Lecture / Ecriture
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Jane Eyre de Charlotte Brontë

Charlotte Brontë
  Jane Eyre
  Villette
  Le Professeur
  Shirley

Charlotte Brontë (1816 - 1855) est une romancière britannique, soeur d' Anne Brontë et d'Emilie Brontë, toutes deux romancières.

Sheila Kohler a mis en scène l'écriture de "Jane Eyre" dans son roman "Quand j'étais Jane Eyre".

Jane Eyre - Charlotte Brontë

La passion de la vie d'une femme
Note :

   Ce livre est devenu un chef d'oeuvre et un classique et ce n'est pas pour rien.Le roman constitue le point culminant de l'oeuvre de Charlotte Brontë. Certes, peut-être moins ambitieux que les Hauts de Hurlevent de sa soeur Emily il n'est en néanmoins pas moins beau.
   
   On sent que Charlotte Brontë est habitée par ce qu'elle écrit, que Jane Eyre vit en elle et qu'elle vit en Jane. L'histoire et leurs personnages arrivent à nous emporter dans leur tourbillon. L'écriture est splendide; le style très bon. C'est un roman écrit avec passion. La romancière a trouvé un excellent moyen de se raconter et de décrire des moments douloureux de sa vie.
   
   On a des personnages tous complexes, tous différents qui vont chacun avoir leur propre incidence sur la vie de Jane. On pourrait bien sûr citer Rochester ou St John-Rivers.
   Mais le plus beau de tous est sans conteste l'héroïne elle-même. Tantôt elle nous émerveille, tantôt on l'admire, tantôt elle nous fait peur, tantôt on ne la comprend pas et tantôt (surtout si on est une femme) on se retrouve en elle à un moment ou à un autre. Jane Eyre n'est pas quelqu'un de riche ou de noble mais c'est une femme forte, passionnée et courageuse et c’est cela qui la rend extraordinaire aux yeux de Rochester mais aussi de ses lecteurs.
   
   L'intrigue n'est certes pas particulièrement élaborée (sans être toutefois inintéressante) notamment encore une fois en comparée aux Hauts des Hurlevents. C'est dans les sentiments de Jane, ses passions, dans les différents personnages et leur vie qu'on trouve la beauté du livre.
   
   Bien sûr, c'est avant tout une histoire d'amour. Mais écrite dans un romantisme anglais toujours merveilleux. C'est une histoire difficile loin d'être à l'eau de rose mais au contraire un combat difficile entre la raison et les sentiments (combat qui peut faire penser à la Princesse de Clèves française de Mme de La Fayette mais qui selon moi est mieux écrit, mieux mené et bien plus beau et passionné).
   
   On assiste à certains moments bouleversants notamment lorsque la meilleure amie de Jane meurt en pension ou bien lorsque Jane dit à Rochester qu'elle va le quitter après la découverte de sa femme folle. Dans ces instants-là on ne peut tout simplement pas quitter le livre des yeux. La personnalité unique de Charlotte Brontë et sa vie difficile ont donné au livre une intensité impossible à imiter et rarement égalée.
   
   En conclusion, c'est un livre qui nous transporte à travers un personnage remarquablement bien construit et qu'on ne peut qu'admirer. A lire particulièrement si on est une femme (Jane Eyre étant une oeuvre incontestablement féministe) mais je pense que les hommes pourraient aussi y jeter un coup d'oeil, je pense que ça leur ferait du bien.
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critique par Moineau




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Qu'importe les ficelles!
Note :

   Encore et toujours un véritable coup de coeur !!!
   C'est la 5ème fois que je lis ce livre et je suis toujours autant sous le charme...
   
   Bien sûr, cette fois ci j'ai plus perçu les défauts de ce roman, le principal étant des coïncidences qui sont parfois un peu "grosses" et qui peuvent sembler peu crédibles.
   
   Cependant, je le dis haut et fort: je m'en fiche! Qu'importe que les ficelles soient un peu trop romanesques, pas assez réalistes. Ce qui compte, c'est l'extraordinaire talent que déploie Charlotte Brontë en nous contant son histoire. Bien que je connaisse déjà l'histoire, je me suis - encore une fois ! - laissée prendre au piège de son style si fluide, si vivant, si émouvant. L'auteur réussi à faire passer les émotions dans ses mots, elle nous rend les personnages tellement réels, tellement présents!
   
