Lecture / Ecriture
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Le théorème d'Almodovar de Antoni Casas Ros

Antoni Casas Ros
  Le théorème d'Almodovar
  Mort au romantisme
  Enigma
  Lento

Auteur français né en 1972.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le théorème d'Almodovar - Antoni Casas Ros

Le masque
Note :

   C’est un premier roman, original, fort et très intéressant à lire, mais pas facile.
   
   Une fois happé par l’histoire, on en sort ébloui par ce mélange curieux de réalité et de rêve dans lesquels il nous entraîne.
   
   
   Le sujet est doublement autobiographique :
   
   Un jeune mathématicien, par filiation et par génie personnel aussi (l’auteur), voit sa vie basculer à 20 ans à la suite d’un terrible accident de voiture qui coûte la vie à sa fiancée Sandra et le laisse profondément meurtri et complètement défiguré.
   
   Après une longue période de désespérance et de totale solitude, cloîtré chez lui le jour, à réfléchir au monde qu’il n’appréhende que de loin il en arrive à mélanger ce monde virtuel au monde abstrait des équations mathématiques.
   
   Sa rêverie l’entraîne vers de vastes étendues où il n’y aurait plus de pesanteur et où tous les corps, quels qu’ils soient, «s’entrechoqueraient de façon aléatoire» et où le maître mot serait la «légèreté».
   
   Fini le carcan des apparences, le carcan des habitudes et celui de la morale !!
   
   Il fuit le monde, certes, mais il a la passion du cinéma où dans les salles obscures, à l’abri des regards mais proche de ce contact humain qui lui fait tant défaut, il se laisse emporter vers d’autres réalités.
   
    C’est ainsi qu’il va utiliser le cinéma comme un outil pour nous faire entrer dans son autre biographie, virtuelle, rêvée, où il convoque son cinéaste préféré, Almodovar pour lui faire écrire le scénario et continuer le fil de sa vie interrompue à 20 ans.
   Almodovar sait mieux que personne faire vivre le monde trouble des gens en marge de la société et il lui fait rencontrer un transsexuel avec qui il va avoir un engagement amoureux qui va faire éclater tous les tabous et le libérer de sa «propre pesanteur».
   
   La présence du cerf (coupable de l’accident) à leurs côtés, va ajouter de la poésie à cette rêverie. Figure mythique au Moyen Age, éminemment charismatique, le cerf est un animal solaire, médiateur entre le ciel et la terre, qui symbolise aussi la puissance sexuelle et la virilité. Mais dans le monde chrétien il est aussi assimilé au Christ, au sauveur de l’humanité.
   
   Ainsi grâce au scénario d’Almodovar, nous suivons cette vie amoureuse où l’acte sexuel est sublimé à son plus haut niveau et ressenti comme une rédemption au plus profond de son être.
   
   A ce niveau de lecture on ne peut pas faire l’économie de citer Pasolini qu’Antoni Casas Ros connaît sûrement très bien et dont il du voir les films et notamment son «Théorème» auquel il a peut être pensé pour son titre.
   
   Et en symbiose avec Pasolini, il a fait sienne cette phrase biblique «Et le verbe s’est fait chair».
   
   Ainsi deux cinéastes sont appelés à la conception du film de sa vie, pour la réalisation et le scénario, Almodovar, et Pasolini en père spirituel qui lui insuffle le rêve et la poésie.
   
   Il y a un aller retour constant entre son monde imaginaire et rédempteur qu’il s’est construit et la réalité qui surgit par de belles réflexions sur notre époque, la politique, les diktats d’une certaine manière de vivre etc … Dans un style net, concis, avec des phrases courtes il nous entraîne dans les méandres d’une pensée qui ne se perd jamais.
   
   C’est un livre difficile à lire, mais excessivement intéressant.
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critique par Francès




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"Le destin m'a fait le cadeau de me tuer très tôt pour que je commence à vivre"
Note :

   Celui qui parle ainsi, nous le découvrirons progressivement, est Antoni Casas Ros. Défiguré à la suite d'un accident, le narrateur vit retiré du monde et réfléchit sur la solitude, la différence, le désir et cherche à découvrir s'"il y a une fête au centre du vide."
   
   Le théorème d'Almodovar, roman de Antoni Casas Ros, est à la fois un roman qui s'écrit sous nous yeux, un texte où vont se glisser un transsexuel, un cerf, et le cinéaste Almodovar. Chacun à sa manière vont lui permettre d'évoluer, d’apprivoiser sa différence. Réalité, fantasme ? Peu importe ! Passé le barrage du premier paragraphe, nous entrons dans un univers à la fois déroutant et fascinant. Beaucoup de lucidité, pas une once de complaisance, quelques pointes d'humour
    "...La chirurgie réparatrice n'a pu enlever à mon visage son style cubiste. Picasso m'aurait haï car je suis la négation de son invention (...) Je suis une photo bougée qui pourrait faire penser à un visage."
   
   A chaque page ou presque, une réflexion à souligner, un passage particulièrement juste sur la mort, les oeuvres d'art et leur puissance révélatrice...Une écriture à la fois aiguë et poétique: " Ecrire comme un guerrier pourfend le ciel en sachant qu'il coupe des mots, sectionne des liens douteux, remet en évidence la nudité extrême de l'être."
   
   Une écriture puissante dont l'écho résonne longtemps après que nous ayons refermé le livre.
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critique par Cathulu




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Flor de mi Secreto
Note :

    Voilà donc un billet sur "Le Théorème d’Almodovar", lu à Royan, entre chaise longue, serviette de plage et matelas nocturne.
   
