Lecture / Ecriture
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Le petit Chose de Alphonse Daudet

Alphonse Daudet
  Le petit Chose
  Les lettres de mon moulin

Le petit Chose - Alphonse Daudet

Les lettres de mon mélo
Note :

    "Histoire d'un enfant"
   
    Pour son premier roman, Daudet s'adonne à ce qu'on peut appeler un roman autobiographique dans la mesure où les éléments tirés de sa jeunesse sont mêlés à des épisodes totalement fictifs. Parmi ceux-là, la ruine de l'entreprise familiale, le départ de Nîmes pour Lyon, la place de pion à Alès et l'installation à Paris avec son frère, et pour ceux-ci quelques portraits colorés, une aventurière, la bourgeoisie boutiquière ("les Fougeroux, avec leurs six demoiselles rangées en tuyau d'orgue"), quelques figures de la bohème littéraire parmi lesquelles on peut reconnaître Leconte de Lisle qui a droit à un traitement spécial en raison des liaisons tendues entre Daudet et les Parnassiens.
   
    Ce côté mêlé se retrouve dans le mode de narration choisi par l'auteur qui passe sans cesse de la première à la troisième personne, et ce parfois dans la même phrase ("A dire vrai pourtant, l'arrivée du petit Chose ne fit pas grande sensation, et je fus bien vite oublié, dans le coin de la salle où je m'étais réfugié timidement...").
   
    En revanche, sur le plan du ton adopté, pas de mélange : c'est du bon mélodrame d'époque, les "Ô", les "Ah" et les "Hélas" pullulent avec option moralisatrice en prime puisque le jeune héros, après être tombé dans la débauche, retrouve le droit chemin en suivant le modèle de son frère qui, bien sûr, meurt en route. Hetzel accentuera cet aspect édifiant en établissant une édition édulcorée du livre pour sa "Bibliothèque d'éducation et de récréation", raison pour laquelle c'est souvent le seul aspect du livre qu'on a retenu.
   
   "Le petit Chose" vaut cependant bien mieux que sa réputation, et s'il est vrai que les scènes entre les deux frères (qui semblent avoir marqué le Martin du Gard des Thibault) sont bien lourdes, on y trouve aussi du vocabulaire pour les amateurs de lexique, des tableaux de genre très réussis, une profession de foi esthétique contre le Parnasse et un morceau de choix, tout l'épisode scolaire au cours duquel le jeune héros exerce la fonction de maître d'études dans un collège cévenol.
   
    Extrait (le petit Chose appartient à une troupe de comédiens ambulants). "Il restait là, taciturne et triste comme les grands comiques, l'oreille fermée à toutes les trivialités qui bourdonnaient à ses côtés. Si bas qu'il fût tombé, ce cabotinage roulant était encore au-dessous de lui. Il avait honte de se trouver en pareille compagnie. les femmes, de vieilles prétentions, fanées, fardées, maniérées, sentencieuses. Les hommes, des êtres communs, sans idéal, sans orthographe, des fils de coiffeurs ou de marchandes de frites, qui s'étaient faits comédiens par désoeuvrement, par fainéantise, par amour du paillon, du costume, pour se montrer sur les planches en collants de couleur tendre et redingotes à la Souwaroff, des Lovelace de barrière, toujours préoccupés de leur tenue, dépensant leurs appointements en frisures, en vous disant, d'un air convaincu : "Aujourd'hui, j'ai bien travaillé", quand ils avaient passé cinq heures à se faire une paire de bottes Louis XV avec deux mètres de papier verni..."

critique par P.Didion




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