   C'est en effet un vrai point fort de ce livre. Les personnages sont loin d'être parfaits, ils ont des qualités mais aussi des défauts... En un mot, ils sont humains. Je me suis facilement identifiée à l'héroïne, j'ai ri, pleuré, angoissé, espéré avec elle. Jane est étonnamment moderne, indépendante, franche, attachante aussi.
   
   Et n'oublions pas les magnifiques descriptions de la lande, et cette ambiance inimitable qui fait qu'on ne lâche plus ce livre avant la dernière ligne...
   
   Bref, vous l'aurez compris, ce roman reste pour moi un véritable chef-d'œuvre!
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critique par Morwenna




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Peinture d'une époque
Note :

   Le roman de Charlotte Brontë, Jane Eyre est peut-être l'un de plus grands titres de la littérature anglaise du XIX siècle. Paru en 1847, sous le pseudonyme masculin de Currer Bell pour éviter de choquer la bonne société, il peut être classé par la date dans les œuvres de l'époque victorienne qui s'appuient sur le réel et décrivent la société de leur temps. Mais il est appartient encore largement par la sensibilité, l'esprit, l'imagination et le style au mouvement romantique.
   
   Le récit :

   Orpheline, Jane Eyre est élevée par sa tante Madame Reed qui ne l'aime pas. Enfant sensible, imaginative et fière, elle se révolte contre son cousin qui la maltraite et est envoyée en pension.
   Au pensionnat de Lowood, Jane Eyre connaît brimades, humiliations, mauvais traitements. Elle voit mourir sa jeune amie Helen Bruns. Mais grâce à la sympathie d'un de ses professeurs et à son amour de l'étude, elle acquiert une solide instruction et devient institutrice. Elle est engagée à sa majorité comme gouvernante de la petite Adèle chez le riche Edward Rochester à Thornfield Hall. Edward, tourmenté, secret, mystérieux, semble cacher un secret et une lourde peine. Il ne tarde pas à être s'intéresser à Jane qui, elle, se sent attirée par ce ténébreux personnage.
   
   Un roman réaliste :

   Ce roman est largement autobiographique et s'appuie donc sur la réalité en présentant une étude de la société. 
   
   La pension: Charlotte Brontë a mis, en effet, beaucoup de sa vie, dans le récit de Jane Eyre. Comme Jane, Charlotte a été envoyée en pension, à l'école de Cowan Bridge, avec ses sœurs, comme elle, elle a eu à subir les mauvais traitements, le froid, le manque de nourriture, les punitions corporelles, la maltraitance inhérents à ce genre d'établissement qui se proposait de sauver l'âme en matant le corps. On sait comment les sœurs aînées de Charlotte, Maria et Elizabeth, ont contracté la tuberculose et en sont mortes. Charlotte et Emily sont alors retirées du pensionnat. L'amie de Jane, Helen Burns, qui meurt de consomption sous les yeux de la petite fille, a eu pour modèle Maria. L'odieux directeur de la pension dans le roman, Monsieur Brocklehurst, n'est autre que le Révérend Carus Wilson. Mais c'est aussi dans un de ces pensionnats pour jeunes filles que Charlotte (comme Jane) a pu acquérir une instruction solide, basée sur l'étude de l'anglais, des langues étrangères, du latin, de l'art, du dessin et de la musique. Jane Eyre est donc bien Charlotte Brontë, institutrice, comme le fut aussi sa sœur cadette Anne.
   
   La misère : La société du XIX siècle apparaît avec sa terrible misère. Lorsque Jane erre dans les landes et les villages après son départ de chez Rochester, elle est obligée de mendier son pain et de coucher dans la lande. Elle se voit refuser tout aide de la part de gens qui sont plus pauvres qu'elle et qui se méfient des mendiants comme des voleurs, la misère conduisant souvent de l'un à l'autre. 
   
   La hiérarchie sociale : Nous voyons aussi la stricte hiérarchie sociale à travers la famille de Madame Reed, la tante de Jane, qui l'a recueillie par charité mais lui fait sentir sans cesse le poids de sa supériorité. 
   
   La religion : Réalisme aussi dans l'analyse des mentalités. Jane décrit une Angleterre pliant sous le joug de la religion puritaine, qui brime le corps, va même jusqu'à lui refuser les soins nécessaires, pour fortifier l'âme. Un puritanisme qui tient en bride les sentiments, considère l'amour charnel comme secondaire et impur par rapport à l'amour divin. C'est le discours du pasteur Saint-John qui demande à Jane de l'épouser pour le suivre dans son sacerdoce aux Indes et estime qu'elle n'est pas née pour l'amour mais pour servir.
   
