Lecture / Ecriture
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La collecte des monstres de Emmanuelle Urien

Emmanuelle Urien
  La collecte des monstres
  Court, noir, sans sucre
  Tous nos petits morceaux
  Le bruit de la gifle

Emmanuelle Urien est un écrivain français née en 1970.

La collecte des monstres - Emmanuelle Urien

L'art de la chute
Note :

   Les monstres attirent le regard et, effectivement, le regard est très important dans «La collecte des monstres» à laquelle nous convie Emmanuelle Urien.
   Regard des autres sur soi qu'on ne supporte plus et qu'on provoque pour mieux le contrôler. Regard sur la violence du monde qui rend fou.
   
   Pas de monstres de foire dans cette collecte mais des gens en apparence ordinaires et qui un jour, par une sorte de fatalité, basculent soit du côté victime soit du côté bourreau. La frontière est souvent floue entre les deux car il faut être deux pour danser le tango...
   
   Mensonges, manipulations, violence physique ou psychologique, la machine à broyer se met en route implacablement.
   
   On ne sort pas indemne d'une telle lecture et alors que je peux lire sans broncher (ou presque) les descriptions les plus sanguinolentes, j'avoue que j'ai parfois différé la lecture d'une nouvelle ou anticipé en allant voir la fin...
   
   Emmanuelle Urien excelle à mettre en place des machines infernales,aux mécanismes parfaitement agencés, qui nous explosent à la figure. Chaque nouvelle nous fait entrer dans un univers différent, tant par la tonalité que par l'époque évoquée. Le parti pris d'évoquer des monstres donne parfois un aspect un peu systématique mais l'auteure maîtrise parfaitement l'art de la chute, voire de la double chute, et arrive toujours à nous surprendre.
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critique par Cathulu




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La moulinette de la vie
Note :

   C'est avec grand plaisir que j'ai réceptionné "La collecte des monstres" d'Emmanuelle Urien, livre voyageur de Clara: j'avais lu beaucoup de chroniques positives sur l'auteure et les lecteurs ne tarissaient pas d'éloges sur la qualité de sa plume et l'acuité de son regard porté sur la nature humaine.
   
   Mon plaisir de lire a été à la hauteur de mon attente, voire même plus grand: la galerie de personnages qui se succèdent au fil de nouvelles bâties à coup d'images plus percutantes les unes que les autres, m'a émue au plus haut point et a fait affleurer larmes et frissons glaciaux. L'écriture de nouvelles est un exercice qui est loin d'être simple: il nécessite une maîtrise consommée de la formule, d'un style qui en quelques mots va à l'essentiel et, surtout, l'art de la chute, virevolte clôturant l'histoire, conclusion appelée à surprendre le lecteur et à achever, joyeusement ou non, le portrait des héros. Emmanuelle Urien est une artiste époustouflante: chaque chute de ses nouvelles est un bijou, est une réussite et parvient, alors que l'ambiance générale du recueil oscille entre le plombant et le glauque (mais toujours avec subtilité), à surprendre, à tous les coups, le lecteur qui pense avoir saisi le fil conducteur et se retrouve, éberlué, devant un pied-de-nez de l'auteure, bouleversant ses déductions et troublant des conclusions qui se révèlent hâtives.
   
   Emmanuelle Urien dresse le portrait d'une humanité qui, dans un quotidien sombre, noir, où le gris absorbe le moindre coin de ciel bleu, la plus petite joie, offre une large part de monstruosité: entre une Juliette, perdue dans le gras de ses kilos en trop, et sa recherche désespérée d'un Roméo qui se fait attendre, et un pauvre hère enfermé dans une pièce aveugle, "le petit comptable", qui se met, pour tuer le temps, à convertir en grammes les chiffres qu'un "homme blond" lui présente chaque jour, une gamme hétéroclites d'affreux jojo ordinaires se promène au gré des pages. Juliette s'abandonnera à l'étreinte mortelle de son Roméo prédateur, "le petit comptable" (dont le lecteur n'apprendra le nom qu'à la fin) et "l'homme blond" seront une version, terrible et mortifère, de la Shoah (diantre! que l'histoire est bien ficelée et dotée d'une chute glaciale); Alice, femme violentée par son époux, passera de l'autre côté du miroir de la vie par le bras de celui qui l'aura débarrassée de son bourreau, la femme au foyer, grande dépressive, franchira le Rubicon dans un moment d'absence et de folie, une mèche de cheveux sera le fil conducteur d'un mal qui ronge et abîme l'intégrité physique de celle qui le subit.
   
    Les personnages défilent avec leur poids de souffrance et de mal-être, survivent dans un monde qui ne leur renvoie qu'un reflet désespérant, celui de leur vie qui n'est qu'un rebut à déposer devant un portail afin que la collecte des monstres ôte du paysage ces Don Quichotte d'une société qui n'a aucune compassion pour celui qui reste à la traîne... ces monstres que l'on ne supporte pas de voir, reflets d'un monde insatisfaisant car cruel et mesquin, ces chevaliers à la triste figure d'un temps qui s'emballe dans une frénésie avide de beautés et de réussites.
   
   "La collecte des monstres" est l'histoire des violences ordinaires d'une vie que l'on pense calme et qui est effrayante dans le souterrain de son long fleuve tranquille.

critique par Chatperlipopette




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