Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La fille sans qualités de Juli Zeh

Juli Zeh
  La fille sans qualités
  Corpus Delicti
  Dès 08 ans: Le pays des hommes
  Atteinte à la liberté - les dérives de l'obsession sécuritaire

Juli Zeh est une écrivaine allemande née en 1974.

La fille sans qualités - Juli Zeh

Retour du nihilisme
Note :

   Ada, 14 ans, rentre en seconde au lycée Ernest Bloch de Bonn. C'est un établissement privé très chic qu'elle intègre pour une mystérieuse raison qui ne sera révélée que plus tard. Aussi brillante qu'antipathique, elle se fout de tout et n'hésite pas dès les premiers jours à remettre à sa place à l'aide d'une argumentation irréfutable Höfi, un professeur misanthrope, tyrannique et cassant.
   
   Alev arrive au lycée un an après elle. Dès son arrivée, il se fait remarquer. Il veut qu'on le vouvoie. Il sympathise avec Ada et la présente à ses copains comme la fille la plus intéressante du lycée. Elle a enfin trouvé quelqu'un à sa mesure : Alex la fascine.
   
   Incapables de croire à quoi que ce soit, ces deux êtres vont trouver en Smutek, jeune professeur de sport, réfugié polonais, leur bouc émissaire. Proches du nihilisme, niant toute valeur morale, ils vont jouer un jeu cynique, dangereux, pervers et cruel qui les emmènera tous les trois vers un dénouement dramatique et inattendu. C'est Sophie, la magistrate en charge du dossier, ayant bien du mal à "juger" cet acte, qui nous fait le récit de cette affaire.
   
   Ce livre dont j'avais beaucoup entendu parler est un roman étonnant qui a fait fureur en Allemagne à sa sortie. À travers le récit de la relation perverse de ces trois jeunes gens, nous assistons aux rapports ambigus de ces individus et j'avoue que j'ai été prise par ce récit parfois oppressant mais combien passionnant. Avec en filigrane une réflexion sur la notion de bien et de mal et la difficulté de comprendre certains actes totalement gratuits.
   
   Enfin je trouve la photo de couverture magnifique.
   ↓

critique par Clochette




* * *



L’art de la manipulation
Note :

   Le titre allemand est "Spieltrieb" qui signifie "Instinct de jeu" … c’est tout à fait significatif!
   Difficile de parler de ce roman de manière simple, car il est loin de l’être…
   
   Le lieu : un lycée privé huppé en Allemagne qui donne leur dernière chance aux gosses de riches qui n’ont pas réussi ailleurs
   L’époque : tout à fait récente, le début des années 2000, avec, à l’arrière-plan, les massacres de Columbine aux US et de Erfurt en Allemagne, ainsi qu’un nombre croissant d’incidents violents en milieu scolaire en général…
   Les personnages sont deux marginaux : Ada, 14 ans, surdouée qui ne croit plus en rien et qui adopte une attitude profondément indifférente, voire dédaigneuse, vis-à-vis de son entourage. Rien ne peut l’atteindre. Elle rencontre Alev, 18 ans, mystérieux, esprit hors du commun lui aussi, grand manipulateur qui se proclame nihiliste et impuissant (c’est important pour son personnage). Bref, son alter ego diabolique!
   
   Les deux vont se reconnaître et commencer à se mesurer dans des joutes verbales d’abord, puis unir leurs forces pour manipuler leurs camarades et "casser" des profs (de manière fort brillante le plus souvent, il faut le dire) à grands coups de références littéraires et mises en cause d’interprétations philosophiques.
   
   Leur victime désignée sera un jeune professeur d’origine polonaise, humaniste refusant tout pessimisme ou cynisme. Sur l’ordre d’Alev, Ada le séduit, l’amène à coucher avec elle. Et Alev filme le tout. L’objectif est de prouver que les idéaux et les sentiments n’ont aucune valeur. C’est ainsi que débutent un chantage et un jeu d’une perversion qui finissent en descente aux enfers.
   Etant familière de l’univers scolaire et au contact quotidien des jeunes gens, ce roman m’a quelque peu fascinée et interpelée, car évidemment je me suis constamment posé la question dans quelle mesure mes élèves et/ou les amis de mes enfants ados seraient capable d’agir comme Ada et Alev ; ou encore s’ils pourraient se trouver à la place des victimes manipulées etc. et je pense que c’est (en théorie) possible. Il me semble que souvent les professeurs et les parents ne savent plus grand-chose du jeune qu’ils ont en face d’eux. Parfois je me dis que les jeunes ressemblent de plus en plus à une secte difficilement pénétrable et que nous risquons d’avoir des surprises un de ces jours, sans aller forcément jusqu’aux excès décrits ici.
   