   Un roman romantique

   Un roman gothique : Jane Eyre s'apparente au roman gothique anglais qui dès la fin du XVIII siècle répond à un goût pour le sentimental et le mystère et à un engouement pour l'architecture médiévale que l'on redécouvre à l'époque. Ces écrivains, Walpole, Radcliffe, Lewis... sont les précurseurs du romantisme. Thornfield Hall est un immense château, mystérieux, sombre et austère, situé dans un paysage désolé, au milieu de la solitude, du froid et du brouillard. Dans le roman gothique il est peuplé d'âmes errantes, en proie au remords et au désespoir. Ici, il ne s'agit pas d'un fantôme mais d'une folle, enfermée dans une pièce secrète, gardée par une femme effrayante elle-même, dont l'antre rappelle l'antichambre de l'Enfer. Le feu, la destruction du château par l'incendie, toutes ces péripéties, participent à l'imagination débridée du romantisme. Charlotte et ses sœurs ont été marquées par les écrivains romantiques, Lord Byron ou Walter Scott
   
   Conception de l'amour romantique : Dans le roman de Jane Eyre, Charlotte Brontë développe sa conception de l'amour. Il présente les critères propres au romantisme : éternel, l'amour est l'union de deux êtres qui sont faits l'un pour l'autre; il résiste à l'usure du temps mais ne peut se réaliser que dans la vertu, un amour sanctifié et voulu par Dieu. Un sentiment désintéressé et si fort qu'il peut conduire à la rédemption de l'être le plus méprisable et le plus avili. C'est la cas d'Edward Rochester qui a une vie dissolue, allant de maîtresse en maîtresse, méprisant les femmes et se méprisant lui-même. Le Mal s'est emparé de lui puisqu'il s'expose à la damnation en décidant de contracter un double mariage. Lorsqu'il cherche à entraîner Jane dans sa déchéance en en faisant sa maîtresse, il perd tout sens moral car il risque de détruire ce qu'il aime dans la jeune femme, la luminosité qui permet à Jane de préserver cette dignité qui est sa force. Il doit, par une descente aux Enfers, obtenir le pardon divin, purifier son âme et se libérer du Mal. Ses souffrances morales, la perte de Jane qui s'enfuit pour lui échapper s'allient à la douleur physique. Il risque sa vie pour sauver son épouse de l'incendie, frôle la mort et se retrouve infirme, diminué, mais digne de Jane.
   
   Recours au surnaturel, au Merveilleux chrétien: Jane entend la voix de son Bien-aimé qui l'appelle au-delà des montagnes et il a lui aussi la même sensation. Nonobstant la distance, la voix et l'âme de ceux qui s'aiment peuvent se rejoindre.
   
   Un roman féministe

   Jane Eyre est un personnage apparemment faible. Orpheline, elle est méprisée et mal aimée par sa famille; pauvre, elle ne peut prétendre à la considération des autres. Chez sa tante, même les servantes la traitent comme une inférieure car elles gagnent leur vie, disent-elles, mais pas Jane; sans dot, elle n'a pas droit à l'amour et au mariage. De plus, la condition de gouvernante s'accompagne souvent d'humiliations et de rebuffades. Tout ceci va la placer tour à tour sous la coupe d'hommes qui cherchent à la dominer voire à la briser. C'est le cas du directeur de la pension qui lui inflige brimades et vexations. Ce sera ensuite Monsieur Rochester qui est son maître et à qui elle doit obéir. Il cherche à la manipuler, ne reculant pas devant le mensonge, au risque de la compromettre, de perdre son âme et de la pousser au désespoir : il la conduit à l'autel alors qu'il est déjà marié! Plus tard, il veut faire d'elle sa maîtresse, jouant sur ses sentiments, employant tour à tour, la séduction, la colère, les pleurs. Elle tombe enfin sous la coupe du pasteur Saint-John qui exercera sur elle, grâce à son ministère, une autorité incontestable sur son âme mais n'en cherchera pas moins à la dominer et la forcer au mariage avec lui sous prétexte de devoir religieux. Cependant Jane parviendra à tenir tête à tous ces hommes et à gagner sa liberté. Elle possède une valeur morale, une conception de l'honneur et un sens de sa dignité qui en font une héroïne à part entière. Elle force l'admiration et représente une conception de la femme libérée du pouvoir masculin, ne rendant des comptes qu'à elle-même et en paix avec sa conscience.
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critique par Claudialucia




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Une winneuse !
Note :

   Je ne sais pas si je vais me remettre de Jane Eyre de Charlotte Brontë. Je ne sais pas si je pourrai trouver un roman plus abouti, plus sublime après ce chef d’œuvre, qui mériterait d'ouvrir une sixième catégorie sur ce site : celle des six étoiles !
   
