Lecture / Ecriture
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No et Moi de Delphine De Vigan

Delphine De Vigan
  No et Moi
  Les heures souterraines
  Rien ne s’oppose à la nuit
  Les Jolis Garçons
  D'après une histoire vraie

Delphine de Vigan est une romancière française née en 1966.

No et Moi - Delphine De Vigan

"Et moi, et moi, et moi...!"
Note :

   C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai lu ce roman de Delphine de Vigan.
   
    Il met en scène 3 adolescents en quête d’amour et de reconnaissance, dont les destins vont se croiser l’espace de quelques mois. L’aventure humaine qu’ils vont vivre ensemble, va transformer leur vie et les mener au seuil de la maturité et d’une certaine liberté.
   
   Lou (le Moi du titre), est une jeune surdouée (13 ans) totalement introvertie. Elle est très mal dans sa peau, se sent mal aimée et incomprise. Elle dissèque tout ce qui l’entoure par jeu et aussi pour palier au «mal être» qui l’oppresse.
   
   Elle se laisse piéger par son professeur qui l’oblige à faire un exposé ce qu’elle exècre par-dessus tout car elle déteste parler en public.
   
   Elle choisit comme sujet dans l’urgence et sans réfléchir : Les jeunes femmes SDF sous forme d’interview.
   
   En errant un peu partout dans Paris elle va trouver dans une gare, No, jeune fille de 17 ans qui est en grande détresse. Lou va d’abord l’utiliser pour son travail, puis petit à petit elle va s’attacher à elle comme on s’attache à une bouée. En trouvant No et en voulant la sauver, c’est elle même qui sera sauvée.
   
   No, victime expiatoire de sa propre mère qui l’a complètement rejetée, et héroïne malgré elle, traverse le roman comme une ombre. D’elle on ne connaît que les grandes lignes de sa tragédie personnelle. Elle semble flotter dans un «espace intermédiaire» ou les mots n’ont plus de signification.
   
   Elle va cependant jouer un rôle déterminant car elle va devenir le révélateur de tous ceux qui l’approchent, et notamment Lou que sa présence puis sa «non présence» vont aider à ouvrir les yeux sur le monde tel qu’il est, et sur elle-même.
   
   Lucas, ado, dans la même classe que Lou mais avec 2 ans de retard, vit seul dans un grand appartement. Il est le gardien de l’échec de ses parents divorcés et remariés chacun. Il souffre d’un manque d’affection et d’attention.
   
   Il cache sa profonde détresse par une attitude rebelle en classe, solitaire et par une assurance hautaine vis-à-vis de tout le monde sauf de Lou, en qui il a reconnu son double de solitude.
   
   No est pour Lou et Lucas la détresse absolue et ils vont unir leurs efforts pour l’aider à s’en sortir le mieux possible en lui apportant amitié et réconfort, ainsi qu’un toit comme abri. Ce qu’ils vont lui donner va les rapprocher et briser leur carapace de détresse et de solitude.
   
   Le style du roman est vif et enlevé. Les mots précis, les phrases courtes et incisives donnent au roman une tonalité claire dénuée de pathos mais où la sensibilité n’est pas absente.
   
   Avec cette écriture concrète, l’auteur navigue avec bonheur parmi ses jeunes personnages dont manifestement elle doit se sentir très proche.
   
   C’est un livre que l’on commence et que l’on n’a plus envie de lâcher.
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critique par Francès




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Un enfant qui a perdu sa mère, une mère qui a perdu son enfant
Note :

   Plus que la thématique "penchons-nous sur le sort des jeunes SDf ", c'est davantage l'histoire croisée d'une enfant sans mère et d'une mère qui a perdu un enfant que j'ai perçue dans le roman de Delphine de Vigan, "No et moi. "
   
   Franchement, je m'attendais au pire avec la rencontre de cette surdouée de 13 ans et de cette Nolwenn, jeune SDF qui va entrer dans la vie de Lou, à l'occasion d'un exposé. Mais finalement,j'ai trouvé beaucoup de délicatesse dans la manière d'aborder la problématique par l'intermédiaire de Lou qui aime la grammaire car elle structure la langue, elle qui voudrait tant que la vie soit cadrée ...: "Dans les livres, il y a des chapitres pour bien séparer les moments, pour montrer que le temps passe ou que la situation évolue, et même parfois des parties avec des titres chargés de promesses, la rencontre, l'espoir, la chute, comme les tableaux. Mais dans le vie, il n'y a rien, pas de titre, pas de panneau, rien qui indique attention danger, éboulements fréquents ou désillusions imminentes. Dans la vie on est tout seul avec son costume, et tant pis s'il est tout déchiré."
   
   En aidant, No, c'est finalement eux que les parents de Lou aident ,thème déjà abordé par exemple par Marie Desplechin dans son roman "Sans moi".
   
   Finalement ce que j'ai préféré, c'est le portrait de ces deux jeunes filles que tout semble opposer mais qui, chacune à sa façon, sont en décalage par rapport au monde dans lequel elles évoluent.
    ↓

critique par Cathulu




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Une fable tragique, tout en pudeur
Note :

   Lou Bertignac, 13 ans, est une enfant intellectuellement précoce, scolarisée en seconde. Un jour, elle croise une jeune fille à peine plus âgée qu’elle qui fait la manche et dort dans la rue. Cette jeune fille s’appelle No. Lou décide de l’interviewer pour son exposé de sciences économiques et sociales. Lou s’attache très vite à No. Mais cette dernière que la vie a brisée sera-t-elle capable à son tour de tisser un lien fort avec Lou?
   
