Lecture / Ecriture
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The portrait of Mr. W.H. (Le portrait de M. W.H.) de Oscar Wilde

Oscar Wilde
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Oscar Wilde est le nom de plume d'Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde,écrivain irlandais, né à Dublin en 1854 et mort à Paris en 1900.

The portrait of Mr. W.H. (Le portrait de M. W.H.) - Oscar Wilde

Étude en Sonnets majeurs
Note :

   Un livre surprenant qui s’apparente à une approche estudiantine des sonnets de Shakespeare. Il ne s’agit pas pour autant d’une thèse. Wilde a trouvé un prétexte à ce décorticage littéraire: prouver l’identité de celui dont les initiales, W.H. (Willy Hughes?), donnent lieu à de multiples hypothèses. C’est pour prouver l’une d’entre elles que Cyril Graham n’hésite pas à commettre un faux. À la découverte de la supercherie, et faute d’avoir pu apporter les preuves de sa théorie, Graham se suicidera. Le narrateur s’empare de la théorie de Graham et la développe par la relecture des sonnets de Shakespeare. Cette démonstration tourne à l’obsession et chaque strophe des sonnets est sujette à établir l’identité de W.H.
   
   Ne nous méprenons pas, Wilde livre là un conte, une fiction. Mais derrière cette mise en scène se cache un plaidoyer homosexuel. Cette mise en avant de la théorie de l’homosexualité de Shakespeare est une allusion à peine dissimulée à sa propre vie, ses convictions, ses attirances pour les jeunes hommes.
   
   Jeunes hommes qui, en Angleterre à l’époque victorienne, étaient convoités par le théâtre. Un théâtre élisabéthain qui refusait aux femmes l’accès à la scène. Celles qui s’y essayaient étaient rudoyées: “… some French actresses came over and played at Blackfriars, we learn that they were hissed, hooted, and pippin-pelted from the stage” (des actrices françaises vinrent jouer à Blackfriars, on apprit qu’elles furent sifflées, huées, et bombardées de pommes depuis la scène). Les rôles féminins étaient donc tenus par de jeunes hommes dont le physique délicat pouvait aisément s’accommoder de cet artifice. Mais pour adulés qu’ils étaient, leur carrière était liée à l’empreinte du temps et “… certainly when chins grew rough and voices harsh much of the charm and grace of the performance must have gone” (lorsque le menton devenait rêche et la voix rauque, une bonne partie du charme et de la grâce du spectacle disparaissait inévitablement).
   
   Pour éviter un essai fastidieux sur les sonnets de Shakespeare, Wilde insère des extraits de ces sonnets dans le fil du texte. Malgré tout, j’ai trouvé cette analyse un peu longuette, presque monotone. Toutefois quelques évocations éclectiques participent à l’intérêt, comme “Le banquet” de Platon, Michel-Ange, Montaigne, La Boétie… Remarquable aussi, la considération que Wilde exprime pour le théâtre à travers cet extrait: “Le sculpteur doit renoncer à la couleur et le peintre au relief des formes. L’épopée change les actes en mots, et la musique change les mots en tons. Seul le théâtre, pour reprendre la formule de Gervinus, emploie tous ces moyens à la fois, et, comme il s’adresse autant à l’œil qu’à l’oreille, il met à son service et à sa disposition la forme et la couleur, le ton, le regard et la parole, la rapidité du mouvement, le réalisme intense de l’action visible”.
   
   Un livre qui se conclut sur l’évanouissement d’une passion: “Peut-être, en trouvant l’expression parfaite d’une passion, avais-je épuisé la passion elle-même. Les forces de l’émotion, comme les forces de la vie physique, ont leurs limites positives. Peut-être le simple effort déployé pour convertir quelqu’un à une théorie implique-t-il une forme de renonciation à la capacité de croire. L’influence n’est rien d’autre qu’un transfert de personnalité […]. Chaque disciple enlève quelque chose à son maître”.
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critique par Lincoln




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Pure théorie
Note :

   Présentation de l'éditeur
   
   "Qui se cache derrière les initiales W. H. dans la dédicace des célèbres Sonnets de William Shakespeare? Un généreux mécène, un ami imprimeur, un jeune et séduisant acteur ou Shakespeare lui-même? Pour Oscar Wilde, c'est sans aucun doute Willie Hugues, un acteur spécialisé dans les rôles féminins qui fascina le Barde... Passionné par le mystère de Mr. W. H., Oscar Wilde se lance dans une enquête érudite et troublante sur le monde du théâtre élisabéthain."

   
   
   Commentaire

   
   Je dois avouer que quand je me suis lancée dans ce livre, je n'avais alors là aucune, mais aucune idée qu'il s'agissait en fait d'un essai romancé sur "Mais qui est donc W.H?". Étant dans un état de fébrilité mentale assez impressionnante (un dodo... Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!!!), disons que je n'avais peut-être pas la concentration nécessaire pour vraiment m'y pencher au départ... mais je dois quand même avouer qu'après quelques pages... j'ai voulu y croire!
   
   À quoi? À cette théorie basée sur aucune preuve et sur une analyse purement littéraire des Sonnets de Skakespeare, qui nous en dirait long sur "les profondeurs de son cœur", comme l'affirme le narrateur. À partir de cette interprétation, le narrateur tire de nombreuses conclusions qui l'amènent à imaginer toute une partie de la vie de Shakespeare, qui impliquerait une grande amitié (presque une amitié amoureuse, en fait) avec un jeune acteur spécialisé dans les personnages féminins du nom de Willie Hughes, nom inféré à partir des dits sonnets.
   
   Dans les pages, on rencontre d'abord un jeune homme et son ami Erskine, ami qui lui raconte l'histoire d'un de ses amis à lui, Cyril Graham. Cet homme était cultivé, beau, élégant, et avait noté que les théories au sujet de W.H., présent dans la dite dédicace, comportaient des failles. Il a donc élaboré la sienne, qui le mènera à un destin tragique. Lorsqu'il entendra la théorie, le narrateur (souvent associé à Wilde lui-même) tentera de la prouver et de la diffuser au monde. Nous aurons donc droit à l'élaboration de cette théorie partie de rien mais qui nous entraînera dans le monde de Shakespeare et des théâtres élisabéthains, le tout appuyé par des passages des dits Sonnets. On sent que Wilde s'en donne à cœur joie avec ses théories et qu'il en profite pour jouer sur le vrai et le faux, ainsi que sur l'ambiguïté sexuelle et amoureuse.
   
   Finalement, même si ça demandait un peu plus d'utilisation cérébrale que prévu (bon, pas tant que ça, quand même... ça se lit très bien et ce n'est aucunement pédant), j'ai bien aimé cette balade toute pleine d'hypothèses à l'époque élisabéthaine. On a presque le goût de se laisser convaincre, même si notre bon sens et l'absence de preuve nous pousse plutôt à croire le contraire. Comme j'avais beaucoup lu là-dessus l'an dernier, lors de mon voyage en Angleterre, ce fut un plaisir de revoir ces noms d'acteurs et d'auteurs connus!

critique par Karine




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