Lecture / Ecriture
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La Mauvaise Vie de Frédéric Mitterrand

Frédéric Mitterrand
  La Mauvaise Vie
  1900 – 1960 Maroc

La Mauvaise Vie - Frédéric Mitterrand

Dubitative...
Note :

   C'est une autobiographie (ça, je le savais) uniquement axée sur l'aspect sentimental de la vie de l'auteur (ça, je ne m'y attendais pas vraiment.)
   Parler de «coming out» en ce qui concerne Frédéric Mitterrand me paraît un peu à côté de la plaque. Il n'a jamais fait ni mystère, ni pose de ses préférences et s'il en parle encore plus clairement ici, c'est parce que l'exercice se prête aux confidences, mais on ne peut pas dire qu'il compte surprendre. D'ailleurs, vous le verrez si vous le lisez, la mauvaise vie, ce n'est pas son homosexualité, c'est plutôt son masochisme et cette existence qu'il mène toujours à côté de ses vrais désirs
   Il déclare se protéger en se préférant les amours tarifés. «L'argent et le sexe, je suis au cœur de mon système; celui qui fonctionne enfin car je sais qu'on ne me refusera pas.» Pourquoi pas? C'est à lui de voir. De toute façon, quelle que soit la façon, on ne se protège pas de tout.
   Un mot revient souvent: maîtriser «je pense maîtriser» ceci ou cela, et il me semble qu'il y croit vraiment, tout comme j'y crois moi aussi un peu... Mais on ne maîtrise rien, ou si peu. Soi-même, peut-être, en partie, pas plus. Tout juste peut-on, ou non, accepter.
   
   J'ai passé tout le premier tiers de ce bouquin à me demander pourquoi je lisais ça. Les émois troubles du jeune Frédéric me laissaient totalement indifférente et je trouvais l'ensemble longuet et sans intérêt. Je suis restée parce que c'était bien écrit. Ca, on ne peut pas le lui enlever. Une sans doute excellente éducation classique vaut à Monsieur Frédéric un style au dessus de toute critique et c'est ce style, ce plaisir que j'avais à le lire qui lui a gardé la lectrice peu intéressée que j'étais.
   Puis, tout soudain, à la page 118, (je l'ai noté, c'était notable) un petit coup de vif intérêt, quand il constate que la «bonne» nourrice qu'il a eue enfant, ne conserve pas d'aussi bons souvenirs que lui de cette période... et qu'il le comprend . Je me suis dit à ce moment là qu'on pouvait peut-être attendre quelque chose de ce bouquin et, alors même que j'allais y renoncer, j'ai poursuivi ma lecture.
   
   Je dois avouer que cela retombe un peu ensuite. Il y a pourtant plus loin quelques portraits de personnages qui retiennent l'attention (les portraits au moins, et certains des personnages). Les amateurs de Burroughs seront sans doute intéressés par quelques pages autour des 220. En tout cas, je l'ai été, moi.
   Ensuite, Frédéric se perd quelque peu profondément dans ses amours de certaines «stars» et ne semble pas du tout conscient de ce que son attitude en ce domaine a de stéréotypée et même de symptomatique, mais bon, on lui passe cet aveuglement puisqu'il est si sincère.
   
   Pour finir, il revient plus précisément sur ses pratiques sexuelles d'adulte. Ca se passe du côté de la Thaïlande et ça a un petit côté rajouté. Comme si son éditeur lui avait dit «Ca manque de sexe. Le lecteur va être déçu! Soyez plus explicite» et qu'il l'avait écouté.
   Ca se termine par un enterrement. Logique.
   
   Globalement j'ai plutôt bien aimé ce Frédéric, sur qui je n'avais aucune opinion avant ce bouquin. Mais sans plus et ça ne suffit pas à faire un grand livre.
   
   
   PS: Le scandale orchestré en otobre 2009 me donne à penser qu'il n'est pas inutile que je revienne ici préciser qu'il n'y a dans ce livre ni pédophilie ni incitation au tourisme sexuel. Juste ce que j'ai dit ci-dessus, quoi qu'on en pense par ailleurs.
   Ceci étant dit, je ne suis même pas tentée de me mêler à la polémique.

critique par Sibylline




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