   Dans la présentation allemande, il est dit que tous les professeurs et élèves devraient le lire, et je suis assez d’accord!
   
   Mais attention : il y a vraiment de quoi mettre mal à l’aise le lecteur! Quelques scènes terribles (quand Ada se fait déflorer, par exemple!), cette perversion, cette absence totale de toute valeur morale : ce n’est même plus du nihilisme, c’est tout simplement le néant! Or, le néant devient la référence. J’avoue qu’à l’âge de seize ans, j’aurais volontiers adhéré à ce genre de définitions. Je veux dire par là qu’un jeune en rupture avec la société peut trouver séduisantes les idées proférées par Ada et Alev… et cela me parait dangereux…
   
   "Le néant ne peut faire l’objet d’une opinion. C’est l’absence de choses, un espace vide que le vouloir humain tente inlassablement de remplir. C’est l’origine et le terme, c’est l’arrière-plan de notre existence, vital et mortel. Les hommes le baptisent "quelque chose", s’y promènent et y édifient leurs constructions mentales comme si c’était un terrain solide. Une illusion à laquelle je n’ai jamais pu succomber. L’errance délibérée au sein de notre époque n’a pas que des inconvénients. Du moment que nous avons perdu la foi, c’est le dernier rempart qui nous protège de la connaissance ultime."

   Et oui, le livre est truffé de ce genre d’assertions (pseudo-) philosophiques, ce qui rend la lecture un peu ardue parfois…
   Mais sincèrement, il ne faut pas passer à côté!
    ↓

critique par Alianna




* * *



Déstabilisant
Note :

   J’avais ce roman dans ma pile depuis une éternité. Depuis sa sortie dans la collection Babel, en fait. J’en avais lu beaucoup de bien sur les blogs et quand je disais que j’avais adoré "Le maître des illusions" de Donna Tartt, c’est toujours ce conseil qui revenait. Du coup, je l’ai lu. Bon, je l’ai lu 10 ans plus tard, mais je l’ai lu quand même. Ça compte, non?
   
   "La fille sans qualité" est un roman profondément dérangeant. Un roman qui fait froid dans le dos et qui fait presque perdre espoir. Je suis consciente de ne pas avoir tout saisi (je n’ai pas lu Musil, entre autres… et mes lectures des nihilistes remonte au Cégep) mais j’ai tout de même pu apprécier ce roman fort bien écrit (chapeau aux traducteurs) qui nous ramène au début des années 2000, dans un lycée de Bonn.
   
   Ada a 14 ans. Jeune fille précoce, très intelligente, elle s’ennuie et aime provoquer. Un an après son entrée dans un nouvel établissement arrive Alev, 18 ans. Post-nihiliste, il ne croit en rien. Même pas au fait de ne croire en rien. Ensemble, ils vont jouer à un jeu machiavélique, déplaçant leurs pièces, pour le plaisir du jeu, impliquant par le fait même Smutek, professeur de sport né en Pologne. Jeune, amoureux de sa femme, il va se laisser prendre au piège. Y trouve-t-il du plaisir? Un exutoire face à la disparition d’un ami ou à l’attitude de sa femme? Est-il amoureux? Difficile à savoir. Aucun des personnage n’est aimable (sauf peut-être Hofi, professeur aussi dans cette école), tous nous révulsent un peu. Leur froideur, leur détachement, leur mépris de la loi, de l’éthique, des règles… ça donne froid dans le dos. Et le final, rapide, presque trop après tant de pages (plus de 600 quand même) souvent philosophiques, nous laisse un peu sur le carreau… et nous fait réfléchir davantage.
   
   Ce n’est pas un roman qui plaira à tout le monde. Il est difficile de s’attacher aux personnages et même de les comprendre. On se sent démuni, on aurait parfois le goût de les secouer (ok, souvent). Il y a des passages un peu longs et on se demande souvent où ça mène. Mais ça déstabilise. Et quand un roman réussit à me faire cet effet, je suis généralement satisfaite.
   
   Et ce que je peux être contente de croire encore en quelque chose! Vous pouvez pas savoir!

critique par Karine




* * *