Lecture / Ecriture
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Messieurs Ma père et fils de She Lao

She Lao
  Le pousse-pousse
  Gens de Pékin
  La cage entrebâillée
  L'Enfant du nouvel an
  Un fils tombé du ciel
  Quatre générations sous un même toit
  Les tambours
  Histoire de ma vie
  L'homme qui ne mentait jamais
  Messieurs Ma père et fils
  Ecrits de la maison des rats

AUTEUR DES MOIS DE FEVRIER & MARS 2008


Ecrivain chinois né en 1899, il a écrit des romans, des nouvelles et un peu de théâtre.

Ses personnages centraux sont habituellement des habitants de Pékin des classes pauvres ou moyennes.

Bien que partisan de Mao dès le début de la révolution, il n’échappa pas aux exactions de la Révolution Culturelle et sa mort dans le lac Tai Ping le 24 août 1966, officiellement attribuée à un suicide, risque fort d’être un crime des Gardes Rouges. Chose difficile à tirer au clair maintenant.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Messieurs Ma père et fils - She Lao

Choc des cultures
Note :

   Lao She, a vécu 5 ans à Londres (de 1924 à 1929). C’est pendant cette période qu’il écrivit «Messieurs Ma, père et fils» qui se trouve de ce fait fort bien documenté. Fort bien documenté également parce qu’il était dans la nature et le goût de Lao She de se montrer précis et même méticuleux dans ses descriptions. Ce qui est un des nombreux charmes de ce roman : la qualité documentaire. Mais ne craignez pas d’avoir à lire péniblement une œuvre un peu indigeste car ce livre est tout à l’opposé. Il est très agréable et facile à lire et ce n’est presque qu’après que l’on réalise tout ce qui nous y a été dit… et appris.
   
   Voici de quoi il s’agit : Monsieur Ma père, qui toute sa vie a rêvé de devenir fonctionnaire (le comble à ses yeux de la sinécure glorieuse), vient d’hériter de son frère le commerce d’antiquités chinoises que ce dernier avait à Londres. Monsieur Ma méprise fort le commerce – et d’ailleurs tout travail de façon générale-, mais son incurie l’a réduit à une situation qui ne lui laisse guère la liberté de refuser cet héritage. Il ira donc à Londres avec son fils (son épouse est morte) tirer le meilleur parti du commerce de son frère, pour revenir bientôt en Chine, mieux nanti.
   
   Monsieur Ma fils a 20 ans, plus de courage et l’esprit plus ouvert. Lui aussi espère que le commerce améliorera sa situation, mais loin de mépriser cette occupation, il est tout à fait disposé à faire de son mieux pour y réussir. Grâce à un missionnaire revenu de Chine, ils trouvent à se loger chez Mme Window et sa fille qui tiennent bien une pension de famille mais qui, sans l’insistance du pasteur, n’auraient jamais même envisagé de louer à des Chinois. C’est qu’on sait en Angleterre ce que valent les Chinois. Les films, les feuilletons et les romans le montrent assez.
    «De plus, chacun de ses diables à face jaune fumait l’opium, s’adonnait au trafic d’armes, cachait sous son lit les victimes qu’il avait tuées, violait les femmes sans distinction d’âge et se livrait à mille autres méfaits passibles des plus cruels supplices.»
    Et les Anglais y croient vraiment, il n’y a aucune honte pour eux à insulter un Chinois du seul fait de sa couleur, mais il y en a énormément au contraire à le traiter comme un être humain à part entière.
   
   L’intelligence de Lao She a été de ne pas transformer ce roman en réquisitoire indigné. Il ne reproche rien aux anglais, il se contente de raconter. Dans le même temps, il ne nous présente pas les Chinois comme vraiment meilleurs et eux aussi sont présentés avec tous leurs défauts. Racisme et préjugés sont des deux côtés. Monsieur Ma père représente toutes les tares qui pénalisent tant son pays, il donne à Lao She l’occasion de les montrer du doigt, et son fils démontrera l’impossibilité qu’il y a à transformer les choses par la seule bonne volonté.
   
   L’autre talent de Lao She a été d’utiliser tout du long un ton léger et même humoristique, pour des tranches de vie qu’il aurait pu choisir de nous narrer sur le mode désespéré. Son récit n’a rien de l’aigreur récriminatrice. Son écriture précise nous mène tout au long d’un récit assez dramatique en nous faisant presque tout le temps sourire. Un sacré paradoxe !

critique par Sibylline




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