Lecture / Ecriture
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Ubiquité de Claire Wolniewicz

Claire Wolniewicz
  Sainte Rita, patronne des causes désespérées
  Ubiquité
  Le Temps d’une Chute

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Ubiquité - Claire Wolniewicz

Tout venant
Note :

   Vous avez aimé Anna Gavalda, vous adorerez Claire Wolniewicz. Moi pas.
   
   Nous suivons ici les aventures d’Adam, la trentaine bien entamée, qui n’a pas de vie, coincé entre un papa et une maman castrateurs qui l’ont mis à l’abri de tout y compris de l’école, et un métier sans passion : comptable.
   
   Mais un beau (?) jour papa et maman meurent et le voila libéré de tout lien, libre d’utiliser son héritage pour jouir enfin de la vie et se révéler, ce qu’il s’empresse... de ne pas faire.
   
    Pourtant, d’un seul coup (pourquoi d’un seul coup? Parce qu’avant, avec papa-maman dans les pattes, cela n’aurait pas pu amener la suite du roman) Donc d’un seul coup, sans arrêt, des gens dans la rue semblent bien le connaître, mais chaque fois sous un nom et une activité différente. Peu à peu, il se prête au jeu et quand il finit par rencontrer ainsi une jeune femme qui lui plaît fort (grâce à l’éducation attentive qu’il a reçue, il est toujours puceau) il s’y prête plus encore, ouvrant ainsi la porte à d’INCROYABLES aventures. Incroyables je vous dis et le mot est très juste.
   
   Voilà, voilà… ne me demandez pas dans quelles circonstances je me suis retrouvée à lire ce bouquin, ce serait trop long à expliquer, mais sachez que je l’ai lu intégralement (je précise car il n’y a, vous l’avez compris, aucune évidence là-dedans) "gagnant" ainsi le droit d’en parler ici. Ce qui m’amène à tenter d’expliquer pourquoi je n’ai pas aimé ce roman.
   
   Je n’ai pas aimé les pages copiées, je le suppose, dans des magazines de mode ou d’art décoratif et qui s’étendent longuement sur les descriptions, n’épargnant même pas les matières, couleurs, marques et même, dimensions des objets qui «meublent» l’action. "Le superbe téléviseur qu’il venait d’acheter, écran plasma 106cm" ( !) etc. A cet égard, avec sa garde-robe, la description du nouveau studio d’Adam est un sommet (on a même sa liste des courses qu’il fait pour remplir ses magnifiques placards), bien inutile d’ailleurs puisque le dit studio sera très bientôt entièrement dévasté. Je ne peux pas nier que je n’en ai pas été totalement scandalisée.
   
   Je n’ai pas aimé retrouver la même manie descriptive pratique dans des scènes érotiques crues qui du coup, contrairement à ce dont l’auteur doit être persuadée, m’ont semblées bien plus vulgaires que suggestives. En fait, pas suggestives du tout mais très vulgaires. Sexualité vulgaire et mièvrerie des sentiments font un mélange saumâtre.
   
   Je n’ai pas aimé l’extrême facilité avec laquelle tout se réalise ôtant toute vraisemblance, tout reflet de ce que le lecteur peut vivre un jour ou l’autre ou avoir vécu, même de façon transposée, toute possibilité d’identification à quiconque, toute résonance humaine. Bref, ce qui fait un roman. Le problème, ce n’est pas le fait que l’histoire soit imaginaire, c’est que les psychologies et les sentiments le soient tout autant et dans ce cas, on parle de quoi, là ?
   
   Pour l’écriture, à part cette manie descriptive qui rend certaines scènes aussi plaisantes que des pages de catalogues, elle est totalement passe-partout et ne devrait poser de problème à personne. Le vocabulaire est sans piège et, pour le récit linéaire, j’ai eu sans arrêt l’impression de voir le plan du récit qu’avait dû se faire l’auteur avant de se lancer et de le suivre bien régulièrement, de son point de départ à son point d’arrivée, sur un rythme pépère et sans accident de parcours. Ouf ! Le voyage s’est bien passé.
   
   Je ne serais pas étonnée d’apprendre que Claire Wolniewicz a fait quelques études d’histoire de l’art, car il m’a semblé qu’elle les recyclait brièvement ici, donnant au livre un de ces vernis artistico-romanesque si bien vu en ce moment. Car si on se cultive en même temps qu’on lit des romans… que rêver de mieux, ma chère ? Occasion de constater hélas que sa culture artistique n’a rien à voir avec la finesse, la connaissance et la sincérité profonde d’une Siri Hustvedt nous parlant de la «jeune fille aux perles» ou autre tableau. Je n’ai pas pu m’empêcher de soupirer à ce souvenir…
   
   Je n’irai pourtant pas jusqu’à dire que je n’ai rien aimé dans ce roman. Une scène m’a vraiment bien fait rire. C’est quand un tableau a été volé au musée d’Orsay, mais qu’ils ne savent pas lequel et que la jeune femme, qui est experte en art, va avec Adam chercher dans le musée lequel manque. Elle a annoncé à son amant que connaissant très bien le musée, elle verrait tout de suite quel tableau manque à l’appel. Hélas, ils font deux fois le tour des salles sans repérer l’œuvre absente. Le suspens est quasi insoutenable. Heureusement, un hasard bienveillant, amène quelqu’un à faire remarquer devant eux qu’on ne voit plus «L’origine du monde» de Courbet. Et c’est bien ce tableau qui a été dérobé ! (je parie que vous vous en doutiez depuis un moment, ce choix ajoutant quand même du peps à l’histoire, non ?) Mais par pure charité, je me contenterai de ricaner dans mon coin sans commenter les exploits de notre experte en musée d’Orsay qui ne repère pas l’absence d’un de ses tableaux les plus connus (si ce n’est le plus connu pour pas mal de visiteurs).

critique par Sibylline




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