Lecture / Ecriture
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Spinoza encule Hegel de Jean Bernard Pouy

Jean Bernard Pouy
  La petite écuyère a cafté
  Spinoza encule Hegel
  A sec (Le retour)
  1280 âmes
  RN 86
  Cinq bières, deux rhums
  Le rouge et le vert
  Démons et vermeils
  Samedi 14
  Liliane, fais les valises
  Rémy Cooghe, combat de coqs en Flandre
  Calibre 16 mm
  Sous le vent
  Le Bar parfait
  S63
  La Belle de Fontenay
  Le Cinéma de papa

Jean-Bernard Pouy, né en 1946, est l'auteur de plus de soixante-dix romans noirs (dont onze à la Série Noire) et d'une centaine de nouvelles, directeur et créateur de collections.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Spinoza encule Hegel - Jean Bernard Pouy

Pour soixantehuitars
Note :

   Comment résister à un tel titre ? Comment ne pas désirer savoir par quelle manipulation chronologique nos deux philosophes ont pu en arriver à de telles extrémités? Impossible! Pour moi du moins, et à peine avais-je déchiffré la couverture que ma main se refermait sur l’ouvrage malgré mon intérêt modéré pour les polars. D’ailleurs, ce n’était pas un polar. Ca tenait davantage de la SF... Si tant est que cela ait tenu à quoi que ce soit d’autre qu’à une grosse rigolade.
   
   C’est un bouquin que j’ai dévoré d’un bout à l’autre le sourire aux lèvres et, comme c’est le premier volume d’une trilogie, je me suis empressée de commander le second, que je grignoterai la prochaine fois que j’aurai besoin de rigoler un peu.
   
   Ceci étant, la vérité m’oblige à dire que l’ensemble du roman me semble à peu près impossible à comprendre et donc, à apprécier pour ceux qui n’ont pas connu le petit monde agité des groupuscules gauchistes de soixante-huit, si possible à Paris. Je pense que ceux là, les absents, les trop jeunes ne saisiront rien à l’histoire, ni aux nombreux clins d’œil, ni même au mouvement général de l’action. J’ai peur que cela leur paraisse absolument dénué de tout sens et donc de tout intérêt. Mais ceci dit, j’aimerais bien que quelques uns essaient et me disent ce que, eux, voient et comprennent dans ce bouquin.
   
   Pour les autres, la connivence est à tous les coins de pages (pour les plus évidentes : un groupe facho se fait exterminer, il s’appelle Ordre9, une simple synonymie vous donne la clé). L’ambiance aussi est assez juste bien que poussée à la caricature la plus extrême. C’est ce qui la rend réjouissante.
   
   Et voilà que je n’ai même pas situé l’action! Alors disons : Les révoltes de 68 sont allées beaucoup plus loin que dans la réalité et la France (on ne sait pas pour l’étranger) est réduite à l’état de champ de ruines, tant sociales que matérielles. Tandis que certains s’acharnent à rétablir l’ordre social, d’autres (les groupuscules extrémistes) qui ont sans doute bien compris que les premiers finiront un jour par arriver à leurs fins, préfèrent s’affronter jusqu’au bout dans une vie "no limit" en une mutuelle extermination pour la sublimation d’une idée (la leur) et pour le fun.
   
   "Moi, Julius, Commandeur du groupe crash le plus honni par le peuple saumâtre des hégéliens (…) j’appuierai sur la détente. Mes bottes de lézard mauve vont tremper dans du sang esthétique."
   
   Nous suivons alors Julius Puech, chef des FAS (Fraction Armée Spinoziste), individu intelligent et dangereux, évoquant pour le physique Orange Mécanique, Alice Cooper etc. L’action et les résultats étant commentés et diffusés par leur radio dont le mystérieux speaker conclut toujours le message par la formule «Sympathy for the devil». (Mais saurez-vous que c’est plus qu’une formule en pied de nez ? Que c’est le titre du morceau joué par les Stones en fond sonore au moment où les Hell’s Angels assassinaient ce jeune noir au concert de l’Altamont Speedway.)
   
   Le groupe des FAS est, pour le moment en lutte avec celui des Hégéliens (vous l’aviez deviné, je parie) non sans se heurter ou s’allier à d’autres en cours de route, comme les groupes Fourier rose, Thorez Rouge ou Docteur Jdanov "gang crypto-stal d’anciens de l’UEC ". Au récit de ce duel se mêle celui de l’enchaînement des évènements depuis le chaos.
   
   Bref, c’était très amusant pour moi. Pour vous ? Je ne sais pas, mais maintenant, vous avez les éléments pour savoir vous-mêmes.

critique par Sibylline




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