Lecture / Ecriture
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Le monde de Ben de Doris Lessing

Doris Lessing
  Le carnet d’or
  Nouvelles africaines (tome 1)
  Nouvelles Africaines, tome 2: La madone noire
  L'été avant la nuit
  Les carnets de Jane Somers -t1-(Journal d’une voisine)
  Le cinquième enfant
  Dans ma peau
  Nouvelles de Londres
  Le monde de Ben
  Les grand-mères
  L'amour, encore
  Les carnets de Jane Somers -t2-(Si vieillesse pouvait)
  Le Rêve le plus doux
  Vaincue par la brousse
  Victoria et les Staveney
  Alfred et Emily
  Un enfant de l’amour

AUTEUR DES MOIS DE DECEMBRE 2007 & JANVIER 2008

Doris Lessing, britannique, est née le 22 octobre 1919 en Iran (alors la Perse) d’un père employé de banque, invalide de guerre et d’une mère infirmière.


Quand elle a 6 ans, la famille s’installe en Rhodésie (alors colonie britannique) avec grand espoir d’y prospérer. Il n’en sera rien. L’exploitation est trop petite pour être rentable et le travail trop lourd pour un invalide.

S’étant toujours mal entendue avec sa mère, Doris quitte tôt la famille. Après un premier mariage et divorce, elle part pour l’Angleterre où elle s’installera.


Dès l’époque de la Rhodésie, elle s’inscrit au Parti Communiste pour lequel elle militera plusieurs années avant de le quitter quand la réalité soviétique ne pourra plus lui échapper.

Ecrivain très prolixe, elle publie encore et un nouveau livre est annoncé pour 2009.

Elle a obtenu le Prix Nobel de Littérature en octobre 2007

Elle est décédée le 17 novembre 2013.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le monde de Ben - Doris Lessing

Délinquance
Note :

   Je l’ai déjà dit, à mon sens, Doris Lessing n’est pas un écrivain facile à classer. «Le monde de Ben» en est une illustration supplémentaire, s’il en était besoin.
   La parution du «Cinquième enfant», ce conte inquiétant où un enfant atypique, aux limites de l'humain, vient rompre l'équilibre d'une famille bourgeoise.
   
    Ben, l'adolescent délinquant, est devenu un jeune homme sans âge, un bonhomme hirsute - sorte de résurgence d'un peuple primitif- qui a appris à dompter ses pulsions de mort, à développer son instinct de survie et ainsi se faire une place dans la société. Il va et vient ainsi d'une vieille dame à une prostituée, qui toutes deux l'aimeront sincèrement, il joue les passeurs de drogue puis se fait embrigader dans une bizarre histoire au Brésil. Les seules personnes qui s'intéresseront vraiment à lui seront de toute façon des marginales, et de portraits en actions, on a un panorama assez complet de nos propres réactions face à ce qui sort de la norme.
   
   Extrait d’une interview de Doris Lessing dans le magazine Lire :«Je voulais savoir où cette créature survivrait. Il était évident qu'il serait toujours marginal car aucune structure bourgeoise ne le tolérerait. Ben est le rejeton d'un passé préhistorique», explique-t-elle. «Ben représente un problème insoluble.» «Notre culture s'engage à défendre les faibles et les démunis, à ne pas tuer les personnes difficiles que nous mettons au monde. Laissé à lui-même, Ben serait mort, ce que notre société n'aurait pas admis. Supprimer cette créature qui détruit une famille, sans qu'il en soit fautif, n'est pas admis non plus. Avant Hitler, philosophes et politiciens songeaient en toute honnêteté à se débarrasser de ceux qui étaient génétiquement défaillants au profit d'une race parfaite. Après la Shoah, c'est devenu impensable... A défaut d'un tueur à gages, il n'y a aucune solution au problème de Ben. Et c'est le dilemme de la famille qui m'intéressait.»
   
    La romancière contemple notre monde, ses tragédies et ses contradictions avec une distance altière, un mélange de perspicacité, de vitalité et de sensualité. Et «Le monde de Ben» atteint un épurement et une densité rares qui marquent l'intuition juste de ceux qui ont vécu. On ne referme pas ce livre sans un sentiment teinté d’angoisse, de fatalisme et de compassion inutile.
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critique par Jaqlin




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Un chien dans un jeu de quilles.
Note :

    Dans cette suite du livre «Le cinquième enfant», Ben a 18 ans. Il s’agit toujours du même garçon désagréable, tout en muscle et en appétit. Abandonné par sa famille, il n’a pour refuge que le logis d’une veille dame qui daigne bien s’occuper de ses besoins primaires. Lorsque cette dernière tombe malade, il est recruté par le souteneur d’une prostituée amicale afin de transporter de la drogue entre la Grande-Bretagne et la France. Par la suite, il sera manipulé de nouveau et aboutira au Brésil pour un autre périple tortueux…
   
   Une gentille fable morale, l’histoire de Ben est intéressante dans sa façon de nous montrer le parcours d’un être proche de l’animal évoluant dans une société hautement balisée. Le monstre n’est pas édulcoré pour nous le rendre attachant. C’est un carnivore redoutable, colérique et bête. Pourtant, on se surprend à souhaiter qu’il s’en sorte.
   
   La lacune principale découle d’une réticence à aller au bout des idées. Peut-être, Lessing est aussi tombée sous le charme de son antihéros et ne s’est pas permise d’explorer toute la cruauté dont l’homme est capable lorsqu’en présence d’un être plus faible ? Ce dernier est souvent protégé et reçoit l’affection de bons samaritains. La réalité est sûrement autre. Le monde n’est pas aussi aimable avec ses inadaptés.
   
   Pour cette raison, les aventures de Ben aux quatre coins de la planète paraissent invraisemblables. Qui veut s’encombrer d’un boulet ? Considérant la richesse du personnage, son étude approfondie dans un cadre intimiste aurait été plus captivante que le simple inventaire des ses tribulations rocambolesques.

critique par Benjamin Aaro




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