Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La théorie des cordes de José Carlos Somoza

José Carlos Somoza
  La théorie des cordes
  Daphné disparue
  La clé de l’abîme
  Tétraméron

José Carlos Somoza est un écrivain espagnol, né en 1959 à La Havane. Il vit à Madrid.

Après des études de médecine et de psychiatrie, il décida de se consacrer à la littérature. Il a écrit plus d’une douzaine de romans dont environ la moitié est traduite en français pour le moment.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La théorie des cordes - José Carlos Somoza

2005: l'expérience
Note :

   Élisa "enseignante brillante entourée d'une certaine auréole" donne des cours de physique à 15 élèves ingénieurs de seconde année. Excellent professeur, ai↓mable, toujours prête à aider un collègue en difficulté, elle aurait certainement pu aspirer à un poste plus important. Âgée de 32 ans, plutôt solitaire, on ne lui connaît pas de petit ami et elle semble pour le moins mystérieuse et parfois même craindre quelque chose.
   
   Victor Lopera, professeur de physique théorique dans la même université, un de ses rares amis, va tenter de percer son mystère. D'autant que c'est une des personnes en qui Élisa a le plus confiance et c'est à lui qu'elle va se confier en revenant sur ce passé qui est la cause de ses frayeurs actuelles et notamment sur l'année 2005.
   
   Cette année là, des scientifiques dont elle faisait partie ont participé à une expérience classée confidentielle. Ces physiciens parmi les plus brillants de leur génération se sont retrouvés sur une île pour travailler sur une théorie "la théorie des cordes" qui permettrait de s'ouvrir à des images du passé...
   
   Invraisemblable, absurde, séduisante, étrange, cette théorie va les transporter aux frontières de l'indicible et leur faire vivre des événements pour le moins extraordinaires.
   
   Connu pour ses récits fantastiques, Somoza a concocté ici un récit brillant, au suspens captivant auquel j'ai plus qu'adhéré ! Des personnages attachants, tous plus mystérieux les uns que les autres, des faits étranges et difficilement explicables, on se croirait revenu au temps d'Agatha Christie et des dix petits nègres quand ces scientifiques disparaissent les uns après les autres sans que l'on sache s'il s'agit de morts accidentelles ou de crimes, créant ainsi une psychose parmi ceux qui restent dont Élisa n'est pas une des moindres ! Et jusqu'aux dernières pages, le suspens reste entier. Si vous aimez les thrillers, jetez vous sur celui ci, il est particulièrement efficace !
   
   Il me faut maintenant lire "La dame numéro 13" du même auteur que j'ai dans ma PAL depuis cet été!
   ↓

critique par Clochette




* * *



Entrelacs
Note :

    Elisa Robledo est une brillante physicienne enseignant dans une université madrilène dotée d'une plastique que plus d'un mannequin lui envierait! Aussi Elisa a-t-elle tout pour être heureuse: l'intelligence, la beauté, un travail à la hauteur de ses capacités et de ses ambitions. Seulement, une ombre pèse lourdement sur sa vie, une ombre dont l'origine remonte dix ans plus tôt, lors d'un séminaire d'été réservé à la fine fleur de la jeunesse scientifique. Que s'est-il donc passé sur le campus? Une simple rencontre qui bouleversera la vie d'Elisa et d'une poignée de scientifiques: la rencontre avec une théorie folle avancée par David Blanes, physicien espagnol de renommée mondiale, celle de la théorie des cordes! Elisa sera retenue pour faire partie d'un groupuscule trié sur le volet selon les compétences de chacun et travailler, dans le plus grand secret sur une île isolée du monde, sur un projet autant fabuleux que fou: le projet Zigzag ou la possible remontée dans le temps à partir de la capture de particules de lumière.
   
   Seulement, un couac viendra enrayer la belle machine, un couac terrifiant et insaisissable, jetant hors de l'île les rescapés de l'horreur. Depuis cette nuit cauchemardesque, Elisa et ses compagnons, débriefés et réinsérés dans la vie quotidienne, sont la proie d'étranges délires, d'angoissantes hallucinations, phénomènes qui les plongent dans la solitude et parfois la dépression. Que s'est-il donc passé, cette fameuse nuit? Pourquoi ces visions, ces yeux blancs dictant leur muette volonté, gâchent jour après jour la vie de ces scientifiques? Ont-ils touché du doigt une zone interdite? Ont-ils joué au jeu dangereux d'apprentis sorciers?
   Toujours est-il qu'un soir, une voix connue prononce au bout du fil, dans l'oreille d'Elisa le nom de code fatidique de Zigzag. Commence alors une course poursuite à travers l'Europe où se mêlent scientifiques, décidés à vendre chèrement leur peau et à en finir avec leur invention maudite, et services secrets plus retors que nature.
   
   Somoza se plaît à jouer avec les nerfs de son lecteur, avec ses peurs et ses angoisses en distillant de grandes pincées de psychanalyse (que d'aucuns peuvent trouver pénible et long), une dose de sexe et de fantasme, de beaux filets d'hémoglobine (brrr, j'en tremble encore rien que d'y penser) apportant un vent de terreur panique bienvenu pour maintenir la pression sur le pauvre lecteur au bord de l'évanouissement. Ah! J'allais oublier un saupoudrage conséquent d'équations, de jeunes et vieux physiciens aux prises avec les pires tentations pour obtenir un polar proche de l'horreur, c'est à dire un polar qui fait vraiment très très peur, un polar où la folie des hommes peut provoquer d'insupportables dégâts.
   
