Lecture / Ecriture
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Le livre blanc de Ilya Stogoff

Ilya Stogoff
  Le livre blanc

Ecrivain russe vivant à Saint-Pétersbourg et né en 1970. Il a pratiqué de nombreux métiers et pas mal voyagé en Russie. Il connaît bien la Sibérie.
Il a déjà publié une bonne dizaine de livres qu’on aimerait bien voir traduits en français !

Le livre blanc - Ilya Stogoff

Histoires loups phoques
Note :

   C’est marrant, on dirait que personne n’a lu ce livre, mais que cela n’a pas empêché un certain nombre de personnes d’en faire la fiche. Et nous retrouvons donc sur le Net, à X exemplaires des notes nous disant en tout et pour tout que nous avons affaire là à «l'épopée d'un peuple sibérien» (c’est la 4ème de couv.) ou à «la traduction du récit cosmogonique etc. » (c’est la note de l’éditeur).
   
   Mais bon, passons. De toute façon, la première chose à dire, c’est que tous ceux qui se sont contentés de faire semblant d’avoir lu ce livre ont eu bien tort. L’imagination était au pouvoir. Ils sont passés à côté d’un truc énorme. Et c’est bien fait pour eux.
   
   Ilya Stogoff se présente ici comme le traducteur d’un texte très ancien, difficilement partiellement retrouvé et qui conte la saga du peuple sibérien des Rennes depuis sa création. Ce peuple est surtout représenté par son chef, Er Sogodokl.
   
   Le récit est divisé en 6 «chants» (en prose), le sixième étant partiellement accidentellement amputé et précédé des explications concernant la découverte du document. Cette introduction au sixième chant, offre toutes les garanties du plus grand sérieux : nom des savants, noms des lieux, dates etc.
   Sauf que tout est faux.
   
   L’auteur s’est livré ici à une véritable débauche de l’imagination la plus "originelle" et la plus libre. C’est un régal de bout en bout. Un régal baroque et sauvage. Tout y est possible et simple. Les chamans ont tous les pouvoirs, mais les différents personnages sont assez délivrés également des règles habituelles de la vraisemblance (pour notre plus grande joie). "C’est qu’elle avait des poux de la taille d’une souris. "
    Et nous voilà introduit dans un monde fabuleux, oui un monde de fables.
   
   Nous nous régalons de la poésie puissante de scènes crues et sanglantes, toutes portées par la plus totale des innocences, l’innocence des tigres.
    " Er Sogodokl transperça les chevilles du prince des Tangui. Il passa une sangle dans les trous. Il la serra bien fort. Il le suspendit à un arbre. Le prince des Tangui se mit pleurer.
   Er Sogodokl lui taillada le ventre. Puis la poitrine. Il se mit à balancer de tous les côtés tout ce qu’il y avait à l’intérieur.
   Et le prince de dire
   - Oh là là ! Il a jeté mes boyaux !
   - Qu’est-ce que tu as à crier ?
   - Oh là là ! Mais ce sont mes poumons !
   - Ca, ça doit être une poignée de lance ? Qu’est-ce qu’elle fait ici ?
   - Mais c’est mon âme !
   Et chtoung ! Le voilà mort, le Tangui.

   
   La poésie n’est jamais loin, "Il parvint sur les territoires des Tangui qui sont si éloignés qu’avant de les atteindre, les oiseaux ont dû pondre au moins trois œufs en route ! " Mais généralement, les phrases très courtes, élémentaires, traduisent le niveau primaire de l’évolution des personnages et le tout premier degré du récit. Il faut cependant voir l’astuce dont ils sont aussi capables !
   De l’astuce, l’auteur n’en manque pas non plus, qui nous fait profiter des rebondissements les plus passionnants et les plus inattendus. Une liberté de ton remarquable.
   
   Je me suis régalée.
   
   Allez, un dernier petit extrait pour rester dans l’ambiance :
   "Elles tapèrent la morte. Elle tomba. Morte à nouveau. Elles lui retirèrent toute la peau en même temps que les ongles et les cheveux. Elles ordonnèrent à la petite de la revêtir. Celle-ci revêtit la peau de la morte. D’un nœud, elles refermèrent le trou à l’endroit du derrière. Elles lui firent enfiler les vêtements de la morte par-dessus. "
   Cette ruse sera lourde de conséquences.

critique par Sibylline




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