Lecture / Ecriture
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Le prince et le moine de Robert Hasz

Robert Hasz
  Le prince et le moine
  La forteresse

Róbert Hász est né en 1964 à Doroszló, dans le nord de l’ex-Yougoslavie.
En 1991, lorsque le conflit serbo-croate gagne la région où vit la minorité hongroise, il se réfugie en Hongrie avec sa famille. Il vit actuellement à Szeged où il est rédacteur dans un journal local.
(Source éditeur)

Le prince et le moine - Robert Hasz

Une épopée magyare
Note :

   L'an de grâce 973, Alberich de Langres, moine de l'abbaye de Saint-Gall se voit confier par l'abbé la tâche de rédiger la biographie et les tribulations du moine Stephanus de Pannonie en vue d'instruire le procès en canonisation de celui-ci, démarche qui pourrait apporter un surcroît de renom au monastère.
   
   Stephanus fut désigné dix ans plus tôt par l'abbé Virgile d'Aquilée afin de se rendre vers les terres barbares occupées par les redoutables Magyars. Sa mission officielle était de convertir à la foi chrétienne ces peuplades rudes, païennes et sanguinaires. Officieusement, il devait faire parvenir au souverain des Magyars une proposition d'alliance du pape qui, fort de l'appui de ce peuple indomptable, pourrait ainsi résister à la menace que fait régner l'Empereur Othon 1er, maître de l'Empire germanique, qui ne rêve que de destituer Jean XII afin d'installer au Saint-siège un pontife beaucoup moins réfractaire à ses ambitions. Alberich va donc se mettre au travail et relater le périple de Stephanus.
   
   Mais parallèlement il va écrire dans le plus grand secret un autre texte – plus conforme à l'exacte réalité des faits – car à sa grande surprise, Alberich va découvrir que son ancien maître Stephanus n'est pas mort ni exilé pour avoir – paraît-il, apostasié la foi chrétienne lors de son expédition en terre païenne. Stephanus vit en fait non loin de l'abbaye, au coeur de la forêt, en ermite et c'est là qu'Alberich va le retrouver et apprendre de la bouche même de son maître ce qu'il lui est réellement advenu au pays des Magyars.
   
   Stephanus va donc raconter à son disciple les faits troublants qui n'ont pas tardé à survenir lors de son arrivée en terre barbare. Très rapidement capturé, Stephanus va échapper de peu à une mort certaine. Dans ses habits, ses ravisseurs trouvent un objet qui s'avère pour eux d'une extrême importance. Cet objet, un médaillon en forme de rapace aux ailes déployées que lui a confié l'abbé Virgile au moment de son départ, est en fait le Togrul, l'insigne du Künde, chef spirituel du peuple Magyar. Car le pouvoir, au sein de ce peuple, n'échoit pas à un seul souverain. Le Künde, en charge du pouvoir spirituel, partage l'autorité sur les clans magyars avec le Gyula, qui dirige les armées.
   
   Mais Stephanus apprend rapidement que ce pouvoir bicéphale n'existe plus depuis que le Gyula Arpad, quelques décennies auparavant, a fait traîtreusement assassiner le Künde afin de régner seul sur le peuple Magyar.
   
   Mais comment expliquer que le Togrul, après tout ce temps, réapparaisse entre les mains d'un moine d'Occident ? Le porteur de cet insigne sacré serait-il l'héritier du Künde, son fils qui aurait échappé au massacre commandité par Arpad Gyula ? Stephanus ne peut y croire et se refuse même à envisager cette hypothèse car comment lui, qui est moine de la Sainte Ēglise catholique apostolique et romaine, pourrait-il accepter de renier sa foi pour devenir le représentant de divinités païennes? Malheureusement pour lui, des circonstances dramatiques ne lui laisseront pas le choix.
   A partir de ce moment, Stephanus va mettre le doigt dans un engrenage fatal. De nombreux clansvont s’affronter chacun mû par ses propres intérêts. Sans parler des menaces que font peser sur les frontières les Bavarois, les Bulgares et les Varègues, peuples belliqueux et versatiles qui n'attendent que le moment propice pour s'emparer du territoire conquis par les Magyars.
   
