Lecture / Ecriture
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Les yeux des chiens ont toujours soif de Georges Bonnet

Georges Bonnet
  Les yeux des chiens ont toujours soif

Les yeux des chiens ont toujours soif - Georges Bonnet

"Le temps bouge à peine"
Note :

    «Un chien est venu se coucher à mes pieds comme si j’étais son maître, m’a regardé longuement, a peut-être décelé en moi des choses que j’ignore. Les yeux des chiens ont toujours soif.»
   
   Georges Bonnet (l’écrivain, pas celui qui a fait de la politique) avait déjà 45 ans quand il s’est mis à publier de la poésie. Il en a publié 16 volumes. Et il en avait 81 quand est paru son premier roman. C’est dire s’il est peu sensible aux schémas sociaux censés sous régir.
    Celui-ci est son troisième roman et le premier que je lis de lui. Je l’ai énormément apprécié. Je savais qu’il s’adonnait à la poésie avant même de jeter un œil sur sa biographie, son écriture est celle d’un poète et ce roman nous offre de si belles pages de prose poétique que l’on ne pouvait s’y tromper.
    «Avec le soir, la fraîcheur privilégie le square.
   Les choses reprennent leur simplicité, les fleurs les plus riches perdent de leur arrogance, les arbres se retirent sous leurs feuilles.»

   
   Bien qu’il ne le dise pas explicitement, Emile, le narrateur semble tenir une sorte de journal intime où il jette presque chaque jour quelques notes comme celles que je cite ici. Mais peut-être sont-ce ses pensées.
   
   Ce vieil homme va s’asseoir chaque jour sur un banc du jardin public, c’est là qu’il rencontre Louise qui a les mêmes habitudes. Lentement, une phrase en entraînant une autre, ils feront connaissance et se lieront peu à peu au point qu’il ira vivre chez elle, retrouvant une seconde jeunesse. Mais bientôt viendra Robert et avec lui, la souffrance. Les histoires d’amour finissent mal en général.
   
   Une histoire prenante, faite de petites choses, mais de ces petites choses si vraies et si profondément humaines que notre intérêt est tout autant fixé à leur narration que pour d’incroyables aventures.
    «Une mère berce un enfant sur ses genoux.
   Les plus grands jouent ensemble.
   Ils ont des soirées de papillons.
   On ne sait jamais où s’arrête l’enfance.»

   
   Et puis, je le disais, une prose qui est un poème, un art de dire qui est un envoûtement et qui procure au lecteur un extrême plaisir d’immersion.
    «Il n’y a personne dans la cour. Le balai de paille appuyé contre le mur est tombé.
   Le soleil déclinant glorifie ma bouilloire de cuivre. La statuette et les objets contribuent à mon repos.
   Bientôt viendra la nuit somptueuse et lisse comme un beau meuble sans défaut.»

   
   On se laisse emporter par la voix d’Emile, il pourra nous emporter où il veut, nous dire tout ce qu’il veut, même s’il ne peut tout dire…
   «Dans la cour les serins chantent si bien qu’on ne voit plus leur cage.»
   
   … Qu’avaient décelé les yeux du chien ?

critique par Sibylline




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