit village à l’aube des années 80, ce décor si caractéristique de nos enfances (de la mienne en tout cas): le village ancien bâti autour de son clocher, et autour les maisons qui poussent et qui repoussent la nature, les champs, les forêts, les marais; les retrouvailles dominicales avec les copains à la messe, avant d’aller dépenser quelques centimes en malabars; la nouvelle mythologie amenée par la télé, où les sabres lasers remplacent les épées des chevaliers et les vaisseaux spatiaux les navires des conquérants (peut-être est-ce d’ailleurs un des sens du roman: raconter la lutte entre les personnages des légendes ancestrales _ le Bonhomme Nuit est emprunté au folklore breton _ et les nouveaux héros, Action Joe et autres Jedi); les longues randonnées à vélo, les kermesses avec leurs tiroirs délivrant des trésors dérisoires dans des petites boîtes «Joie d’offrir»…
   
   Ce roman recèle aussi des scènes particulièrement poétiques en contrepoint à l’horreur, et j’ai une pensée particulière pour une scène de rencontre, entre les enfants et les pensionnaires d’un asile, d’un côté et de l’autre d’une rivière, scène de communion et de fraternité, avec le fragile salut de la seule fille du groupe, qui agite une branche d’arbre dans la lumière, pour faire voler à la surface de l’eau mille papillons dorés… Le roman accorde d’ailleurs une grande importance à ces jeux d’ombre et de lumière, seigneur de la Nuit oblige.
   
   Après, je n’ai pas toujours été convaincue par le style de l’auteur (et j’ai trouvé la construction de la première partie un peu répétitive); mais je me suis laissée entraîner dans cette histoire sombre, dont on veut connaître le fin mot, et je trouve la conclusion, les dernières pages, très nostalgiques, tout à fait à la hauteur de la tension que le roman a mise en place.
   
   On pense beaucoup au grand Meaulnes, Maël, le nouveau venu fasciné par Dark Vador, évoquant le bohémien qui vient transformer les jeux dans l’école des parents de François. Même importance des lieux, enchantés ou quotidiens. Mais cette fois les secrets sont beaucoup plus terribles qu’un amour déçu ou trahi…
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critique par Rose




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La menace qui plane
Note :

   Présentation de l'éditeur:
   
   "Été 1980, en Bretagne... Ils sont six copains, inséparables, rêvant à Star Wars, à Goldorak et aux filles. Lors d'une partie de casse-bouteilles, ils découvrent le cadavre mutilé d'un vagabond. C'est le début d'une cascade d'événements terrifiants, mystérieux, dont les enfants sont l'épicentre. La peur s'installe dans le village et, peu à peu, la bande comprend qu'une force maléfique rôde, qui cherche à la détruire. Le Mal est-il de retour? Un roman sur la perte des illusions enfantines, décrite ici avec une intense puissance d'évocation. [ ...] "
   

   
   Commentaire:

   
   Je vais commencer par la mise en situation (inutile et inintéressante, m'a-t-on dit récemment) habituelle. Je vous dirai donc que c'est Fashion qui m'a offert ce livre dans le cadre de notre dernier échange swap. Et ce livre, je voulais le lire depuis un bon moment car il m'intriguait beaucoup.
   
   C'est donc une réelle plongée dans le monde de l'enfance qui nous est offerte dans ce roman. Pierre est veuf. Tristan, son fils de 17 ans, vient de vivre le suicide d'une amie et soudain, il ressent le besoin d'écrire. De lui raconter l'été qui a bouleversé sa vie alors qu'il avait 11 ans. De lui raconter la fin de son enfance.
   
   J'ai beaucoup aimé ce roman. J'ai aimé cette rencontre avec une bande de jeunes de 11 ans inséparables, qui trippent sur Star Wars, qui veulent devenir Actarus et qui sont encore dans ce monde où tout est possible, où les horreurs ne sont pas vraiment réelles, où les adultes sont protecteurs mais un peu agaçants. On les suit dans des moments de leur vie d'enfant, dans leurs jeux, leurs courses folles, leurs fous rires, leurs grands bonheurs d'enfants causés par un rien. L'auteur décrit très bien cette insouciance, ces grands moments, ces instants où les petites choses prennent énormément d'importance, ces amitiés qui semblent indestructibles. C'est profondément ancré dans l'époque, avec des références qui parlent à la trentenaire que je suis.
   
   Et soudain, tout dérape.
   
   La découverte d'un corps, puis l'arrivée d'une ombre, un Bonhomme Nuit. Un Bonhomme Nuit qui rend chacun vulnérable, qui peut transformer les personnes les plus réconfortantes en menaces potentielles. Même pendant que tout va bien, on sent la menace qui plane. Et graduellement, le danger est partout et il va dépasser la compréhension des jeunes. Chacun va devoir faire face à sa part d'ombre, sa colère, à sa nuit personnelle, à celle des autres. Qu'est-ce que le Bonhomme Nuit, en fait? À la fois fable fantastique, et histoire de la perte de l'innocence, ce roman m'a entraînée dans une atmosphère terrifiante (je suis facilement apeurée, je l'avoue) et étouffante, de laquelle je suis sortie un peu étourdie. Et très très peinée pour ces enfants qui avaient vécu l'indicible, l'inacceptable.
   
   Bref, ça m'a beaucoup plu! Merci Fashion!

critique par Karine




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