Lecture / Ecriture
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Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda

Luis Sepulveda
  Le Neveu d'Amérique
  Le vieux qui lisait des romans d’amour
  Journal d'un tueur sentimental
  L'ombre de ce que nous avons été
  La lampe d'Aladino, et autres histoires pour tromper l'oubli
  Dès 10 ans: Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler
  Dès 07 ans: Histoire d'un escargot qui découvrit l'importance de la lenteur
  L'Ouzbek muet et autres histoires clandestines
  Le Monde du bout du monde

Luis Sepúlveda est né en 1949 au Chili et vit actuellement en Espagne.

Le vieux qui lisait des romans d’amour - Luis Sepulveda

Curiosité
Note :

   Quelle n’a pas été ma surprise lorsque j’ai tourné la dernière page de ce roman… pourquoi surprise ? me direz-vous, eh bien tout simplement parce que je possède une édition spéciale qui comprend «Le vieux qui lisait des romans d’amour», suivi d’un commentaire de l’auteur, puis d’une nouvelle inédite… Là vous êtes toujours en train de vous dire, mais pourquoi donc a-t-elle été surprise ? Elle va nous le dire oui !
   
   Et bien en fait je me suis rendue compte que ce roman était bien plus court que je ne le pensais, à peine un petite centaine de pages, que le commentaire en fait à peine trois et que du coup, c’est la nouvelle qui prend la plus grand place… j’ai presque été déçue quand j’en suis arrivée à la fin de ce court roman donc…
   
   Mais cependant, je n’ai pas du tout été déçue par son contenu, au contraire… j’avais lu pas mal de critiques sur ce livre et une m’avait marquée plus que les autres, (la personne concernée se reconnaîtra peut-être car j’avoue que je ne me rappelle plus de qui il s’agit) simplement parce qu’elle disait qu’elle avait été déçue car elle ne s’attendait pas du tout à ce contenu essentiellement par rapport au titre… elle s’était faite une idée bien précise, s’était imaginé un tout autre contenu et l’histoire l’avait déroutée.
   
   Je me suis donc plongée dans ce roman sans a priori, et en essayant de me faire le moins d’idées préconçues possibles…et ç a marché, j’ai adoré. D’où ma déception lorsque je me suis rendu compte que ma lecture devait s’arrêter bien plus tôt que je ne l’avait prévu (là vous me direz : mais finalement, tu en avais des a priori, tu pensais que le livre serait plus long ! Bon hein, on ne chipote pas s’il vous plaît !)
   
   Du coup, j’ai bien envie de ne pas vous raconter le contenu de ce roman, de vous laisser dans le flou, de vous donner envie de le lire, juste par curiosité, ça change, non ?
   Bon allez, juste pour vous mettre l’eau à la bouche, le quatrième de couverture :
   «Ses romans parlaient d’amour avec des mots si beaux que, parfois, ils lui faisaient oublier la barbarie des hommes.»
    ↓

critique par Mme Patch




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Une grande leçon d'humanité
Note :

   A El Idilio, petit village situé à l'orée de la forêt amazonienne, les anciens colons cohabitent tant bien que mal avec les chercheurs d'or, les aventuriers partis à la recherche de l'Eldorado et avec les Jivaros, des Indiens rejetés par leur propre peuple et hantant le port en quête d'alcool. La bourgade est administrée par un maire obèse suant continuellement à grosses gouttes et surnommé "La Limace" par les habitants du village. En dehors d'un bateau qui le ravitaille quelques fois par an, El Idilio vit coupé du monde. Mais un jour, les Indiens Shuars, qui vivent non loin de là, repliés dans la forêt, rapportent au village le cadavre d'un chasseur blanc atrocement mutilé. Le maire s'empresse d'accuser les Indiens mais Antonio José Bolivar, un vieil homme veuf habitant le village depuis des années, et grand lecteur de romans d'amour, attribue le meurtre non à une main humaine mais à la griffe d'un fauve. Une femelle jaguar, précisément, qui cherche à venger la mort de ses petits, cruellement abattus par le chasseur. Le maire, qui ne supporte pas d'être publiquement contredit, est bien décidé à faire payer à Bolivar cet affront, et l'occasion ne va pas tarder à se présenter, car les morts se multiplient : le jaguar ne cessant de faire davantage de victimes et se rapprochant de plus en plus du village, il devient urgent de le retrouver et de l'abattre afin de mettre un terme à son implacable appétit de vengeance. Bien évidemment, Bolivar est tout désigné pour cette tâche, lui qui connaît la forêt comme sa poche et qui a vécu durant de longues années auprès des Shuars, dont il a appris de nombreuses techniques de chasse. Mais l'adversaire, cette fois-ci, est l'un des plus redoutables qu'il ait eu à affronter, et le vieil homme n'est pas certain d'en revenir vivant...
   
   Roman le plus célèbre de Sepulveda, qui lui assura une renommée internationale, cet ouvrage a très - trop - vite été rangé dans la catégorie des romans de gare, en raison de son petit nombre de pages et de l'apparente simplicité de son intrigue et de son style. Certes, ces aspects sont indéniables, mais Sepulveda surpasse largement, et à plus d'un titre, tous les Marc Levy, Anna Gavalda et autres Amélie Nothomb, sans parler de Paolo Coelho lui-même, à qui on l'a souvent comparé, notamment pour les thèmes qu'il aborde dans ses romans (la quête de soi, le sacré, l'honneur, la lutte...). D'abord parce que ce roman, sous son aspect simple, voire simpliste, est en réalité plus profond qu'il n'y paraît, et ne se résume pas à une banale leçon pseudo-écologique sur la barbarie des hommes et sur la nécessité de protéger l'Amazonie : il s'agit d'un récit palpitant, dont l'humour n'est pas absent, loin s'en faut (et les descriptions du maire sont particulièrement amusantes, quoique un peu faciles), qui transporte véritablement son lecteur dans ces contrées sauvages de l'Amazonie, où la présence d'une femelle jaguar assoiffée de vengeance peut mettre en péril tout un village.
   
   Le style de cet ouvrage apparaît simple et subtil à la fois, d'une densité parfaite pour rendre compte des réalités décrites, majestueux sans faste ni ostentation, comme si les mots coulaient naturellement sous la plume de l'auteur, et les personnages sont plutôt bien campés, en général loin des clichés (même le maire ventripotent et perpétuellement en sueur n'est pas aussi ridicule qu'il n'en a l'air, notamment par le côté inquiétant qu'il révèle dans certaines scènes).
   
    Le seul bémol concernant cet ouvrage est sa longueur : il est beaucoup trop court pour satisfaire tout lecteur digne de ce nom, et nous immerge dans un univers qu'on ne quitte qu'à contrecœur. Une grande leçon d'humanité, paradoxalement donnée lors d'une lutte à mort contre un animal, ce qui ne peut manquer de faire penser à un autre classique de la littérature au titre très proche, "Le Vieil Homme et la Mer", et comparer Sepulveda à Hemingway est sans doute l'un des plus beaux compliments que l'on pourrait lui faire.

critique par Elizabeth Bennet




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