Lecture / Ecriture
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Un fils tombé du ciel de She Lao

She Lao
  Le pousse-pousse
  Gens de Pékin
  La cage entrebâillée
  L'Enfant du nouvel an
  Un fils tombé du ciel
  Quatre générations sous un même toit
  Les tambours
  Histoire de ma vie
  L'homme qui ne mentait jamais
  Messieurs Ma père et fils
  Ecrits de la maison des rats

AUTEUR DES MOIS DE FEVRIER & MARS 2008


Ecrivain chinois né en 1899, il a écrit des romans, des nouvelles et un peu de théâtre.

Ses personnages centraux sont habituellement des habitants de Pékin des classes pauvres ou moyennes.

Bien que partisan de Mao dès le début de la révolution, il n’échappa pas aux exactions de la Révolution Culturelle et sa mort dans le lac Tai Ping le 24 août 1966, officiellement attribuée à un suicide, risque fort d’être un crime des Gardes Rouges. Chose difficile à tirer au clair maintenant.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Un fils tombé du ciel - She Lao

La vie de Niu Tianci
Note :

    Sa mère l’a abandonné mais Tianci est un bébé chanceux, puisque qu’il est adopté par une famille chinoise de classe moyenne, dans laquelle il reçoit le traitement royal. Élevé par une mère protectrice et orgueilleuse voulant dissimuler ses origines, Tianci est l’objet de quolibets dans le voisinage, en plus de bouleverser les habitudes des membres de son entourage. À travers son quotidien, c’est l’Histoire de la Chine des années 1930s - en pleine mutation - qui se dessine en filigrane.
   
   L’auteur adopte une approche presque anthropologique pour illustrer la croissance de l’enfant à chaque période de sa vie. De nourrisson à bambin jusqu’à la petite école, on revit notre propre apprentissage du monde physique et ses règles. C’est aussi une incursion dans les mœurs et coutumes des Chinois. Leur manière de vivre un deuil ou les conventions entre les classes, par exemple.
   
   Le récit de la jeune existence du héros n’a rien de particulièrement flamboyant en dépit d’un talent pour l’authenticité. Il s’agit d’une histoire qui tient du naïf à certains égards. C’est dans le traitement humoristique et l’œil vif de Lao She que le lecteur trouve son plaisir. Et aussi, dans les perles de sagesse, saillantes à chaque page tournée au milieu d’un texte dépouillé. «Sans le saule, comment connaître la beauté du vent ?»
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critique par Benjamin Aaro




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Adoption en Chine
Note :

   Roman linéaire de Lao She qui raconte le départ dans la vie de Niu Tanci, enfant trouvé et adopté par Lao Niu et sa femme. Dans l’esprit ça fait furieusement penser à «Le cinquième enfant» de Doris Lessing. C’est moins cruel, mais plus exotique.
   
   Lao Niu et Madame Niu n’ont pas d’enfant. Lao Niu est commerçant aisé mais vit sous la coupe de sa femme : la terrible Madame Niu. Un nouveau-né est trouvé sous leurs fenêtres. On le leur confie. Ils l’adoptent. C‘est donc lui «le fils tombé du ciel».
   
   Dans un premier temps, tout de même, on se dit qu’il est mal tombé, car Madame Liu … un peu rigide … un peu vieille Fra… euh Chine ! Bref ça ne rigole pas tous les jours pour Tanciu. Genre ; on lui attache les pieds bébé pour qu’il ne les ait pas arqués, du coup il les a rentrés dedans ! Comme de plus il ne présente pas les canons de la beauté chinoise, … non, ça ne rigole pas beaucoup (pas sûr qu’on rigole beaucoup en Chine d’ailleurs). Et puis il va porter comme une croix son statut d’enfant naturel dans une société tout de même (à cette époque du moins, années 30) bien raciste et discriminante.
   «Tianci était devenu une marionnette. S’il voyait un bel arc-en-ciel, il fallait aussitôt qu’il se retînt de le montrer du doigt … "Sinon, ton doigt pourrirra !" Il voulait crier : "Oh, le beau ruban de couleurs !", mais une voix l’avertissait : " Ne montre pas du doigt !"Son doigt restait en l’air et décrivait un demi-cercle puis se posait sur le coin de sa bouche. De nouveau, il entendait : "Ne suce pas ton doigt !" Alors il esquissait un geste avec son index qu’il introduisait ensuite dans son oreille, mais c’était pour s’entendre : "Baisse ta main ! " Mais où le mettre ce doigt ?»
   Peu à peu l’intelligence, ou plutôt le fait qu’il ait la possibilité de la cultiver par des études, lui permet de se remettre dans des rails plus … parallèles.
   
   Lao She nous raconte scrupuleusement l’histoire dans une linéarité qui nous parait maintenant un peu démodée. C'est une plongée dans une culture et un monde bien lointains. Dans la même veine que «Les tambours», avec de l’humour, de la bienveillance en plus. Le vilain petit canard survivra à l’époque et à ses épreuves pour peut-être trouver sa voie ? Lao She a en tout cas le mérite de se mettre successivement dans tous les états psychologiques, d’un nouveau-né à un jeune adulte de vingt ans, et ça c’est particulièrement réussi.

critique par Tistou




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