Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Les Pintades à Téhéran de Delphine Minoui

Delphine Minoui
  Les Pintades à Téhéran

Les Pintades à Téhéran - Delphine Minoui

Le tchador ne fait pas la Téhéranaise
Note :

   Extrait d'une interview de l'auteur, Delphine Minoui.
   Non, à Téhéran, les femmes ne sont pas toutes voilées de noir de la tête aux pieds. Oui, à Téhéran, les femmes ont le droit de vote, elles ont même le droit d'être élues. Non, elles ne sont pas cloîtrées à la maison, 60 % des étudiants sont même des étudiantes. Oui, elles ont le droit de conduire une voiture et de se promener dans la rue sans chaperon. Téhéran, ce n'est ni Ryad ni Kaboul. C'est sûr, la vie des pintades téhéranaises est pleine de contraintes et d'interdits. Au regard de la loi, elles ne valent que la moitié d'un homme. Elles sont interdites de chant, de sexe avant le mariage, et doivent mettre un foulard sur la tête quand elles sortent... Leur quotidien est un pied de nez permanent à la censure, une lutte de tous les instants contre une République islamique qui ne leur fait pas de cadeaux."

   
   
   Entre guide pratique et recueil de chroniques, “les Pintades à Téhéran” est un livre bien agréable à lire, décrivant les Iraniennes sous un jour très différent de ce que les médias classiques ont l'habitude de nous montrer.
   
   Mais d'abord, qu'est-ce qu'une pintade, sinon une sorte de volaille goûteuse et charmante ? Si j'ai bien compris les responsables de la collection et ce que Delphine Minoui en disait, lors de son passage chez Ruquier, la pintade est un volatile réputé pour sa curiosité et sa tendance à n'en faire qu'à sa tête. Si j'en crois la teneur des précédentes éditions consacrées aux pintades new-yorkaises et londonienne, la pintade humaine) est une jeune urbaine, active et curieuse, toujours en quête des dernières nouveautés dans tous les domaines.
   
   Les Téhéranaises ne font pas exception à la règle. Pour assouvir leur besoin de coquetterie ou de losirs, elles dépensent une énergie folle à défier les interdits. Comment se voiler "sexy", comment rencontrer l'amour, flirter, mincir...
   
   Tout au long de courtes rubriques écrites sur le ton du bavardage entre copines, ces femmes nous deviennent plus familières et attachantes, quelquefois empreintes de gravité mais souvent d'humour.
   Certaines scènes ne sont d'ailleurs pas sans rappeler le superbe "Persepolis" de Marjane Satrapi.
   ↓

critique par Evanthia




* * *



Légèreté mal placée
Note :

   N'ayant pas beaucoup de connaissances sur les Iraniennes, hormis les images stéréotypées véhiculées en général par les medias, j'ai tenté l'expérience de cette lecture.
   
   Je vais commencer par me débarrasser de ce qui ne m'a pas plu. Tout d'abord le titre. Je sais que c'est une série, il y a "les pintades à Paris", "les pintades à New-York", etc .. ça se veut sans doute humoristique, mais affubler les femmes d'un nom de volaille n'a jamais été très flatteur.
   
   Ensuite, très rapidement il m'a paru que le livre décrivait surtout des classes privilégiées. Je ne pense pas que la majorité des Téhéranaises passe ses journées à courir les magasins, se recevoir avec abondance de nourriture, se retrouver dans les salons de beauté etc. Bien sûr, il y a aussi des allusions à des femmes plus modestes ou militantes, mais très rapides et trop survolées. J'ai eu l'impression de parcourir un magazine féminin, ou on trouve sur la même page des conseils sur la hauteur de talons qu'il faut ABSOLUMENT porter cette saison et un entrefilet sur une femme emprisonnée dans un pays lointain, sans aucune hiérarchie des informations.
   
   Ces réserves étant posées, j'ai tout de même apprécié de découvrir une vie bouillonnante sous les tchadors, les Téhéranaises sont d'une inventivité incroyable pour transgresser les règles absurdes qu'on leur impose. Beaucoup d'aspects de la vie sont abordés, l'amour, la sexualité, la nourriture, la culture, la musique, les mille et une manières de composer avec la tenue vestimentaire et les codes religieux... On sent une jeunesse pleine de vie et d'envies, beaucoup plus moderne qu'on ne l'imagine vue d'ici. Tous les chapitres comportent des adresses utiles pour qui envisage un voyage en Iran.
   
   J'ai été plusieurs fois gênée au cours de ma lecture par le parti-pris de légèreté du ton. Impossible de ne pas penser aux évènements qui se déroulent actuellement là-bas et de se dire que l'étau se resserre probablement par rapport à la sortie du livre. En même temps, je reconnais que cette légèreté peut permettre d'aborder des sujets graves dans lesquels on ne se plongerait pas volontiers autrement.
   
   Je ne relirai pas d'autres livres de la série, mais j'ai envie maintenant de découvrir des romans ou documents plus fouillés sur la situation des femmes en Iran.

critique par Aifelle




* * *