Lecture / Ecriture
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Madame Bovary de Gustave Flaubert

Gustave Flaubert
  Cinq lettres d'Egypte
  Madame Bovary
  Bouvard et Pécuchet
  Un cœur simple
  Salammbô
  L'Education sentimentale
  Par les champs et par les grèves - Voyage en Bretagne
  F comme: Salammbô
  Novembre
  Mémoires d’un fou

Gustave Flaubert est un écrivain français né à Rouen en 1821 et décédé en 1880.


* On peut voir les fiches "Du roman considéré comme un des beaux-arts" de Henry James ou "Gustave Flaubert Une manière de vivre" de Pierre-Marc de Biasi, "Flaubert à 20 ans" de Louis-Paul Astraud et "L’idiot de la Famille" de Jean-Paul Sartre.

O. Frébourg lui aussi a fait un roman de la vie de Gustave, si vous aussi vous vous demandez où est passé Loulou (le perroquet d'Un coeur simple), c'est et si c'est Berthe (la fille d'Emma) que vous cherchez, c'est ici.

Et pire encore, si vous vous interrogez sur la mort d'Emma, vous pouvez mener une "Contre enquête sur la mort d'Emma Bovary" ou explorer la BD "Gemma Bovery"

Madame Bovary - Gustave Flaubert

Le droit au Bovarysme
Note :

   Je m'étais pourtant juré qu'on ne m'y reprendrait plus, tant cette chère Emma m'avait ennuyée lors de notre 1ère rencontre il y a 13 ans (oui, c'était une lecture "obligée", avec un fiche de lecture à rédiger, y compris une analyse de la "psychologie" d'Emma Bovary en quelques lignes... Des écoliers étaient priés d'extraire en quelques semaines et quelques phrases, la substantifique moëlle de ce que Flaubert avait mis 400 pages et des années de travail - et plus encore des années de vie - à réaliser. Logique...). Je me souviens comme si c'était hier de soirées interminables passées devant mon bureau en compagnie de ce livre qui n'en finissait pas!
   
   Mais à la vue des 5 étoiles placées en tête de ma critique, vous aurez compris que mes retrouvailles avec Emma Bovary ont pris une tout autre tournure. Dès les premières pages et l'arrivée de Charles au collège, j'ai été littéralement éblouie par la lucidité et de la précision impitoyables avec lesquelles Flaubert donne vie devant nos yeux à ce grand bênet de "Charbovary" jusque dans la description de sa casquette "une de ces coiffures d'ordre composite, où l'on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d'expression comme le visage d'un imbécile". Et ma fascination n'a fait que s'accentuer à l'entrée en scène de cette chère Emma, et à l'évocation de ses lectures: "Elle avait lu "Paul et Virginie" et elle avait rêvé la maisonnette de bambous, le nègre Domingo, le chien Fidèle, mais surtout l'amitié douce de quelque bon petit frère..." et puis "Avec Walter Scott, plus tard, elle s'éprit de choses historiques, rêva bahuts, salle des gardes et ménestrels. Elle aurait voulu vivre dans quelques vieux manoirs, comme ces châtelaines au long corsage qui, sous le trèfle des ogives, passaient leurs jours, le coude sur la pierre et le menton dans la main, à regarder venir du fond de la campagne un cavalier à plume blanche qui galope sur un cheval noir." Je me suis très vite laissée entraîner à partager les attentes et les espoirs d'Emma, je me suis laissée éblouir avec elle par tout ce qui brille et scintille, avec la fascination morbide de la phalène obstinément attirée par la lampe qui la réduira en cendres (une fascination morbide et une menace dont je ne voulais rien savoir, il y a 13 ans, et peut-être à raison...). Emma Bovary comme une métaphore du tragique de la destinée humaine, oui, Emma Bovary pas particulièrement femme (à mon avis du moins) mais si terriblement humaine...
   
   J'ai été cette fois passionnée par ce livre au point qu'un soir, je fus tirée de ma lecture par la sonnerie stridente du détecteur de fumée, juste à temps pour sauver mon dîner, oublié sur la cuisinière, d'une combustion définitive et irrémédiable. Bref, vous aurez compris que je me suis offert, en compagnie de cette chère Emma, le plaisir un peu trouble mais oh combien délicieux d'une crise aiguë de Bovarysme, droit imprescriptible du lecteur n°6, le droit de succomber par procuration aux tentations et aux pièges qu'on évitera peut-être - ou peut-être pas - dans la "vraie" vie.... Avec l'espoir ou l'illusion d'être un peu plus intelligent et plus humain au moment de refermer ce livre...
   
