Lecture / Ecriture
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Elle fait des galettes, c'est toute sa vie de Karine Fougeray

Karine Fougeray
  Elle fait des galettes, c'est toute sa vie

Elle fait des galettes, c'est toute sa vie - Karine Fougeray

Blé noir, beurre salé et marée
Note :

   Karine Fougeray est malouine, bretonne donc et diantre... cela scande délicieusement les nouvelles de son recueil "Elle fait les galettes, c'est toute sa vie"!
   
   Comment en parler sans en déflorer la saveur et en faire un inventaire à la Prévert (avec ou sans raton laveur)?
   
   Tout d'abord, le Breton ne pourra que reconnaître des proches ou lui-même en lisant ces nouvelles: les mauvaises blagues teintées d'ironie féroce faites aux "étrangers" (vous savez, ce sont tous d'affreux Parisiens!) au sujet des horaires de marée ou des coins de pêche à pied, le parfum particulier de la cérémonie de la bilig sur laquelle des mains expertes étalent la pâte à krampouz (quand j'étais petite, le vendredi était le jour des galettes et des crêpes), les vacances en bord de mer qui peuvent tourner au cauchemar lorsque l'on perd de vue, le temps d'une sieste sur la plage, les enfants et que l'on constate que la marée commence à être bien haute, les doigts sauvagement pincés par les plus abominables des crustacés... étrilles!
   
   Karine Fougeray sait évoquer les émotions les plus cachées, les plus fortes: le sentiment de culpabilité d'être parti ailleurs, l'attachement à ses racines, à son "pays", la fascination exercée par la mer qui fait que parfois on quitte terre pour la rejoindre ou on s'en détourne, le ventre noué pour vivre une vie de famille.
   
   Elle offre, aussi, au lecteur des nouvelles touchant à l'universalité de l'être humain: l'amour avec "Comment ne pas perdre la tête", nouvelle qui m'a émue au plus haut point. Une très belle histoire d'amour naissant autour d'un feu de la St-Jean et sombrant, en raison d'une chute sur le sentier des douaniers, dans la solitude de deux coeurs qui ne peuvent oublier. Madeleine, dite "Madelon", et Jean dont l'amour reste gravé sur du granit "Jean attend Madelon", exhumé de l'oubli par des jeunes en goguette sur la falaise.
   
   Puis la dureté de la vie qui ferme les coeurs avec "Les bonnes": trois soeurs, trois destins parallèles qui ne se rencontreront jamais. Les petites paysannes pauvres bretonnes se retrouvant dans les maisons bourgeoises, parfois elles réussissent parfois elles sombrent, en silence et en serrant les dents.
   
   Enfin, qui dit Bretagne dit pâtés sur la plage et stage de voile! On se régale avec "A la vase de chocolat" à la saveur étonnante de l'enfance, un été en bord de mer: on entend le ressac en bruit de fond et les petits bruits des pelles sur un monticule détrempé se sable iodé. Image éternellement magique malgré sa terrible banalité... mais chaque enfance est particulière même si les monticules de sable gorgé d'eau de mer se suivent et se ressemblent! On rit jaune en lisant "Stage de voile" ou comment un séjour vivifiant peut se transformer en douloureux désastre! La mer se montre parfois d'une cruauté sans nom avec ceux qui la déteste.
   
   "Elle fait les galettes, c'est toute sa vie" est une bien jolie balade mêlant les senteurs iodées aux parfums particuliers des galettes de blé noir agrémentées de belles noisettes de beurre...salé bien sûr! Le sentier des douaniers recèle autant de chausse-trappe que de superbes vues et fait partie intégrante du cheminement de conteuse de Karine de Fougeray. Une très belle découverte... !

critique par Chatperlipopette




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