   Somoza explore avec jubilation les conséquences d'une théorie scientifique, la théorie des cordes (article Wikipédia pour les curieux) qui consisterait à se saisir des particules de lumière d'un lieu donné à une heure donnée et de les interpréter. En les ouvrant, il serait alors possible de lire ce qui a été enregistré et regarder de monde tel qu'il était avant, il y a une heure, deux heures, deux mille ans voire des millions d'années. Comment absorber alors la révélation d'un film défiant le temps? Comment sortir de l'extraordinaire instant de plaisir dû au visionnage de dinosaures ou de la crucifixion du Christ? C'est ce que décortique joyeusement Somoza en jonglant avec les concepts les plus ardus de la science et les diverses psychologies des personnages.
   
   Les allers-retours entre le présent d'Elisa et son passé donnent un rythme passionnant au récit, provoquent des rebondissements plus fous et imprévisibles les uns que les autres... jusqu'à la chute qui est une pure petite merveille à laquelle le lecteur est loin de s'attendre tant les fausses pistes et vrais indices ont été éparpillés au fil de l'histoire.
   
   Avec "La théorie des cordes" Somoza présente, en plus d'un thriller trépidant, une réflexion sur l'utilisation des découvertes scientifiques: à vouloir toucher au Temps, les conséquences les plus dangereusement perverses ne sont jamais éloignées et le couperet est proche de tomber sur la tête des apprentis sorciers.
   
   Une lecture tourbillonnante, étourdissante, haletante et jubilatoire même si les frissons sont au détour de chaque page et que l'horreur tapie dans l'ombre des rebondissements.
    ↓

critique par Chatperlipopette




* * *



« Mon Dieu, qu’avons-nous fait ? »
Note :

   Le dernier chapitre du livre est précédé par la fameuse phrase prononcée par Robert A. Lewis, copilote de l’Enola Gay, l’avion qui largua la bombe atomique sur Hiroshima : "Mon Dieu, qu’avons-nous fait ?" Cette phrase résume très bien l’essence de ce roman!
   
   Des physiciens de renommée internationale sont recrutés par une obscure multinationale pour travailler, dans le plus grand secret et sous haute surveillance, au projet "Zigzag" qui consiste à ouvrir les "cordes du temps" pour VOIR le passé… on dirait de la science-fiction, mais ce n’en est qu’à moitié, les bases scientifiques étant parfaitement véridiques (mais un brin plus complexes tout de même…!)
   
   Evidemment, nos scientifiques ont conscience des risques qu’ils prennent, tant du point de vue technique que du point de vue... disons... de l’exploitation militaro-commerciale. Mais la tentation de vérifier le bien-fondé de leurs théories et la perspective de réaliser un exploit jamais vu jusque là l’emportent sur les scrupules d’ordre moral. Ils vendront leur âme au diable pour jouer aux apprentis-sorciers, et les fruits qu’ils récolteront seront terribles!
   
   Je ne dévoilerai pas les détails de l’histoire ici, sachez seulement qu’il ne faut pas avoir peur de l’aspect scientifique, car même si on nous explique en quoi consiste la fameuse "théorie des cordes" du titre, cela reste très "soft", suffisamment vulgarisé pour qu’un nul en physique comme moi puisse comprendre à peu près de quoi il s’agit…
   
   Je dois dire que l’intrigue m’a captivée jusqu’au bout des six cents pages, avec des hauts, mais aussi avec quelques bas, avouons-le! Il y a des pages réellement oppressantes, d’une violence inouïe, un vrai climat d’angoisse qui s’installe. Par contre, j’ai été agacée par des petites phrases censées faire durer le suspense, du style "Rien ni personne n’allait la terroriser. C’est du moins ce qu’elle croyait à cette époque" ou "Elle ignorait à quel point cette soirée allait constituer le commencement de l’horreur"… etc. etc. Toute la première moitié du roman en est truffé! Le deuxième élément qui m’a dérangée (un peu amusée en même temps), c’est le très palpable fantasme de l’auteur concernant son personnage principal, Elisa, décrite comme "une femme jeune et solitaire, à la longue chevelure noire et ondulée, dotée d’un visage et d’un corps qui n’auraient pas détonné sur la couverture d’un magazine de mode, mais qui possédait en même temps une esprit analytique et une prodigieuse capacité de calcul et d’abstraction, qualités tellement nécessaires dans le monde froid de la physique théorique, où règnent les princes de la science." Oui, c’est très moyen, mais je n’ai pas prétendu qu’il fallait donner à Somoza le prix Nobel! Non, j’ai passé un bon moment avec ce livre qui a éveillé ma curiosité pour un domaine que je connais mal ; qui m’a incitée à réfléchir à certaines questions éthiques de la science… ce n’est pas si peu!

critique par Alianna




* * *