Lecture / Ecriture
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Total Kheops de Jean-Claude Izzo

Jean-Claude Izzo
  Total Kheops

Total Kheops - Jean-Claude Izzo

Où il n'est pas question d'Egypte
Note :

   Je ne connaissais pas l'œuvre de Jean-Claude Izzo. Son nom, oui. Quand on est lectrice et qu'on s'intéresse à l'actualité littéraire, on a forcément croisé ce nom. D'autant plus qu'il était l'un des fondateurs des "étonnants voyageurs".
   
   Je suis dans une période "romans policiers", comme ça m'arrive souvent en automne.
   La lecture d'un polar me rassure quand j'ai du vague à l'âme, que je déprime un peu ou quand je suis fatiguée. Justement, en ce moment, je suis fatiguée.
   
   Avec un polar, bien qu'on patauge dans le crime et la fange, le schéma est clair. Ca fait un peu "je mets ma capacité de réflexion en mode off", mais c'est pour mieux s'imprégner d'autre chose : une culture, une ambiance, un pays, une communauté, que sais-je encore...
   
   Et c'est exactement ce qui se passe avec Total Kheops. Méga star : Marseille. Personnage principal : Fabio Montale.
   En lisant ce nom en quatrième de couverture, j'ai soudain tiqué. Mais ça ne serait pas aussi une série télévisée avec Alain Delon ?? Bon... lisons, d'abord...
   En fait, Fabio Montale, ce serait plutôt Alain De Loin. Loup solitaire et volontiers déprimé, il conduit ses enquêtes presque sans filet, borderline. Il suffirait de pas grand-chose pour qu'il succombe à nouveau à la tentation voyoute... comme dans sa jeunesse, avec Manu et Ugo, qu'il faut venger pour conquérir Lole.
   Plume excellente pour ce style. La trinité sujet-verbe-complément y fait merveille.
   
   Marseille : ses quartiers, sa faune et sa flore, ses gangsters, son racisme qui pue la sueur de l'époque, celle du chômage mais aussi ses poètes, ses crus locaux, sa gastronomie et ses femmes... ah les Marseillaises ! Belles comme le bord de mer, sentant bon la menthe et le basilic et riches des mélanges multimillénaires qu'a connu la ville depuis l'arrivée des Phocéens.
   
   Izzo aime Marseille comme Nougaro aime Toulouse. Ils iraient jusqu'à vous faire croire que vous y avez toujours vécu.
   
   Le Marseille que décrit Izzo ressemble à ce que j'ai vu de ses environs, quand j'étais petite fille et que je passais mes vacances à Cassis, voilà plus de 40 ans. Encore un peu sauvage, chaleureuse et parfumée. Passionnément amoureuse ou violente. Pas de demi-teinte au pays des Calanques voisines.
   
   Ce livre est le premier d'une trilogie (total Kheops, Chourma et Solea). Marseille est indécrottablement une cité marquée par le chiffre trois – triangulaire ou trinitaire, là n'est pas la question... tant que la menthe et le basilic continueront d'embaumer la Gineste.
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critique par Evanthia




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Marseille, notre amour...
Note :

    Total Kheops est un polar racontant l'enquête d'un petit flic de banlieue voulant venger deux de ses vieux amis, morts car impliqués dans une sale histoire. Tous les ingrédients d'un bon polar sont réunis là : meurtres, passages à tabac, mafia, rivalités dans la police et j'en passe... Un bon polar donc. Classique. Le suspense est là. Cependant, rien d'exceptionnel...
   
    Le personnage principal de l'histoire, notre petit flic de banlieue pessimiste et noir un peu paumé cachant cependant un grand coeur est assez attachant. Sympathique. Mais ce n'est pas un personnage hors du commun.
    Je ne m'attarderai pas plus longtemps sur ces aspects là. C'est un polar somme toute loin d'être mauvais mais assez simple.
   
    Là où le livre devient exceptionnel, c'est quand son auteur nous parle de Marseille. Ville unique. Ville où j'habite depuis 10 ans maintenant. Jean-Claude Izzo nous raconte Marseille avec une langue sublime : ses gens, ses couleurs de peau comme du ciel, ses drames, ses quartiers, ses bus, ses calanques, ses restaurants, ses habitants affrontant la vie à coups de poings entre les jeunes des banlieues et les immigrés de tous horizons pauvres , mais intègres. Ses côtés sombres aussi, crés par des gens qui y vivent mais qui n'y comprennent pas grand-chose. Sa beauté. Beauté qui comme le dit si bien Izzo," ne se photographie pas mais se partage" . Izzo aime Marseille, comme moi, comme tous les gens qui y vivent... et il tente de faire partager cet amour à tous. Car le partage marseillais c'est bien plus qu'un mythe. C'est à coup sûr ce qui donne à ce livre la peine d'être lui.
    Je vais laisser à Izzo le mot de la fin:
   
   « "Mon père m'avait dit " Oublie pas. Quand je suis arrivé ici, le matin, avec mes frères, on savait pas si on aurait à manger à midi, et on mangeait quand même." C'était ça, l'histoire de Marseille. Son éternité. Une utopie. L'unique utopie du monde. Un lieu où n'importe qui, de n'importe quelle couleur, pouvait descendre d'un bateau, ou d'un train, sa valise à la main, sans un sou en poche, et se fondre dans le flot des autres hommes. Une ville où, à peine le pied posé sur le sol, cet homme pouvait dire : "C'est ici. Je suis chez moi"»

critique par Moineau




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