Lecture / Ecriture
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Les années douces de Hiromi Kawakami

Hiromi Kawakami
  Les années douces
  La brocante Nakano
  Manazuru
  Le temps qui va, le temps qui vient

Ecrivain japonaise , née à Tokyo en 1958

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les années douces - Hiromi Kawakami

D'une infinie délicatesse
Note :

   Tsukiko est une jeune trentenaire célibataire menant une vie professionnelle bien remplie, au contraire de sa vie privée. Et c'est par le plus grand des hasards qu'elle croise, dans un bar qu'elle aime fréquenter le soir en sortant du bureau, un de ses anciens professeurs du lycée. Le roman qui naît de cette rencontre et de toutes celles qui suivront n'a - fort heureusement - rien à voir avec "Sex and the City", ni avec aucune autre de ces histoires de jeune trentenaire célibataire qui prolifèrent dans la littérature contemporaine.
   
   Très vite, une complicité tranquille se fait jour entre la jeune femme et son aîné, comme ne tarde pas à le constater Tsukiko: "Nous n'avons pas seulement les mêmes goûts pour les amuse-gueules qui accompagnent le saké, il faut croire que notre manière de fréquenter l'autre s'articule aussi sur le même rythme, une correspondance de plus. Plus de trente années nous séparent, pourtant je me sens infiniment plus proche de lui que de certains de mes amis qui ont le même âge que moi." (p. 8) La succession de leurs rencontres tisse la trame de ces "années douces": rencontres embrumées par le saké au bar de Satoru, célébration des cerisiers en fleurs, cueillette des champignons sont autant d'instants nimbés d'une douce lumière.
   
   Sous le vernis imposé par la bonne éducation japonaise, Hiromi Kawakami évoque avec une infinie délicatesse le frémissement des émotions, les sentiments qui empruntent des chemins inattendus, conférant ainsi à ces "années douces" un charme aussi puissant que subtil. Et si étonnant que cela puisse paraître au premier abord, il est bien difficile de reposer ce livre, de se dégager de son atmosphère, avant d'en avoir tourné la dernière page, non sans éprouver une pointe de mélancolie.
   
   Extrait:
   "Selon le calendrier, on était au début du printemps, mais les jours étaient encore courts. Tant qu'à faire, je trouve plus agréables les journées d'hiver, si brèves qu'elles semblent vous chasser. Quand on se dit que de toute façon le jour va bientôt décliner, le coeur est prêt à accueillir l'obscurité légère et élégante qui fait naître le regret. Maintenant que les jours ont rallongé suffisamment pour faire dire, tiens, il ne fait pas encore nuit, un peu plus et il fera nuit, on perd pied. Voilà, la nuit est tombée, et l'instant d'après, un sentiment de désolation s'empare de vous et vous enveloppe d'une solitude pesante et lancinante." (pp. 106-108)
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critique par Fée Carabine




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Cerisiers en fleur
Note :

    Tsukiko, célibataire qui approche doucement de la quarantaine, fréquente un bar à saké dans lequel elle tombe un jour par hasard sur Matsumuto Harutsuna, un vieil homme qui a été son professeur de littérature japonaise au lycée. Au fil de leurs rencontres (toujours laissées au soin du hasard) et de leurs discussions, s'instaure peu à peu une amitié solide qui va se transformer en amour...
   
    Ah que voilà un beau roman, chers happy few, tout en finesse et en retenue! Tsukiko, qui raconte l'histoire, s'attache à des détails qui ont l'air insignifiants mais qui participent à créer une atmosphère particulière et sensuelle, où les odeurs des truites grillées se mêlent au goût du saké chaud, où on imagine sans peine le bruit des flacons, le goût du sashimi frais, l'amertume des algues et la beauté des cerisiers en fleur. Ce roman empli d'odeurs et de couleurs, est une réflexion sur la solitude et sur la vie, sur la naissance des sentiments amoureux et, au final, sur la difficulté d'aimer quand on sait que les années sont comptées.
   
    C'est un roman plein de poésie, dans les moments suspendus et comme volés au temps (une visite au cimetière, un marché, la fête des cerisiers, les étoiles qui brillent, les théières de voyage, l'eau gazeuse Wilkinson) comme dans la citation et la création des haïkus, ces poèmes qui saisissent en peu de mots la beauté du monde, mais non dénué d'humour (la scène de la cueillette des champignons donne le sourire). Le portrait du "maître" comme Tsukiko l'appellera toujours se dessine en quelques phrases, quelques situations, homme droit, cultivé et intègre qui ne sort jamais sans sa serviette noire (c'est d'ailleurs le titre original de ce roman "La serviette du maître"), objet qui finit par le représenter et qui sera tout ce que Tsukiko gardera de lui, avec les souvenirs...
   
    Un roman délicat et sensible comme les cerisiers en fleur, que vous devez lire, chers happy few!
   
   
    PS : à noter que ce roman a reçu le prix Tanizaki au Japon en 2001.
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critique par Fashion Victim




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Douce amère
Note :

   C'est un charme tout à fait particulier qui se dégage de ce roman. Une sensation de paix, de délicatesse aussi. Je l'ai lu tout doucement, me laissant porter par la sérénité qui se dégageait de certaines scènes. En fait, je le cherchais depuis des années, ce livre. On me l'a offert pour mon anniversaire, merci! Quel agréable moment de lecture.
   
   Tsukiko a 37 ans. Elle est célibataire, solitaire, pas malheureuse... juste un peu hors du monde. Un jour, elle retrouve son ancien professeur de japonais, de 30 ans son aîné. Se tisse entre eux une relation étrange, respectueuse, mais étonnamment belle et simple. Des rencontres "au hasard", sans rendez-vous, juste comme ça. Ils boivent du saké, de la bière, cueillent des champignons, vont voir des cerisiers en fleurs. Ils profitent de la présence de l'un et de l'autre pour apprécier ces moments éphémères qui rendent le quotidien magnifique dans toute sa simplicité.
   
   Cette relation qui se bâtit doucement, sans que ce soit prévu, est tout à fait attendrissante. Il se dégage, comme dans plusieurs romans japonais, une certaine pureté, une atmosphère un peu rêveuse, tout en pudeur et en délicatesse. La plume de l'auteure évoque quantité d'images qui apparaissent et disparaissent, comme ça. C'est simple et puissant à la fois. Je ne suis pas une connaisseuse, loin de là, mais bon, j'ai souvent remarqué cette caractéristique dans la littérature japonaise. C'est épuré mais aussi sensuel. Chaque détail a son importance, sa raison d'être.
   
   Une belle histoire. Un peu douce amère, un peu nostalgique. Qui m'a donné le goût de dévaliser un restaurant japonais... qui se trouverait au Japon. Mais bon, avec le contexte actuel, je pense que ça va attendre!
   
   Tout ce que j'aime, quoi! (Le livre... pas les événements du Japon... je pense que vous aviez compris hein... mais sait-on jamais!)

critique par Karine




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