   Dans cette lutte de tous les instants, Stephanus devra faire preuve de courage, de diplomatie et de ténacité pour préserver sa foi, sa vie et ses convictions car – en sus des trahisons et des revirements de tous ordres – les personnages et les événements auxquels il sera confronté vont se dévoiler peu à peu et lui présenter un tout autre visage que celui initialement prévu.
   
   Il en sera de même pour lui-même et ce qu'il va découvrir sur son lointain passé ne manquera pas de le troubler. Car pourquoi a-t-il été désigné pour cette mission de confiance par l'abbé Virgile qui manifestement ne le porte pas dans son coeur ? Pourquoi son supérieur lui a-t-il remis l'insigne du Künde ? Et comment expliquer la présence du Togrul au sein de l'abbaye de Saint-Gall depuis tant d'années ? Comment est-il arrivé en terre chrétienne après l'assassinat du chef spirituel des Magyars ? Stephanus aura de nombreux mystères à éclaircir et celui qui recouvre ses origines ne sera pas des moindres.
   
   Roman en forme d'épopée, «Le prince et le moine» nous entraîne dans une aventure aux multiples rebondissements dans l' Europe du haut Moyen-Âge, une Europe balbutiante, en butte aux derniers assauts des hordes barbares avant que celles-ci ne prennent racine dans leurs pays d'élection afin de créer ce qui donnera bien plus tard naissance à nos modernes nations.
   
    Roman d'aventures érudit et captivant, le récit de Robert Hasz , au travers des diverses interprétations que nous offrent les personnages principaux, nous entraîne dans une odyssée somptueuse et barbare, une formidable chevauchée où l'Histoire se mêle aux mythes et légendes fondateurs du peuple Magyar.
   
   
   PS : Les Magyars ne sont pas un peuple Slave. Ils sont originaires de l'Oural et leur langue les apparente aux Samoyèdes, aux Lapons et aux Estoniens. Ils font donc partie des peuples finno-ougriens.
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critique par Le Bibliomane




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Magyar, vous avez dit Magyar ?
Note :

   "Le prince et le moine" pourrait n'être qu'un bon roman historique sur le Moyen Age dans une Europe Centrale du X° Siècle où combattraient Magyars, Alamans, Moraves ou Bavarois. Avec force massacres, prisonniers, pillages et trahisons fraternelles. Normal quoi, un bon voyage en une lande barbare. Mais les landes barbares ont toujours été parcourues par quelques sages, érudits, lettrés, médecins. Stéphanus est détaché de son abbaye romande, messager pour les Magyars. Très vite prisonnier il apprendra à connaître ce peuple dont il se découvrira au fil de cette histoire de fer, de sang, et de foi, l'un des héritiers.
   
   La construction de ce livre passe par trois versions assez différentes d'un même récit, de très inégales longueurs. Ce n'est pas ce que je préfère mais on peut considérer que ces témoignages ainsi subjectivés enrichissent la mémoire d'un peuple, le parant ainsi de multiples contradictions. Il est vrai que dans ces régions d'Europe centrale le thème des minorités est loin d'être réglé. Ainsi Robert Hasz est né en Voïvodine, c'est à dire en Yougoslavie, mais faisant partie de la communauté hungarophone. Il vit maintenant en Hongrie mais la Voïvodine fait partie de la Serbie. Enfin je crois. Infiniment complexe cet écheveau mais passionnant "Le prince et le moine". Comme l'Histoire du monde est géniale avec ses alternatives et ses méandres, racontée par un conteur comme Robert Hasz. Et puis certaines critiques ont évoqué Gracq, Kafka et... Buzzati, alors...

critique par Eeguab




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