Lecture / Ecriture
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Journée d'un opritchnik de Vladimir Sorokine

Vladimir Sorokine
  Journée d'un opritchnik
  Roman
  La Tourmente
  Soupe de Cheval

Connu dans les milieux non-conformistes depuis la fin des années soixante-dix, Vladimir Sorokine, né en 1955, devient un écrivain russe majeur après l’effondrement de l’Union soviétique.
Ses romans, nouvelles, récits et pièces de théâtre sont de véritables événements, suscitant louanges, critiques acerbes, contestations, indignation.
(source l'éditeur)

Journée d'un opritchnik - Vladimir Sorokine

Une journée de perdue
Note :

   Rien à voir avec "la journée d'Ivan Denissovitch" d'Alexandre Soljenitsyne ! Au départ, il y a une idée intéressante : l'auteur imagine la journée d'Andréï Danilovitch Komiaga, un agent des basses œuvres du pouvoir russe dans un futur proche, après 2027. Cette nouvelle Russie est à la fois un retour sur celle d'Ivan le Terrible, qui régnait jadis par la terreur en s'appuyant sur l'opritchnina, mais aussi une plongée dans un futur de hautes technologies. Le monde en fait n'a pas beaucoup changé : la Chine est l'usine du monde, la Russie exporte son gaz, à Moscou le pouvoir est violent et corrompu, mais soutenu par l'Église orthodoxe, et le Président porte une barbe comme Nicolas II.
   
   Les allusions au passé et au présent de la Russie sont véritablement légion. Comme la Grande Catherine, la Présidente, a des amants officiers. Telle la dernière tsarine qui avait recours à un pope et devin sibérien, elle consulte une vieille sorcière sibérienne qui brûle les livres. On va lui expédier les œuvres de Tchékhov pour se chauffer. Alors que les Romanov offraient des œufs Fabergé, il existe des boules magiques dites "aquarium" où flottent des petits poissons en or avec quoi on se drogue — sans doute une astuce : les poissons, "putina" en russe, le nom de l'actuel homme fort du Kremlin. À l'invite du Président, les Russes se sont précipités Place Rouge pour brûler leurs passeports. Une Grande Muraille protège le pays de l'Occident... La nouvelle Russie nationaliste, chauvine, inculte et raciste : telle est la tendance lourde —très lourde— du roman.
   
   Andréï Danilovitch Komiaga se réveille donc en sursaut au premier chapitre et se recouche à la fin du livre dans les bras d'une Anastasia. Entre temps, une pleine journée de privilèges, de crimes, de liquidations, de vodka, de corruptions, de menaces et d'orgies. On sourit dans les premières pages de quelques gags et allusions, de quelques vieux vocables, de quelques piques contre l'actuelle dictature poutinienne, mais très vite on se lasse devant des débordements de bêtise et de vulgarité — même si Sorokine a pu s'amuser en croyant rédiger une fable ironique. N'est pas Gogol qui veut...

critique par Mapero




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