Lecture / Ecriture
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Colline de Jean Giono

Jean Giono
  Le chant du monde
  Solitude de la pitié
  Un de Baumugnes
  Colline
  Un roi sans divertissement
  Regain
  Le hussard sur le toit
  Fragments d’un paradis
  Dès 09 ans: L’homme qui plantait des arbres
  L'homme qui plantait des arbres
  Le grand troupeau
  Jean le Bleu
  Les Âmes fortes
  Que ma joie demeure
  L’Iris de Suse
  Le déserteur

Jean Giono est un écrivain et scénariste français né à Manosque en 1895 et décédé en 1970.

Vous trouverez sur ce site la fiche "Jean Giono, le grand western", brillant essai qu' Olympia Alberti a consacré à cet auteur et les rencontres que Pierre Magnan a eues avec lui
Vous trouverez également celle de la biographie que sa fille cadette Sylvie Giono a rédigée.
Et vous pourrez faire des "Balades littéraires à la rencontre de Jean Giono" avec Jean-Louis Carribou.
Sans oublier Jean Carrière et Annick Stevenson

Colline - Jean Giono

De la poésie
Note :

    C'est curieux, j'ai mis du temps à rentrer dans ce livre. Comme si je n'arrivais pas à trouver mes marques. Disons le, je ne connais pas Giono. C'est le premier que je lis (et chaque fois que je dis que je n'ai jamais lu Giono, je me fais engueuler par Jenofa qui est une fan absolu de cet auteur.)
   
   Il y a des bouquins, il me faut une plombe pour rentrer dedans parce que je les trouve nul ou parce que l'écriture est trop tordue. Là je ne dirais pas que l'écriture est tordue, mais elle est très dense. Tout est dans l'écriture d'ailleurs, dans les mots et dans le style qui est très lyrique et imagé. L'histoire en elle même, est très simple.
   Dans ce livre, on n' attend pas une page, un chapitre, les choses se passent aussitôt, dès les premiers mots. Si on loupe les mots on passe à côté de l'histoire. Je ne crois qu'on puisse lire Colline dans le brouhaha d'un bistrot, dans le métro ou dans la rue. Pour rentrer dans le livre, il faut rentrer dans les mots et dans les phrases comme on plonge dans la mer et il faut s'abstraire de tout ce qu'il y a autour. L'idéal, c'est de livre ce livre au printemps, sous un grand figuier, dans un grand parc paisible avec plein d'arbres autour.
   
   Il faut dire, je ne suis pas habitué à lire de la poésie et Giono, c'est de la poésie. Je lis de temps en temps quelques poèmes mais c'est plus du picorage qu'autre chose.
   En fait ce qui m'a donné envie de continuer à lire Giono dans l'avenir, c'est le dossier et la préface. Parce qu'ils donnent des explications et aident le lecteur à comprendre en profondeur le message un peu ésotérique de ce livre. Notamment, le fait que l'auteur fasse référence à la mythologie grecque et en particulier au dieu Grec Pan. cela m'a un peu obligé à ouvrir mon dictionnaire de mythologie.
   
   Ça me fait penser à Brassens. Pendant longtemps, j'ai trouvé que Brassens, c'était pas audible, que c'était toujours pareil, qu'il avait une voix de chiotte. Et puis un jour; paf ! le déclic, comme une claque dans la gueule.
   
   En fait, j'ai hâte de relire un bouquin de Giono, la suite "Un de Baumugne", car j'ai l'impression que j'ai maintenant la clé qu'il me manquait pour bien comprendre ses romans.
   
   PS: "Colline" est le premier volume d'une trilogie dont "Un de Baumugne" est le second titre et "Regain", le dernier.
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critique par Lurbeltz




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Quand la colline est le héros…
Note :

   «Colline» ferait partie d’une trilogie de Giono, la trilogie de Pan, avec «Un de Baumugnes» et «Regain».
   
   La puissance d’évocation de Jean Giono est impressionnante. Il y a des histoires d’hommes dans «Colline» mais la colline reste un personnage à part entière, qui va faire avancer le récit, le conditionner …
   
   Précisons d’abord qu’une colline, en Provence, n’est pas vraiment le petit relief doux et arrondi qu’on peut trouver ailleurs (allez courir dans les collines et vous verrez !). Les collines, en Provence, sont les reliefs assez escarpés, généralement livrés à eux-mêmes et donc souvent peu pénétrables, et où la progression n’est pas des plus aisée. Donc colline, ici, n’a rien de douceur et rondeur. C’est plutôt sauvagerie, aridité et escarpements.
   
   « Quatre maisons fleuries d’orchis jusque sous les tuiles émergent de blé drus et hauts. C’est entre ces collines, là où la chair de la terre se plie en bourrelets gras. Le sainfoin fleuri saigne dessous les oliviers. Les avettes dansent autour des bouleaux gluants de sève douce. Le surplus d’une fontaine chante en deux sources. Elles tombent du roc et le vent les éparpille. Elles pantèlent sous l’herbe, puis s’unissent et coulent sur un lit de jonc. Le vent bourdonne dans les platanes. Ce sont les Bastides Blanches. Un débris de hameau, à mi-chemin entre la plaine où ronfle la vie tumultueuse des batteuses à vapeur et la grand désert lavandier, le pays du vent, à l’ombre froide des monts de Lure. La terre du vent. »

   
   «Colline» est un court roman mais il y a bien des choses qui sont abordées là-dedans.
   Un hameau de quelques maisons, un nombre restreint de provençaux qui vivent quasi en autarcie, un cadre de vie à la fois magnifique et âpre, fragile. Un des membres de la communauté, le vieux Janet, est à l’agonie. Il a toujours eu un statut un peu à part, un peu «sorcier». Les propos qu’il tient (il «déparle») inquiètent plus qu’autre chose. Au même moment divers signes vont tous dans le même sens, le mauvais: un chat noir, que d’aucuns assimilent à l’annonce d’une mauvaise nouvelle, se manifeste, la source tarit (et dans ces collines … !), une petite fille tombe salement malade, un incendie vient ravager la colline manquant de peu griller le hameau … Peu à peu, ce qui pourrait n’être qu’incidents ou coïncidences est interprétée comme malédiction lancée par le mourant avec pour maître d’oeuvre : la colline!
   
   Superstition, faible éducation, naïveté, toute-puissance de la nature, beaucoup de ces paramètres en si peu de pages que c’en est bonheur. La communauté humaine est au-bord de la transgression, sur le fil … Et puis les évènements s’enchaîneront, naturellement. Jusqu’à la prochaine fois?
   
   Lire Giono, c’est prendre en plein imaginaire des bouffées de thym, de lavande, de terre chaude. C’est de la poésie concentrée et du drame antique à la fois.

critique par Tistou




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