Lecture / Ecriture
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La main coupée de Blaise Cendrars

Blaise Cendrars
  L'or
  La main coupée

Blaise Cendrars est le nom de plume de Frédéric Louis Sauser, écrivain français d'origine suisse, né en 1887 et mort en 1961.

La main coupée - Blaise Cendrars

Gouaille
Note :

   C’est un ouvrage bien étonnant à lire à notre époque que cette «Main coupée». Et pas du tout politiquement correct. Le ton que Cendrars adopte pour parler de ce gros massacre au cœur duquel il s’est volontairement porté est à la fois celui du drame et de la farce.
   
    Suisse et donc non enrôlé, celui que la littérature connaît sous le nom de Blaise Cendrars s’est engagé dans l'armée française comme volontaire étranger (Légion étrangère) dès le début de la «Grande Guerre» dans le but avoué de «tuer du Boche» et défendre la patrie. Il avait même rédigé et publié des exhortations à rejoindre ce corps afin de mettre les Allemands plus vite en déroute… Ce qui nous rappelle à quel point tous, intellectuels compris, nous sommes mentalement le produit de notre époque.
   
   Sur place, il constata l’incompétence et la couardise des gradés ainsi que les absurdités guerrières mais cela correspondait bien à sa vision de l’humanité et ne le bouleversa donc pas plus que cela. Par contre, comme dans les quartiers populaires de Paris qu’il aimait tant, il y retrouva aussi la bonhomie grossière et nature des hommes de troupe, ses camarades et c’est avec une gouaille tout à fait dans le ton de ces chansons de troupe dont les vieux enregistrement nous répètent les voix nasillardes et moqueuses qu’il nous restitua 34 années plus tard ses souvenirs de tranchées. Le titre de la plupart des chapitres étant le nom ou plus souvent encore le surnom, d’un soldat qu’il avait connu et le chapitre étant le récit de son aventure et le plus souvent de sa mort. Ces noms s’alignent comme les croix blanches d’un cimetière militaire.
   
   Blaise Cendrars aimait l’action, c’est clair. Il aimait la débrouille au ravitaillement, et même la bagarre. Je pense que le ton est pas mal représentatif de l’esprit de l’époque. C’était le début de la guerre. Les victimes, la pagaïe et les erreurs étaient déjà nombreuses, mais toute illusion n’était semble-t-il pas encore perdue.
    Il aimait le risque et l’aventure, il aimait qu’il y ait du mouvement, du stress et de l’inattendu. Il y a toujours eu des baroudeurs. C’est dans la nature humaine. Et de ce côté-là, il n’a pas été déçu. C’est ainsi qu’il a vécu cette période de sa vie.
   
   Ca avait l’air simple, la guerre comme cela. Une sorte de jeu brutal et cruel, mais acceptable. On se battait le mieux qu’on pouvait. On dégommait le plus d’ennemis possible dans la jubilation et on évitait de les voir de trop près, histoire de ne pas s’apercevoir qu’ils étaient pareils.
   On devait risquer sa vie, se sentir «prêt à la donner» avec quand même l’idée au fond qu’on va s’en tirer. (Cela m’a fait pensé au film «La canonnière du Yang-Tse» où le personnage joué par Steve McQueen n’en revient pas de se voir mourir pour de vrai.) Mais on se décrivait quand même comme « Un mort de plus parmi des dizaines et des milliers d’autres, tous plus ou moins grotesques. »
   Ainsi ce roman autobiographique publié en 1946 nous parle d’un Blaise Cendrars plein d’allant et qui a encore deux mains. Mais un an après son arrivée au front, c’est un poète manchot (et ayant perdu plus que la main droite, mais presque tout le bras) que la guerre renverra à l’arrière, lui sauvant sans doute ainsi la vie.
   
   Donc, étrange, décalé, hors époque, mais à lire quand même.
   
   D’autre part, j’en ai profité pour me renseigner un peu sur la vie de Blaise Cendrars et vraiment, il a éveillé mon intérêt. Il n’était tout de même pas commun cet homme-là et je pense que je vais me pencher bientôt d’un peu plus près sur son œuvre tant elle me semble pouvoir être intéressante.

critique par Sibylline




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