   PS, Variations autour d'un livre-culte: On peut mener une "Contre enquête sur la mort d'Emma Bovary".
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critique par Fée Carabine




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Emma pour les intimes.
Note :

   Chroniques ordinaires. D'une provinciale, une paysanne qui s'embourgeoise. Romantique. Excessivement romantique. Au XIX siècle.
   « Pourquoi, mon Dieu me suis-je mariée ?
   Elle se demandait s'il n'y aurait pas le moyen, par d'autres combinaisons du hasard, de rencontrer un autre homme ? »
   Voilà donc un roman qui revient régulièrement dans les listes des meilleurs romans de tous les temps. Simples chroniques ? Non pas. Drame intemporel qui, hormi la technologie dont il est fait usage : diligence pour se déplacer et pas encore de mobile pour communiquer ( !), n'a pas pris une ride.
   Le roman est linéaire, « à l'ancienne » dirions-nous. Les descriptions foisonnent, et d'une précision hallucinante. L'écriture, dépouillée, et qui supporte ses 150 ans d'ancienneté !
   Chacun pourra faire d'Emma Bovary et des différents protagonistes une analyse différente (ça sert d'ailleurs de support à de nombreux pseudo-tests). Intemporel donc, beau. Certainement un chef d'oeuvre.
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critique par Tistou




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Variations sur un thème (suite)
Note :

   "Madame Bovary" est un roman d'une ampleur telle qu'il en a ensorcelé plus d'un (ou d'une) au point de les amener à reprendre, manoeuvrer, triturer l'histoire ou les personnages, afin -l'espéraient-ils naïvement- de maîtriser leur fascination. (On a le même phénomène autour de La recherche du temps perdu).
   
    D'autres, les lecteurs, ont caressé leur enchantement en lisant ces romans-là aussi. Chose que, personnellement, moi, j'aime bien.
    Il y avait:
   
   
    "Contre enquête sur la mort d'Emma Bovary" de Philippe Doumenc.
   
   
    "Gemma Bovery" de Posy Simmonds.
   
   
    "Mademoiselle Bovary" de Raymond Jean.
   
   Et le très peu classique "Madman Bovary" de Claro
   
   
   Si vous en connaissez d'autres, envoyez-nous leur fiche pour compléter notre collection.
   Merci d'avance.
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critique par Sibylline




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Madame Bovary et moi
Note :

   La première fois que j’ai lu Madame Bovary, je travaillais dans une colonie de vacances. Mon livre et moi formions un couple tellement attendrissant que, lors d’un jeu de pistes, l’un des défis pour les enfants était de me retrouver et de me demander: «Que lis-tu, Rose?» «Je lis Madame Bovary».
   J’avais tardé à me pencher sur cette histoire, car, victime innocente de la redécouverte (?) des " Trois Contes" de Flaubert, j’avais étudié deux fois déjà à l’école " Un cœur simple" , et je n’en pouvais plus des affres de la malheureuse servante Félicité.
   
   A la relecture, j’ai retrouvé le plaisir de ces phrases parfaitement calibrées pour crucifier les aspirations des personnages et épingler leur bêtise ou leur conformisme. Flaubert a vraiment la dent dure, et c’est délicieux.
   
   On connaît l’histoire: Emma est une petite sotte romantique et exaltée, aux rêves trop grands, qui meurt de frustration dans une petite ville de la campagne normande. Elle a épousé un médecin, Charles Bovary, une bonne pâte d’homme qui lui passe ses caprices et ne la comprend pas. De crises de nerfs en rêveries platoniques, d’adultères décevants en crise mystique ou en frénésie de dépenses, elle finit par s’empoisonner à l’arsenic.
   Grande sœur de toutes les lectrices, elle est une figure de l’aveuglement: elle n’apprend pas la vie dans les livres, n’y recherche pas une représentation de la réalité mais s’égare dans des rêveries chevaleresques et illusoires. La vie selon elle ne devrait être faite que de sentiments purs, d’élévation, les jours devraient couler étales et palpitants à la fois, dans un bonheur parfait.
   
