Lecture / Ecriture
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Le Caravage, peintre et assassin de José Frèches

José Frèches
  L'Impératrice de la Soie (Coffret 3 volumes)
  Le centre d’appel
  Le Caravage, peintre et assassin

Le Caravage, peintre et assassin - José Frèches

La peinture plutôt que la légende...
Note :

   Michelangelo Merisi, dit le Caravage d'après le nom de sa bourgade d'origine, fait partie de ces peintres que, jusqu'à tout récemment, je ne considérais que de loin, à une distance prudente. Un peu d'attirance qui trouve sa source, non dans la légende noire du peintre, artiste maudit, probablement homosexuel et dont le tempérament violent l'entraîna finalement au meurtre, au cours d'une rixe fatidique, une nuit de mai 1606, mais bien plutôt dans sa peinture, moins immédiatement lisible et séduisante que celle de ses prédécesseurs, avec son jeu sur les lumières et les ombres poussées dans leurs derniers retranchements, et ses compositions extrêmement tendues et dramatiques.
   
   Et puis, les goûts évoluent, l'oeil s'aguerrit, et des tableaux qui me semblaient presque incompréhensibles il y a quelques années ont commencé à me paraître plus séduisants, au point de piquer ma curiosité et de me donner l'envie d'en savoir davantage à leur sujet. C'est donc bien de la peinture du Caravage dont j'avais envie qu'on me parle, et José Frèches m'a donné exactement ce que je souhaitais avec son "Caravage, peintre et assassin" où il privilégie l'oeuvre au regard de la biographie et surtout de la légende qu'il assaisonne d'ailleurs au passage d'une bonne pincée de sel.
   
   Loin de sa réputation d'artiste maudit, le Caravage a en effet joui d'un succès certain au cours de ses années d'activité à Rome. Son talent et son sens dramatique lui avaient en effet valu la bienveillance de plusieurs prélats impliqués dans la mise en oeuvre des directives du concile de Trente qui, définissant les modalités de la Contre-Réforme, avait décidé de rappeler l'art au service de la Foi et de la Propagande de l'Eglise catholique. Dans une ville de Rome divisée entre le "parti espagnol", le plus puissant puisque celui des vainqueurs des Guerres d'Italie*, et le "parti français" qui tentait de contrebalancer l'influence des premiers, les protecteurs du Caravage se comptaient surtout parmi les membres du parti français. Et il ne faut peut-être pas chercher beaucoup plus loin les motifs de la sévérité de la sentence qui le frappa après les événements tragiques de mai 1606. Condamné à mort par contumace, Michelangelo Merisi fut en effet contraint de fuir jusqu'en Sicile et à Malte où il passa ses dernières années en exil, protégé çà et là par la reconnaissance que lui valait son talent et qui lui garantissait une certaine aisance matérielle, avant de mourir dans des circonstances restées obscures en juillet 1610.
   
   Par-delà le destin tragique de l'artiste - quoique peut-être pas si tragique que la légende voudrait nous le faire accroire -, José Frèches rend justice à la richesse et à la postérité d'une oeuvre qui a exercé une profonde influence sur la peinture du XVIIème siècle puis du XIXème siècle, bien au-delà des frontières italiennes. De bout en bout de "Caravage, peintre et assassin", José Frèches a ainsi trouvé les mots justes pour faire partager au plus large public son enthousiasme pour l'exceptionnelle maîtrise du clair-obscur et le sens dramatique qui imprègnent la peinture de Michelangelo Merisi.
   
   
   * Pour en savoir plus au sujet des guerres d'Italie, on peut se reporter à l'ouvrage que leur ont consacré Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini "Les guerres d'Italie - Des batailles pour l'Europe (1494-1559)"

critique par Fée Carabine




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