   L’histoire est celle du narrateur, Antoni Casas Ros, défiguré par un accident de voiture et vivant isolé depuis. Déménageant régulièrement, se promenant la nuit, travaillant à distance, Antoni voit sa vie bouleversée par l’arrivée de nouveaux éléments : un cerf, celui de l’accident, qui le retrouve en ville après des années ; Almodovar, qui veut faire un film sur lui et lui présente Lisa ; et justement, Lisa, prostituée transsexuelle au grand cœur qui se prend rapidement d’affection pour l’homme sans visage.
   
   Beaucoup de thématiques se dégagent de ce court livre assez complexe.
   
   Le corps, objet de fascination, soulève de nombreuses questions : dans quelle mesure l’identité d’un individu est-elle dépendante du corps qui l’emprisonne? Opposé à l’essence, concept abstrait, le corps encombrant prend ici diverses formes : le visage déchiré, aux traits cubistes ; l’androgyne (à travers la fascination qu’exerce la belle Lisa, son évocation de la transsexualité) ; ou encore avec Almodovar, dont le corps est l’antithèse de celui du héros, sans angles, tout en rondeur.
   
   L’ombre du franquisme et les séquelles de la guerre d’Espagne se font aussi sentir. Sans être le sujet principal, il suit le héros depuis des années, lorsqu’il a découvert que son père était un fasciste probablement impliqué dans la disparition de communistes.
   
   Le cinéma est aussi évoqué à travers l’univers d’Almodovar (plus largement, l’Art en général est abordé, avec de brèves évocations donnant du narrateur l’image d’un homme cultivé). Le choix des séquences du film, des acteurs, les prises de vue, la trame de l’histoire sont plusieurs fois discutés.
   
   J’avoue avoir été saisie par l’étrange entrée en matière, la première phrase assez curieuse, peut-être un peu pompeuse, qui ne laisse pas facilement présager de la suite. Ce livre est étonnant, déconcertant. Bien écrit, il est empreint d’une grande sensualité. Très introspectif, il aborde beaucoup de questions essentielles, comme l’urgence de vivre ou l’emprisonnement des individus dans des carcans qu’ils s’imposent souvent. La biographie se mêle au surréalisme, le tout pour un résultat troublant, d’une beauté étrange. Intéressant.
   
   Extraits :
   «L’attraction terrestre, l’attraction que tout corps exerce sur tout autre, les rencontres fortuites d’objets, une voiture contre un arbre par exemple, sont de celles qui ont détourné ma vie.
   Depuis quinze ans, personne ne m’a vu. Pour avoir une vie, il faut un visage. Un accident a détruit le mien et tout s’est arrêté une nuit, à vingt ans. Ma première rencontre avec Newton. Depuis, j’ai lu avec passion, je n’avais pas grand-chose d’autre à faire. De la Vita Nova aux Détectives sauvages, aucun écrit autobiographique ne m’a échappé. Ils représentent une part importante de ma bibliothèque envahie par le roman latino-américain, espagnol, catalan. Je n’ai rien contre les poètes. Je voue à Juarroz une dévotion totale. J’ai beaucoup rêvé d’écrire depuis quelques années, comme si je voulais m’intercaler entre deux livres de ma bibliothèque, Casanova et Celan, mais une superstition m’en a empêché. Un homme sans visage est un pronom indéfini.»

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critique par Lou




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Almodovar pas loin ...
Note :

   Les fans d’Almodovar apprécieront peut-être davantage que moi ce roman. Bizarre. Poétique mais par trop déconnecté du réel à mon goût. Il y a de beaux passages mais l’histoire est quand même plutôt cinglée et si certaines bizarreries font symboles, ces symboles me seront passés à côté. Reste donc l’aspect purement, gratuitement, bizarre, excentrique. Dommage.
   
   Il y est question d’un mathématicien, qui pourrait être Antoni Casas Ros, dont le visage et la vie se sont brisés à la suite d’un accident de voiture. Et pas n’importe quel accident de voiture puisque c’est rentrant du cinéma avec Sandra, sa compagne, que la vision d’un cerf lui fera perdre le contrôle du véhicule. Sandra y perdra la vie, le narrateur (l’auteur?), son visage. Dès lors, le mathématicien ne sort plus que la nuit, caché, donne des cours de Mathématiques par internet. Bref, il vit reclus. Se produira une rencontre avec, successivement, Almodovar (dont on peut bien se demander ce qu’il vient faire là) et Lisa, transsexuel prostitué avec qui il va connaître la rédemption et apprendre à s’accepter. Pourquoi pas? Mais lorsque je vous aurai dit que ces rencontres avec Lisa se font sous l’égide d’un cerf (le cerf?) qui s’est invité dans l’appartement et squatte le canapé … Bon??
   
   Dommage parce que le langage est bien maîtrisé et qu’Antoni Casas Ros est capable d’écrire fort bellement. Malheureusement, dans ce roman, il me donne l’impression d’écrire bellement mais un peu à vide, sans réel propos. Transsexualité, Almodovar, la monstruosité, l’acceptation de la différence, … OK, il y a tout ça. Mais il y a aussi le cerf, qui prend une sacrée place et qui télescope bizarrement le tout.
   
   Un fourre-tout onirique qui intéressera les amateurs du genre. Mais l’onirisme pour l’onirisme …?

critique par Tistou




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