   Et Flaubert de fustiger la mièvrerie des romans que les jeunes filles lisent en secret au couvent et des rêveries romantiques de héros forts comme des lions mais doux comme des agneaux. Il jubile de saboter la promenade d’Emma chez la nourrice, en la galante compagnie de Léon, en une expédition entrecoupée du spectacle d’un pourceau sur son fumier, de vaches entourées d’essaims de mouches ou de guenilles mises à sécher au soleil. Tout cela est laid, mais infiniment drôle. Par un procédé symétrique, lors de leur premier rendez-vous à Rouen (celui où, ils le savent, la love affair doit, va se conclure), la rencontre à la cathédrale est parasitée par un guide qui tient absolument à faire voir aux jeunes gens les beautés notables du lieu, pour la plus grande exaspération de Léon qui, fort comme un lion mais peu gentleman, lui arrache littéralement Emma pour la jeter dans un fiacre (là intervient la célèbre scène du fiacre, celle où l'on ne nous dit rien pour mieux nous laisser tout imaginer).
   Bref, Flaubert est un grand auteur comique. Difficile alors de se laisser émouvoir par les personnages, de s’identifier. Mais pas impossible: si agaçante qu’elle soit, Emma est cette rêveuse touchante qui voudrait toujours reprendre sa vie à zéro, avoir mieux, plus grand, plus beau; elle pousse toujours le jeu beaucoup plus loin que ses amants pusillanimes qui finissent par l’abandonner parce qu’elle voit trop grand. Je n’aime cependant pas trop son côté midinette: ses rêveries ne lui offrent l’image d’une vie accomplie que dans l’épanouissement d’un grand amour. Jouer du piano? à quoi bon puisqu’il n’y a aucun cœur à voler par la qualité de son jeu.
   
   Emma a son double dans le domaine de la science, de la connaissance et non plus du cœur: c’est le pharmacien Homais. Lui a échangé les images romantiques contre les convictions progressistes et déistes héritées du siècle des Lumières et, de même qu’Emma laisse les liaisons clandestines et les baisers enflammés affadir sa perception de la vie quotidienne, Homais se montre parfois aveugle et insensible, tout occupé qu’il est à lutter pied à pied contre une idée qu’il juge obsolète. C’est ainsi qu’il veille Emma morte sans vraiment penser à elle, il semble rester à son chevet pour ne pas laisser la place au curé qu’il affronte entre deux assoupissements. J’avoue un faible pour le ridicule Homais, c’est peut-être sa nombreuse famille aux prénoms emphatiques (Napoléon, Franklin, Irma et Athalie), ou sa façon de pérorer impitoyablement. Et pourtant Homais est vraiment le mauvais génie du couple Bovary: il entraîne Charles dans une opération hasardeuse qui le couvrira de honte et lors du suicide d’Emma il se révèle incapable de prendre les bonnes décisions.
   Et comme décidément je suis un cœur sensible, même Charles, oui Charles surtout, n’échappe pas à mon affection: il manque de flamme pendant tout le livre, mais lui, il meurt (peut-être) d’amour.
   
   Enfin une dernière raison à ce grand plaisir de lecture que m’a donné ce roman tient à ce que Flaubert est un écrivain Normand. Maintenant que je maîtrise mieux la géographie locale, je trouve délicieux de voir le ménage émigrer du pays de Caux vers le pays de Bray pour s’installer dans le petit village qui fabrique le pire fromage de Neufchâtel, nous dit-on (un fromage en forme de cœur qui semble destiné à l’Emma qui sommeille en nous), et de suivre la trajectoire folle du fiacre aux rideaux baissés. Je m’étais baladée cet hiver dans le petit village qui inspira Flaubert pour la création d’Yonville. On y trouve un phalanstère pour enfants pauvres (transformé plus tard… en gendarmerie) édifié sur les plans du pharmacien qui fut le modèle d'Homais. Il y a une grande rue avec des halles et quelques auberges à pans de bois. Ce jour-là, il faisait très froid et la grand rue était déserte, ennuyeuse, exactement comme elle avait dû apparaître à Emma.

critique par Rose




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