Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La quête de Naguib Mahfouz

Naguib Mahfouz
  Impasse des deux palais (La trilogie du Caire, tome 1)
  La belle du Caire
  Passage des miracles
  Chimères
  Vienne la nuit
  Le palais du désir (La trilogie du Caire, tome 2)
  Les fils de la médina
  Le voleur et les chiens
  La quête
  Le mendiant
  Dérives sur le Nil
  Miramar
  Récits de notre quartier
  Son excellence
  Akhénaton le renégat
  Matin de roses
  Echos d’une autobiographie
  Les mille et une nuits
  Le voyageur à la mallette, Le vieux quartier
  La malédiction de Râ

AUTEUR DES MOIS D’AVRIL & MAI 2008


Naguib Mahfouz est un écrivain égyptien très prolixe, né au Caire en 1911 et décédé en 2006.

Après des études de philosophie, il a écrit et publié très jeune. Après des tentatives de romans historiques situés à l’époque pharaonique, il décide de placer ses œuvres dans l’époque qui lui est contemporaine. C’est, pour l’Egypte, une époque de profonds bouleversements et il veut en témoigner. Cela donnera lieu surtout à son œuvre maîtresse : La Trilogie du Caire, énorme saga familiale et historique de 1500 pages qui fut divisée en trois romans pour en faciliter la publication.


L’écriture de Naguib Mahfouz témoigne de son époque, elle est donc inévitablement politique et, dans une Egypte qui a du mal à gérer son indépendance, elle sera polémiste et lui vaudra beaucoup de difficultés et une condamnation par les fanatiques pour « blasphème » à cause de laquelle il sera attaqué au couteau en 1994 et frôlera la mort.


Il a été la figure la plus marquante du roman arabe du 20ème siècle. Il a reçu à ce titre le prix Nobel de littérature en 1988.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La quête - Naguib Mahfouz

Mauvais en tout
Note :

   Rassurez-vous, ce n’est pas ce livre qui est "mauvais en tout", comme l’annonce mon titre, mais son personnage principal, du moins à mon avis car je suis loin d’être sûre que Naguib Mahfouz partageait cet avis. Je le soupçonne d’avoir été beaucoup plus indulgent que moi pour ce Sabir, fils de pute (ce n’est pas une insulte mais la profession pas du tout cachée de sa mère), paresseux, avide, jouisseur, violent, irréfléchi, totalement égoïste, lâche, sans scrupules ni remords… et je vous épargne encore quelques adjectifs qui pourraient lui convenir.
   
   Mais enfin bon, nul n’est parfait et il vaut mieux que je reprenne un peu l’histoire.
   
   Bassima Omran, prostituée célèbre, riche et puissante a tout perdu et ses nombreux biens ont été confisqués. Il ne reste plus qu’une belle demeure qu’elle avait mis au nom de son fils et elle vient de passer plusieurs années en prison. Elle en est libérée à l’approche de sa mort et retourne dans cette maison pour y retrouver son fils, Sabir, qui, n’ayant absolument pas envisagé de gagner sa vie en son absence ni même de réduire son luxueux train de vie, a vendu la maison et est sur le point de la quitter. La mère mourante se demande un court moment si elle a eu bien raison d’habituer son fils à une vie de luxe et au mépris de toute autre considération que son propre désir, mais rejette bien vite cette idée saugrenue pour lui chercher une voie de salut. Ses capacités ne lui permettent qu’une profession : maquereau, mais (à juste titre à mon avis) sa mère et lui n’ont que mépris pour cet état et en repoussent l’éventualité. Elle lui apprend alors que son père, qu’elle lui avait toujours donné pour mort est en fait sans doute toujours vivant, qu’ils sont même encore mariés, que c’est un homme riche et puissant (comprenez que le fils pourra fort bien vivre maintenant à ses crochets à lui). Le fiston lui reproche bien un peu de lui avoir caché tout cela, mais bon, comme elle est tout de même en mesure de lui donner certificat de mariage et acte de naissance, il passe l’éponge. Elle meurt, on l’enterre et Sabir part à la recherche de son père.
   
   Ce que je viens de vous raconter là, ce sont juste les vingt-cinq premières pages. Je vous laisse découvrir la suite qui est plutôt mouvementée. Jamais à mes yeux, Sabir n’a réussi à mériter la moindre indulgence, mais c’est peut-être vrai que je suis sévère. Je ne sais pas. Vous me direz ce que vous, vous en avez pensé.
   
   Ce qui me fait douter que Naguib Mahfouz ait partagé ma sévérité, c’est tout d’abord le titre lui-même. "La quête", qui pourrait tendre à accréditer la thèse selon laquelle, Sabir souffre bien d’un manque de reconnaissance paternelle et qu’il recherche une identité et un équilibre qui lui ont été refusés. Alors qu’à mes yeux, il cherche surtout un moyen de continuer à vivre luxueusement et surtout sans effort.
   
   Mahfouz nous présente deux histoires d’amour que son personnage mène de front durant ce récit. Il nous les présente fort bien, nous introduisant avec une infinie justesse dans les détours les plus complexes et contradictoires de l’âme de son personnage. J’ai beaucoup admiré ce savoir faire et y ai été sensible… mais mon cœur trop simple, mon cerveau trop analytique ou je ne sais quoi d’autre encore m’ont interdit d’y croire une seconde. Je ne voyais toujours qu’un mauvais parasite dangereux, menteur et lâche, bref, je n’ai pas pu éprouver la moindre sympathie pour lui.
   
   Au bilan, un livre d’une très belle écriture et d’une peinture très humaine des sentiments les plus retors. Un livre que je n’ai pas vraiment aimé, car l’histoire est un peu banale et le héros m’était antipathique, mais dont je ne peux nier les qualités. A vous de voir.

critique par Sibylline




* * *