Lecture / Ecriture
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Les madones de Léningrad de Debra Dean

Debra Dean
  Les madones de Léningrad

Les madones de Léningrad - Debra Dean

Le palais de la mémoire
Note :

    Un effondrement
   
   Va et vient entre passé et présent, “Les madones de Léningrad” de Debra Dean, aborde à la fois le thème de la mémoire, celle de Marina qui est en train de se diluer,et celui du passé de nos parents que nous ne connaîtrons jamais totalement.
   
   Comment faire coïncider l'image de cette femme âgée,qui se rend au mariage de celle qu'elle n'identifie même plus comme étant sa petite fille et celle de la belle jeune fille qui, employée au Musée de l'Hermitage durant le siège de Léningrad, vit dans les caves d'un musée dont toutes les salles sont vides mais qu'elle repeuple en exerçant sa mémoire ?
   Marina qui a miraculeusement pu retrouver celui qu'elle aimait dans une Europe dévastée, maintenant qu'elle vit depuis de nombreuses années aux Etats-Unis a toujours refusé de parler du passé. Son mari, lui aussi, s'est abstenu de la questionner sur la naissance de ce fils dont Marina a toujours dit que le père était un dieu ...
   
   La beauté de l'art, l'humanité de gestes simples mais qui prennent toute leur valeur quand on meurt lentement de froid et de faim, transcendent l'érosion des sentiments qui apparaît quand la mort est tellement présente qu'on n'y prête quasiment plus attention...
   
   Opposition entre la Marina d'hier capable de faire visiter à un groupe de jeunes militaires un musée vide en leur donnant à imaginer avec talent les oeuvres mises à l'abri et celle qui , des années plus tard parle d'elle en ces termes "Je deviens comme le musée. Tout fuit. C'est horrible" car en effet,"Plus pénible que la perte des mots, il y a cette façon qu'a le temps de se contracter, de se fracturer et de la larguer dans des endroits inattendus."
   
   Opposition entre tous ces détails de la vie quotidienne, quand pouvoir aller au sauna devient un petit miracle "C'est comme traverser un nuage et entrer dans le ciel" et l'espoir suscité par une vie à venir dans un monde où règne la destruction.
   
   Une écriture chatoyante pour évoquer les tableaux disparus et célébrer la beauté d'un monde toujours renouvelée : "Chaque jour le monde est refait à neuf, sacré, et elle l'absorbe, dans toute son intensité brute, comme un petit enfant. Elle sent quelque chose s'épanouir dans sa poitrine -joie ou chagrin, en définitive, ils sont inséparables. Le monde est d'une si grande beauté, en dépit de toutes ses horreurs, qu'elle sera désolée de le quitter".
   
   Emprunté un peu par hasard à la médiathèque, en dépit de ses descriptions de tableaux parfois longuettes,un roman attachant et tout en subtilité qui nous épargne les clichés des histoires de familles à l'américaine.

critique par Cathulu




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