Lecture / Ecriture
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Margherita Dolcevita de Stefano Benni

Stefano Benni
  Achille au pied léger
  Saltatempo
  BAR 2000
  Margherita Dolcevita
  La grammaire de Dieu

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Margherita Dolcevita - Stefano Benni

♪♫C'était un petit jardin... ♪♫
Note :

   Une famille pittoresque habite un reste de campagne au bord d'une ville : un père réparateur d'objets usagés, une mère qui fume des cigarettes virtuelles et ne jure que par le énième épisode de son feuilleton préféré, un fils aîné fou de foot, le plus jeune de sa prof de maths (!), un grand-père qui danse avec un fantôme et surtout l'héroïne qui donne son titre au roman de Stefano Benni : Margherita Dolcevita. Margehrita, quinze ans, quelques kilos en trop, un coeur cahotant mais de l'esprit à revendre.
   
   Tout ce petit monde vit en parfaite harmonie jusqu'à l'arrivée de nouveaux voisins, trop charmeurs pour être honnêtes...
   
   Aidée de son petit frère, Eraclito, Margherita va mener l'enquête et essayer de préserver ce à quoi elle tient le plus.
   
   J'ai été emballée par ce livre qui emprunte la forme policière mais se situe à la croisée de la poésie, de la fable et qui est bourré d'humour.
   
   On pouvait s'attendre au pire car souvent tant de personnages pittoresques s'agitent en vain, tels des marionnettes. Ce n'est pas le cas ci car il y a une réelle structure narrative et parce qu'on s'attache aux personnages.
   
   Mon chouchou ? Bien évidemment le chien Roupillon, "L'un des plus mystérieux composés arcimbaldiens de la nature" dont je vous laisse découvrir la description savoureuse page 13, chien qui s'appelle ainsi car il souffre de narcolepsie hystérique. "Vous voulez connaître d'autres mystères de mon chien ? Eh bien, j'ajouterai qu'il émet des pets silencieux et perfides puant comme le souffle d'une baleine qui a bouffé du plancton avarié, des sardines pourries et des culottes de Marathonien". Toute ressemblance avec un chien de ma connaissance etc.
   
   Trêve de plaisanterie, cela faisait longtemps que j'avais lu un roman italien et je me suis ré-ga-lée!
    ↓

critique par Cathulu




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Adieu la belle vie !
Note :

   Prenez un pavillon au bord du périphérique ouest d'une grande ville qui restera anonyme faute d'indication plus précise. Margherita, bientôt quinze ans, rêve de poésies et invente des débuts de romans. Autour d'elle il y a Fausto, un père passionné de vieux vélos et autres objets qui envahissent la cave, Emma une maman mordue de feuilletons télévisés, Giacinto le grand frère, Eraclito le petit prodige, Socrate le grand-père farfelu et le chien Roupillon. C'est encore un peu la campagne: pas très loin, le vieux Pietro exploite une petite ferme et il est fier de ses pastèques. Le jardin mal entretenu qui commence derrière la maison de Margherita est encore le terrain de jeux qu'elle préfère; plus loin c'est un cours d'eau où pêcher avec le grand-père, et puis des bois, et même une maison détruite par la guerre longtemps avant la naissance de Margherita Dolcevita; elle imagine qu'une petite fée l'habite.
   
   On sent que l'auteur s'est fait plaisir en accumulant les formules joyeuses et piquantes prêtées à l'adolescente quand elle décrit sa famille et ses voisins. Voici le chien de la maison, un inénarrable bâtard: en faire «l'un des plus mystérieux composés arcimboldiens de la nature» c'est plus drôle. On rit sans se lasser au récit de ses impertinences en classe quand la prof explique le théorème de Pythagore et la tire de sa somnolence «appuyée à l'hypothénuse». L'enfance douce et tranquille de la rêveuse Margherita – et de son jeune frère – va prendre fin au cours de ce récit! Une maison de style ultra-moderne, cube noir aux murs mystérieux, est sortie de terre: s'y installent les Del Bene, comme une parodie de nouveaux voisins branchés mais vulgaires. Dans son journal intime l'adolescente note les travers amusants de ces importuns. Décrire deux familles de manière contrastée est après tout un habile procédé de romancier. Seul Angelo, le fils des voisins, est capable de séduire Margherita, même si les Del Bene le présentent comme un garçon peu intéressant et le font passer pour névrosé!
   
   Page après page, ce qui n'était d'abord qu'un amusant badinage devient dérangeant. Les Del Bene s'imposent et imposent leurs façons de voir à la famille de Margherita. Passe encore pour l'écran plasma, les surgelés et l'air conditionné… Cela devient désagréable – mais on ne peut rien prouver – quand le grand-père trop curieux se retrouve hospitalisé après avoir été renversé par une moto. Cela devient franchement alarmant quand Margherita et son jeune frère Eraclito se doutent que leur père et leur frère aîné ont été embrigadés par Del Bene, sont devenus fanatiques des options sécuritaires, et qu'ils se livrent à des activités commerciales illégales. Margherita et Eraclito entrent en résistance, mais les empêcheront-ils de développer leur réseau d'escadrons de la mort et à quel prix? La comédie légère risque ainsi de se transformer finalement en une fable politique plus sinistre qu'un roman noir. C'est aussi une dénonciation de notre société qui perd en même temps le sens des valeurs humanistes et le respect de la nature. Heureusement il y a Stefano Benni.

critique par Mapero




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