   Jane Eyre, orpheline à l'âge d'un an, est recueillie par son oncle maternel, M. Reed. Mais très/trop tôt, ce dernier décède et emporte avec lui bienveillance et empathie à l'égard de la petite qui va subir les foudres et les attaques de sa tante par alliance et de ses cousins germains. Le combat pour une vie meilleure ne fait que commencer et ça tombe bien : Jane Eyre est une winneuse ! (anglicisme volontaire du fait de l'origine de l'héroïne)
   
    Le roman Jane Eyre se compose en cinq parties fondamentales : la petite enfance chez les Reed, l'internat, le premier emploi chez M. Rochester et deux autres périodes dont je tairai le sujet pour que le mystère plane. Tout m'a plu et m'a bouleversée dans cette histoire. Rarement, mon petit cœur de pierre ne s'est serré autant à la lecture des états d'âme de l'héroïne et de son amoureux, aussi fantasque qu'elle est sérieuse. Les deux nous offrent une danse nuptiale de courte durée, un long processus d'attirance, jalonné de joutes verbales, de poésie et de comédie.
   
    Il y a assurément beaucoup de fantaisie dans cette œuvre classique et c'est ce qui fait son charme et sa profonde modernité. Bien sûr, le langage usité ne représente plus notre français actuel. Mais la façon qu'a Charlotte Brontë de gérer ses personnages et son intrigue est indubitablement rafraîchissante et novatrice : pas de temps de pause, peu de descriptions à rallonge, une prouesse à alterner différents registres (suspense policier, romance, récit mystique avec les voix, manifeste pour l'éducation des jeunes filles). Même, la période Moor-House, la moins fun avec l'internat, est esquissée par l'auteure sans pesanteur, juste le temps d'y dévoiler le message politique de son œuvre: l'importance de l'instruction féminine, afin de rendre les jeunes filles moins sujettes au joug masculin, plus autonomes et aptes à penser. Et même là, elle m'a intéressée. Jane Eyre, premier roman d'une jeune femme anglaise du XIXème siècle, est époustouflant de maîtrise et de beauté littéraires. Rares sont les personnages aussi fouillés, rarement une déclaration d'amour par une frêle demoiselle ou une scène avec un verre d'eau ne m'ont autant chamboulée.
   
    Alors, on pourra décrier ce qu'on veut sur le côté poussiéreux de Jane Eyre : au contraire, j'y découvre la classe suprême. Charlotte Brontë ne cesse d'alterner les clairs-obscurs : elle atténue la malveillance familiale de Madame Reed par la surveillance rapprochée (du moins par le cœur) des oncles, elle présente un être d'amour (embelli par sa générosité intrinsèque) héritier d'un couple courageux qui a choisi le bannissement plutôt que la froide raison, elle s'amuse à brouiller les pistes avec la religiosité de certains protagonistes (tantôt le repentir et la rédemption, tantôt l'absolue dévotion), titille les Français (on en prend plein notre grade avec les starlettes Adèle et sa cocotte de mère biologique) mais loue notre idiome en parsemant son texte d'expressions gauloises (signe de distinction langagière à l'époque, passion de l'auteure à l'égard de cette langue, assurément). Jane Eyre est un récit tellement complet, riche d'allusions qu'une chronique, ici, ne suffira pas à capter tous les éléments, à décrire toute la lumière et la puissance.
   
    Alors un conseil : lisez ce texte magnifique, s'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît !
   
   Éditions Le Livre de Poche
   Superbe traduction de Charlotte Maurat [une Charlotte qui traduit une autre Charlotte : un prénom prédestiné]
   
   L'adaptation en mini-série de la BBC en 2006 avec Ruth Wilson et Toby Stephens est juste sublime (images, jeu d'acteurs, mise en scène, choix du déroulé, musique) et très fidèle à l’œuvre originale. Les comédiens sont les personnages, charismatiques et charnels, sans être des canons de beauté. Franchement, courez aussi le voir ! (oui, je sais, je vous en demande beaucoup mais vous ne risquez que des moments fantastiques)

critique par Philisine Cave




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