Lecture / Ecriture
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Battement d'ailes de Milena Agus

Milena Agus
  Mal de pierres
  Battement d'ailes
  Mon voisin
  Quand le requin dort
  Prends garde
  Sens dessus dessous
  Terres promises

Milena Agus est une romancière italienne née à Gênes en 1955.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Battement d'ailes - Milena Agus

"Madame"
Note :

   Ce deuxième roman de Milena Agus (après «Mal de Pierres», 2007) confirme réellement son talent d’écrivain et de conteuse avec un style qui lui est très personnel et une histoire qui ne l’est pas moins.
   
   Pour la seconde fois elle campe un personnage de femme totalement atypique dans le monde qui l’entoure, originale, attachante et en marge d’une société conventionnelle.
   
   Au travers du regard d’une ado de 14 ans, se déroule la vie d’une petite communauté de Sardes qui vivent dans une campagne magnifique bordant la mer.
   
   Une figure domine tout ce petit monde, c’est «Madame». La cinquantaine, marginale sur bien des plans, cette femme se mesure au monde des promoteurs immobiliers car elle refuse de vendre ses terres et leur accès à la mer à tous ces requins du tourisme de masse. Et elle a réussi à entraîner derrière elle le petit groupe des autres propriétaires.
   
   Ceci est le prétexte du livre, il en est la toile de fond. Mais le vrai sujet, c’est «Madame» et les rapports qu’elle entretient avec ses voisins et les hommes qu’elle fréquente. On dit d’elle qu’elle est «une femme superbe et sauvage aux longs cheveux noirs bouclés et au corps de Vénus ou de Diane, aux yeux jaunes et liquides de tigresse qui ne veut dévorer personne mais à l’esprit dérangé…».
   
   En effet, «Madame» est hors norme, elle va à contre courant de tout ce qui se fait, elle se met dans des situations invraisemblables, elle est maladroite à force d’être trop nature, trop authentique dans un monde qui ne l’est plus du tout. Elle est constamment en désespérance de ses déboires sentimentaux, car elle est en quête d’Amour et sa solitude lui pèse. Elle n’a que des hommes de passage… et elle parait avoir une fêlure psychologique tant la chance lui fait défaut, jusqu’au jour…
   
   Le récit raconté par la jeune ado, adopte un style enlevé, teinté d’humour et de drôlerie, car la petite est partout, même là où elle ne devrait pas être, et ses réflexions sont à la fois cocasses et empreintes de nuances affectives pour «Madame» car manifestement, elle l’aime beaucoup. Son attirance pour elle s’explique en partie parce que malgré son âge celle-ci se conduit parfois comme une gamine, et de plus elles ont en commun le goût de la magie car «sans magie la vie a un goût d’épouvante».
   
   Des phrases courtes et directes animent l’histoire la rendant vivante, et présentant toujours «Madame» avec affection et comique malgré le tour quelquefois dramatique des situations.
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critique par Francès




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Un conte de fée pour adultes (pas trop) sages
Note :

   Un petit coin de paradis, un bout de landes encore sauvages sur les côtes de Sardaigne, et seulement trois maisonnées: celle de l’ingénieur, celle de Madame et celle de la narratrice - quatorze ans et une bonne dose d’esprit critique mêlée d’une pointe d’innocence et d’un fort soupçon d’impertinence. A travers les yeux de cette adolescente singulière, Milena Agus a su trouver un ton original et séduisant pour nous conter les mésaventures amoureuses de Madame. Ses relations compliquées avec les promoteurs immobiliers, qui voudraient tellement construire quelques immeubles à appartements au bord de cette si jolie plage. Et avec des voisins – la famille de l’ingénieur – catholiques-très-bon-teint ainsi qu’en témoigne leur longue ribambelle de marmots, des enfants qu’ils aiment, bien sûr, mais en général plutôt qu’en particulier. Des gens si pragmatiques, convenables et prévisibles qu’aux yeux du grand-père de la narratrice, ils semblent rien moins que totalement dépourvus d’intelligence.
   
   Flirtant avec l’étrange, "Battement d’ailes" prend des allures de contes de fées pour adultes mais surtout, surtout, pour adultes pas trop sages ni trop conventionnels. C’est un conte gorgé de soleil, du parfum des landes et de la saveur de tomates comme on n’en fait plus aujourd’hui - des tomates comme on en faisait "quand les adultes étaient petits".
   
   A défaut de compter parmi ces livres qui marquent durablement le lecteur de leur empreinte, "Battement d’ailes" est un vrai plaisir de lecture, un moment de gourmandise qui donne envie d’en redemander. De Milena Agus, j’avais complètement zappé le fameux "Mal de pierres", saturée par un bouche à oreille assourdissant, avant même d’en avoir tourné la première page. Mais après dégustation de son second roman, ma gourmandise pourrait bien finir par l’emporter sur mes envies d’aller voir ailleurs, si je suis bien là où la rumeur n’est pas…
   
   
   Extrait:
   "Mais la grand-mère des voisins est un être humain important parce qu'avec son cerveau plus petit qu'un petit pois, elle est la preuve ontologique de l'existence de Dieu. Comment pourrait-elle en effet, alors qu'elle manque autant de cervelle, marcher, parler, exprimer des pensées et éprouver des sentiments si l'âme n'existe pas? Donc l'âme existe. Donc Dieu existe." (p. 82)
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critique par Fée Carabine




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Reste la folie douce...
Note :

   Quelque part sur la côte de Sardaigne, une maison surplombe la mer. Elle appartient à Madame, dernier rempart au bétonnage touristique. Car Madame refuse de vendre. Et en plus de refuser de vendre, elle est étrange, décalée dans ses robes coupées dans de vieux tissus, férue de magie, solitaire malgré ses amants et ses amis. Elle dérange et bouscule tout le monde sauf la narratrice, adolescente de 14 ans qui va raconter l’étrange histoire de cette femme dans les pages de son journal.
   
   Ce n’est un secret pour personne que j’avais beaucoup aimé "Mal de pierre". Aussi, c’est avec impatience et un brin d’inquiétude que j’attendais de lire ce second opus de Milena Agus.
   Inquiétude en partie justifiée, et impatience de même! Je m’explique. On retrouve bien dans ces pages le style de Milena Agus, sa manière très sensuelle d’écrire qui donne l’impression d’être soi-même dans le maquis, d’en sentir les odeurs, de sentir la brûlure du soleil et d’entendre les vagues se brisé sur la grève. On y trouve aussi de l’humour, du piquant et des situations drôles et atypiques. Cela, je l’ai apprécié.
   
   J’ai apprécié aussi ces personnages aux marges. Milena Agus a un don pour faire apparaître ces fêlés ordinaires que l’on regarde d’un sale œil parce qu’ils ne font rien comme les autres. Ceux qu’on taxe si vite de fous alors que ce qu’ils expriment est leur souffrance et leur volonté de vivre leur vie comme ils le veulent.
   
   Je ne peux pas en dire autant du récit en lui-même. Bien sûr on s’attache à Madame, à sa souffrance de femme. On s’attache au grand-père, à la narratrice et à sa folle famille, aux autres voisins. On s’attache même un peu aux promoteurs immobiliers. Mais on se perd dans les méandres de la folie de Madame. On se lasse un peu de ses lubies et des ses trouvailles. On se lasse un peu parce qu’on a l’impression de rester en surface tout du long.
   Restent la folie douce, la ferrarina, la poésie et un beau portrait de femme.

critique par Chiffonnette




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