Lecture / Ecriture
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Sans parler du chien de Connie Willis

Connie Willis
  Sans parler du chien
  Le grand livre
  All clear
  Black Out

Connie Willis est le nom de plume de Constance Elaine Trimmer Willis, auteur américaine de Science Fiction, née en 1945.

Sans parler du chien - Connie Willis

"La lecture, voilà la cause de nos malheurs!"
Note :

    En 2058, après la Pandémie qui a décimé l'humanité et éradiqué les chats, une vieille excentrique richissime, Lady Schrapnell, s'est mis en tête de reconstruire la cathédrale de Coventry, détruite par les bombardements de la Luftwaffe en 1940. Pour être certaine que tout soit à l'identique, et afin de retrouver la potiche de l'évêque qui a bouleversé la vie de son ancêtre et qui siégeait en bonne place dans cette cathédrale, elle charge une équipe d'historiens de remonter le temps et de revenir avec tous les renseignements possibles. Le hic, c'est qu'une des historiennes, Miss Kindle, enfreint la règle n°1 des voyages temporels et ramène quelque chose du passé : un chat. Il faut rectifier ce paradoxe temporel et on charge de cette délicate mais a priori facile mission, Ned Henry, un jeune historien passablement déphasé par ses multiples sauts dans le passé. Rien ne va se passer comme prévu...
   
   Voilà un roman tout bonnement génial, chers happy few, où l'argument de science-fiction (le voyage temporel), n'est qu'un prétexte à une intrigue complètement farfelue mais extrêmement bien construite, qui est un hommage avoué à la littérature anglaise, notamment à "Trois hommes dans un bateau" de Jerome K. Jerome, le titre lui étant d'ailleurs directement emprunté (le titre complet étant "Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien)").
   
    Sous prétexte de rétablir le paradoxe temporel, Ned Henry et Verity Kindle font un séjour prolongé à Muchings End, sur les bords de la Tamise, non loin d'Oxford, en 1888, où ils sont censés permettre le mariage de la jeune fille de la maison, l'écervelée et ravissante Tossie, avec un homme dont le nom commence par un C. Les personnages sont tous plus fous les uns que les autres, de l'excentrique professeur Peddick, qui se bat avec son collègue pour savoir si l'Histoire est faite des forces des individus ou de celles d'un grand Dessein au colonel Mering qui élève des poissons exotiques dans le bassin du fond du jardin et ne construit que des phrases sans verbe, en passant par Mme Mering, qui croit au spiritisme, rebaptise systématiquement ses domestiques et se pâme à tout bout de champ ou Terence St. Trewes qui s'exprime souvent en vers (empruntés aux grands poètes anglais). Tout ce petit monde passe son temps à organiser des kermesses (la plaie de l'Angleterre), à parler chiffons, à chercher des maris potentiels, à glousser et à s'évanouir, dans la plus pure tradition victorienne. Nos historiens du futur citent Conan Doyle et Agatha Christie, démontent les règles du roman policier, s'inspirent du couple formé par Lord Peter et Harriet, qui se déclaraient leur flamme en latin, s'agitent beaucoup, cogitent et finissent par retrouver la potiche de l'évêque, au terme de près de 600 pages de pur bonheur où on apprend enfin pourquoi Napoléon a perdu à Waterloo et où on rit beaucoup, tant les situations sont cocasses et les dialogues savoureux!
   
   
   Un régal, chers happy few! A lire d'urgence!
   
   PS : si j'ai bien tout compris, ce roman est le deuxième de la série mettant en scène ces historiens du futur, le premier étant "Le Grand Livre", publié aussi chez J'ai lu, et que je vais m'empresser d'acheter!
   
   PSbis : Mon titre est une citation empruntée à l'inénarrable Mme Mering, qui pense que personne ne devrait lire et surtout pas les domestiques, car "qu'attendre de bon de quelqu'un qui lit Trollope! Trollope! C'est un nom, ça?"
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critique par Fashion




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Et du chat... Et de la potiche...
Note :

   Un chat victorien, des essuie-plumes, une potiche, un canot, un professeur amphibie, quelques poissons de collections, des esprits, des bombes incendiaires, tels sont les moyens qu’emploie le continuum pour tenter de redresser la mystérieuse anomalie qui pourrait bien provoquer la fin de l’humanité. Mais est-ce bien la faute de miss Kindle qui a ramené au 21e siècle un chat victorien? L’intervention de Ned Henry, passablement déphasé par ses sauts en série dans le passé va-t-elle réellement permettre de trouver une solution au problème? Sans parler du chien… Et de l’obsession de lady Schrapnell pour la cathédrale de Coventry et l’introuvable potiche de l’évêque!
   
   Et bien, voilà un roman qui vaut son pesant de cacahuètes et qui a bien mérité les nombreux prix qui l’ont récompensé! Connie Willis utilise avec brio le voyage dans le temps pour construire une intrigue foisonnante et drolatique. Rendant un hommage avoué à la littérature anglaise, elle s’amuse à utiliser tous les clichés littéraires et historiques possibles et imaginables pour perdre aussi bien ses personnages que ses lecteurs! Imaginez donc un instant un voyageur dans le temps complètement épuisé, rendu lyrique par le déphasage induit par les sauts, et perdu dans une Angleterre victorienne dont il ne connaît pas le début des conventions. Continuez avec une historienne trempée et fermement décidée à protéger un chat mangeur de poissons de collection! L’un adore "Trois hommes dans un bateau", l’autre se passionne pour les romans policiers des années 30. Ajoutez encore un professeur d’Oxford excentrique noyé par un collègue suite à une dispute sur les forces qui dirigent l’histoire. Un chien qui grimpe aux arbres. Un majordome lecteur. Une jeune fille totalement écervelée. Une matrone fascinée par le spiritisme. Un chien prénommé Cyril. Secouez bien le tout, saupoudrez de quelques personnages secondaires tout aussi farfelus et vous obtiendrez "Sans parler du chien" ! Ou comment un minuscule détail peut définitivement faire basculer l’histoire de l’humanité. Vous vous demandiez pourquoi Waterloo? Et bien vous obtiendrez moult réponses! Pourquoi la cathédrale de Coventry a dû brûler? Là encore, vous aurez la solution!
   
   Maîtrisé de bout en bout, ce roman est un petit bijou d’humour anglais jouant sur le décalage entre des voyageurs dans le temps complètement dépassés par les événements et une bonne société victorienne embourbée dans les kermesses, les sels et les séances de spiritisme!

critique par Chiffonnette




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