Lecture / Ecriture
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Le Testament français de Andreï Makine

Andreï Makine
  Le Testament français
  La femme qui attendait
  La musique d'une vie
  Le livre des brèves amours éternelles
  La vie d’un homme inconnu
  Une femme aimée
  Confession d'un porte-drapeau déchu
  La fille d'un héros de l'Union Soviétique
  L'archipel d'une autre vie

Andreï Makine est un écrivain russe nationalisé français, qui écrit en français. Né en Sibérie en 1957, il vit à Paris depuis 1987. L’obtention du Goncourt lui a valu d'obtenir la nationalité française en 1996.

Il a été élu à l'Académie française en 2016.

Il a également publié des romans sous le pseudonyme de Gabriel Osmonde.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le Testament français - Andreï Makine

Une enfance russe
Note :

   MAKINE s'y entend parfaitement pour nous faire sentir l'âme russe. Mais, et ça n'est peut être pas le plus visible, il parvient parfaitement à nous faire vieillir de l'état de garçon à celui d'ado qui va basculer homme, avec tous les changements de perception qui se font à notre insu. Cette grand-mère, à la fois attachante et poignante, n'est ce pas aussi notre grand-mère à nous tous? Qui vieillit quand nous passons de l'état de petit enfant à celui d'adulte et qu'on découvre tout à coup sous un jour jamais soupçonné? Il est trop tard alors bien sûr, toujours trop tard.
   
   
   Quant à la comparaison avec PROUST ...??? Je dirais à la réflexion que ça ferait plutôt fuir certains et que ça décevrait les adorateurs. Beaucoup plus parlant à l'âme que PROUST. Pas de mièvrerie, et pourtant tellement de fond!
    ↓

critique par Tistou




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L'enfance d'un écrivain
Note :

   Quatrième roman publié de l'écrivain, "Le Testament français " est celui par lequel le succès vint. Et quel succès! 1995 fut l'année du triomphe, rien de moins : prix Goncourt, prix Goncourt des lycéens et prix Médicis! Ajoutez à cela que ce succès de la critique fut accompagné pleinement -et cela n'est pas toujours le cas- par un succès populaire. Les lecteurs, les lambdas, comme nous, l'adoraient. On lui avait antérieurement refusé la nationalité française? Vous pensez bien qu'on s'empressa alors de la lui accorder. Il avait réalisé les projets de l'enfant russe qu'il avait été, allait-il être pris de vertige? Non, l'assise de son identité et de sa vocation était bien plus solide que cela et il poursuit toujours une belle carrière, nous livrant quasiment tous les ans un nouveau roman, que ce soit sous son nom ou sous le pseudonyme de Gabriel Osmonde.
   
   Mais revenons à ce "Testament français". Ce roman largement autobiographique, nous raconte en quatre parties à la première personne, la vie de ce jeune russe imprégné de culture et de langue française, qui finit par quitter son pays pour venir s’installer en France et y devenir un écrivain qui écrit en français.
   
   Il est des écrivains qui pensent qu'ils doivent écrire dans une langue moderne et proche de la langue parlée, ce n'est pas du tout le cas d'A. Makine qui opte tout au contraire pour un français tout à fait littéraire, une belle langue écrite directement héritée des grands écrivains de la Pléiade et cela d'autant plus aisément que c'est cette langue-là, héritée du 19ème siècle, qu'il a appris à parler et a pratiquée au seuil de la steppe sibérienne, longtemps avant même de mettre les pieds sur notre territoire. Il l'a apprise par l’intermédiaire de sa grand-mère française, chez qui il revenait chaque année passer ses vacances d'été et qui berçait leurs soirées à conter ses souvenirs de jeunesse parisienne. C'était une langue classique par ses tournures et son vocabulaire autant que par ses récits, et c'est elle qui revient sous la plume de l'auteur qu'A. Makine est devenu. C'est celle avec laquelle il va nous parler d'une Russie qui n'est plus où l'on évoquait pour lui une France disparue encore auparavant. Les deux époques se mêlent, toutes deux passées. Ces pages ont un parfum d'autrefois, non pas seulement parce qu'elles évoquent le passé du narrateur, mais aussi parce qu'elles parlent de mondes qui ne sont plus.
   
    Cependant, derrière toute cette nostalgie, se trace le portrait bien précis d'une société russe difficile et l'on gardera en mémoire des évocations, des images, que l'on retrouvera dans d'autres romans de l'auteur : les "samovars", les arrestations, les isbas, les appartements communautaires... On parle souvent de la société russe de l'époque soviétique par l’intermédiaire de dissidents, de personnages historiques, de drames politiques, en un mot, de situations exacerbées ici, Makine nous montre la vie quotidienne des Russes de la base et ne nous montre que cela, ce qui est une très bonne chose aussi.
   
   Et enfin, on assiste à la formation d'un écrivain, qui, d'abord tout jeune, s’imprègne : imprégnation de la langue, des histoires, des informations, de la culture. Cette période sera suivie de sa découverte à la pré-adolescence de la puissance de son imagination qui lui permet de réellement ressentir dans son corps ce qu'elle lui présente ; et la troisième période enfin, à l'adolescence lui fera découvrir ses pouvoirs de conteur sur ses compagnons de pension, sa maîtrise des mots. Il connait les histoires, il sait ce qui émeut, il sait l'imaginer, le dire et l'adapter à on public... Il ne lui manquait déjà plus grand chose pour devenir écrivain.
   
   Quant à moi, bon public, j'ai passé un excellent moment avec cette page de l'enfance d'un écrivain.

critique par Sibylline




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