Lecture / Ecriture
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Journal de Hélène Berr

Hélène Berr
  Journal

Journal - Hélène Berr

Le témoignage poignant d’une jeune fille très intelligente
Note :

    Aussitôt fermé cet ouvrage, j’avais les larmes aux yeux. Ce n’est pas souvent que l’émotion me prend et que je la laisse aller. Il s’agit d’une jeune fille juive qui écrit son journal de 1942 à 1944 pour témoigner de la barbarie ambiante qui finira par avoir raison d’elle puisqu’elle sera déportée et mourra à Bergen-Belsen, peu de jours avant la libération du camp. Elle avait 24 ans.
   
    Le journal s’ouvre sur un printemps insouciant et se clôt sur un hiver infernal. Au départ on sent la liberté, la vie palpitante de cette jeune femme éprise de littérature anglaise, qui pense écrire une thèse sur le poète romantique John Keats (lui aussi mort très jeune de phtisie). Elle revient de chez Paul Valéry où elle a fait dédicacer un livre sur lequel le poète a écrit : «Au réveil, si douce la lumière, et si beau ce bleu vivant.» Ce qui définit assez bien la première partie de l’ouvrage.
   
   Elle aime la poésie anglaise et la musique (elle est violoniste), elle est d’un altruisme à toute épreuve, elle est engagée dans des associations où elle aide les enfants juifs, leur apporte sa fraîcheur et sa farouche volonté de vivre. Elle vit une pure idylle avec Jean (toujours vivant) et c’est grâce à lui que ce journal nous est parvenu, exposé et publié aussi à l’instigation du Mémorial de la Shoa. Les jours s’écoulent, Hélène entend parler d’arrestations, de déportations, craint pour son père qui fut un moment prisonnier à Drancy, fait tout ce qu’elle peut pour aider ses amis et ses proches tant matériellement que moralement.
   
    L’ouvrage, s’il commence dans la vie rêvée, finit avec l’année 1944 dans le cauchemar le plus total et ces trois mots shakespeariens «Horror, horror, horror !» La jeune fille essaie constamment de mettre à distance les évènements et ce qu’elle pense, ses propres opinions. Elle n’est pas revancharde n’approuve pas vraiment le sionisme et, jusqu’à la fin elle tient sa haine naissante – et ô combien compréhensible – à distance. De plus en plus elle sent la nécessité de témoigner, de laisser une sorte de testament de ces temps obscurs. Ce qu’elle ne comprend pas, c’est cet arbitraire et cette contradiction humaine et fondamentale qui pousse un officier allemand à lui tenir la porte dans le métro et un autre jour à la déporter, sans rien savoir d’elle, à «confisquer des vies» comme l’affirme fort justement Mariette Job à la fin du livre dans une biographie sommaire de la vie d’Hélène. Elle ne parvient pas à cerner cet abrutissement de tout un peuple à la botte d’un fou, elle craint plus la méchanceté gratuite des hommes que la mort elle-même. Mais elle reste d’une volonté tenace et garde espoir, essaie d’entrevoir un avenir radieux avec Jean, parti en zone libre.
   
    A la fois philosophique et poétique, d’une rare acuité, on suit Hélène dans ce qui deviendra son enfer et l’on tire de grandes leçons morales à la lecture de cet ouvrage qui nous fait regarder nos vies sous un autre angle en se posant sans cesse cette question, «qu’est-ce qui est important finalement ?». Un témoignage essentiel, vu de l’intérieur par cette Anne Frank adulte.
   
    Dire qu’il y en a encore pour oser parler de «détail » ! Je ne pourrai jamais ranger ma haine de ceux-là !

critique par Mouton Noir




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