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Histoire du ghetto de Venise de Riccardo Calimani

Riccardo Calimani
  Histoire du ghetto de Venise

Histoire du ghetto de Venise - Riccardo Calimani

Le ghetto originel
Note :

   Que c'est triste Venise… quand on ne s'aime plus ! En fait Venise et les Juifs s'aimaient bien, même si on rêvait de les convertir pour de bon. Si la présence des juifs est seulement attestée vers les années 1300, il faut attendre 1516 pour qu'un quartier de Venise soit affecté aux Juifs askhénazes auxquels s'ajoutèrent des sépharades, Juifs ibériques (marranes), ainsi que des "Levantins". Ils constituaient trois groupes distincts voir rivaux au sein de la communauté juive, enfermée dans le ghetto depuis 1516 jusqu'en 1797 quand les portes en furent brûlées et les juifs proclamés égaux aux autres citoyens de Venise.
   
   Avant de désigner partout les quartiers juifs, le terme "ghetto" tirait son étymologie de l'ancienne forge du nord de Venise — à ne pas confondre avec l'île de la Giudecca, où, paradoxalement, les Juifs n'ont pas habité. Après la peste de 1630 qui emporta le tiers de la population, le XVIIe siècle que la communauté atteignit son apogée démographique soit environ 5 000 personnes. Lorsque Venise fut rattachée au Royaume d'Italie en 1866, les Juifs vénitiens n'étaient plus que 2 000 et le déclin continua. En 1943-1945, deux cents Juifs vénitiens ont péri lors de la Shoah. L'historien Riccardo Calimani détaille particulièrement l'histoire du ghetto selon deux axes : ses relations avec la Sérénissime au XVIe et au XVIIe siècles, ses grands hommes.
   
   Avant 1650, la Sérénissime menaçait sans cesse d'expulser ses Juifs, toujours soupçonnés de pervertir les chrétiens et de faire le jeu du Grand Turc. Pour participer à la vie économique (activités bancaires et commerce maritime) ils durent accepter des statuts précaires, discriminatoires (cf. port du béret jaune) et changeants selon la conjoncture politique et économique. À partir de la fin du XVIIe siècle, ce fut le contraire : la République de Venise qui les pressurait d'impôts pour tenter d'éviter la faillite craignit de les voir partir et cherche à les retenir ; les conditions de leur séjour vénitien se firent moins rigoureuses et les Juifs obtinrent quelques "privilèges". Mais cela n'empêchera pas la décadence joyeuse de la cité de Casanova.
   
   Les célébrités du ghetto furent d'abord des marchands en relation commerciale avec l'empire turc. Le plus célèbre d'entre eux a été le marrane Joseph Nasi qui finit par quitter Venise pour Constantinople où le pouvoir turc le fit duc de Naxos. Malgré la victoire de Lépante (octobre 1571), la perte de la Crète, puis celle de la Morée (1718) ruina le commerce maritime vénitien désormais réduit à un espace régional.
   
   Se tournant du côté des intellectuels, l'auteur nous montre un milieu proche des Humanistes au XVIe siècle avec Isaac Abrabanel puis Simone Luzzatto né en 1583 et chantre de la présence juive à Venise. L'imprimerie se développait sous l'impulsion des Juifs. Daniel Bomberg publia les douze volumes du Talmud de Babylone en 1510-1523. Le pape Jules III réagit : en 1553, on brûla les Talmud sur la place Saint-Marc...
   
   Parmi les rabbins qui ont illustré la vie du ghetto, Léon de Modène est le plus connu, y compris pour son incroyable penchant pour le jeu où il perdit une fortune ! La communauté de Venise fut passionnée par l'aventure de Shabbataï Zvi dont le bras droit Nathan de Gaza séjourna à Venise, et fut secouée par la conversion à l'islam du faux messie. Au siècle suivant, Mosè Chaim Luzzatto, né à Padoue en 1707, devint célèbre pour son mysticisme qui lui valut l'excommunication par…les rabbins de Venise. À la suite de cela, il décida de s'exiler à Amsterdam, puis en Palestine où la peste l'emporta. Il influença les groupes hassidiques de Pologne et de Lituanie, avec Gaon Elia de Vilna et jusqu'au poète contemporain Bialik (1873-1910).
   
   En somme, un livre passionnant et érudit, dont la lecture est facilitée par un glossaire de terme hébraïques.

critique par Mapero




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