   Voici un livre très poignant qu’a écrit Delphine de Vigan dont je découvre l’écriture. Le sujet est interpellant et demeure d’actualité. Il nous décrit la condition des sans-abris, blessés par la vie. No est une jeune fille rejetée par sa mère, jamais elle n’a pu grandir sur une base d’attachement sûr. Cette carence maternelle fait écho à celle vécue par Lou: depuis la mort tragique de sa petite sœur Thaïs, Lou a vu sa mère sombrer dans une profonde dépression, incapable d’aimer à nouveau sa fille. Lou vit dans un cocon matériel doré mais souffre de la pathologie de sa mère.
   
   Cette enfant précoce vit dans le tourment existentiel de l’adolescence, exacerbé par sa précocité: elle se pose de multiples questions, souvent saugrenues (dans quel sens faut-il tourner sa langue quand on embrasse un garçon?), en réaction à sa très forte angoisse. Quand elle rencontre No, elle découvre à la fois l’altérité (No lui est si dissemblable, dans une précarité et un dénuement extrêmes) et une occasion de s’identifier à quelqu’un qui lui tend un miroir (No est perdue tout comme l’est Lou qui traverse sa période d’adolescence).
   
   Delphine de Vigan raconte cette fable tragique avec beaucoup de pudeur, une écriture simple, peu recherchée (c’est une adolescente qui s’exprime, à la manière d’un journal intime). La trame narrative reste assez prévisible, le lecteur sent bien le ton tragique. Lou apprend une importante leçon de vie en quelques mois: elle se confronte au dénuement, à la toxicomanie, à la dépendance, à l’instabilité. Elle ressort de l’aventure avec No métamorphosée à jamais, grandie: faut-il voir ici un roman d’initiation?
   
   Ce livre compte aussi les tourments amoureux d’une adolescente, à la fois grande et petite comme le souligne Lucas, son amoureux: grande sur le plan intellectuel, avec des capacités de réflexion solides (elle réalise un brillant exposé sur le thème des sans-abris suite à l’interview de No) et petite sur le plan émotionnel (ses réactions ne sont pas toujours appropriées, elle ne maîtrise pas toujours bien ses émotions).
   
   Une histoire poignante et tragique qui nous fait réfléchir sur le sens de la vie à travers le regard d’une adolescente précoce.
    ↓

critique par Seraphita




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Croissance
Note :

   Sous l’apparence d’un récit léger, Delphine de Vigan nous propose une très belle histoire, pas si naïve qu’on l’aurait cru au premier abord.
   
   Lou Bertignac, la narratrice, est une ado surdouée. Elle a grandi entre une mère profondément dépressive et un père investi dans la compensation des lacunes maternelles. Du haut de ses quatorze ans, Lou n’est pas dupe, mais elle est surtout ravie d’avoir réintégré un collège normal, entourée de congénères plus âgés qu’elle. Elle s’absorbe dans l’observation attentive des mœurs de ses camarades de cours autant que des anonymes qu’elle choisit de rencontrer dans les lieux publics. C’est ainsi que le hasard lui permet de rencontrer une jeune fille plus âgée qu’elle. Elle devine tout de suite que No vit dans la rue. Sa curiosité insatiable trouve d’abord là un nouveau sujet d’étude, mais en réalité ce qui motive l’intérêt de Lou est une attirance pour la différence de cette personnalité habitée par le malheur:
   « J’ai revu la pâleur de son teint, ses yeux agrandis par la maigreur, la couleur de ses cheveux, son écharpe rose sous l’empilement de ses trois blousons j’ai imaginé un secret,un secret planté dans son cœur comme une épine, un secret qu’elle n’avait jamais dit à personne. J’ai eu envie d’être près d’elle. Avec elle.
   (…) En même temps il m’a semblé qu’elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu’elle connaissait de la vie quelque chose qui faisait peur.»(Page 20)

   
   No va ainsi entrer dans la vie de Lou, en réponse à ce besoin inassouvi de présence et de compréhension des lourdeurs de l’âme, ce mal-être qui éloigne la mère de Lou de ses devoirs familiaux. Elle espère de toutes ses forces créer avec No une complicité affective réelle, elle souhaite apprendre de No les ressorts de cette détresse qui ronge les êtres.
   
   À ses côtés, Lou bénéficie pourtant d’une autre présence bienveillante: Lucas, le cancre rebelle, détaché de tout, figure énigmatique et donc séduisante du garçon qui n’a besoin de rien ni de personne. Sauf que Lucas, héros solitaire et sans crainte, manifeste une attitude protectrice à son égard, alors que Lou peine à trouver sa place parmi les autres élèves.
   
   Bientôt, Lucas et Lou en viennent à partager l’aide secrète qu’ils essaient d’apporter à No. Mais il est si difficile d’apporter la lumière dans les tunnels d’un malheur congénital. Lou vit alors les hauts et les bas de No comme une initiation au monde «réel», loin de l’univers protecteur que ses parents ont tenté de forger pour elle. Au travers de ces péripéties, elle pourra assister à la résurrection de sa mère face à plus perdue qu’elle-même… Solidarité du malheur, éveil de la jalousie, solubilité des résolutions dans les addictions…
   
   Pour aborder tous ces sujets graves, la plume de Delphine de Vigan se fait légère, elle prête à Lou un langage simple et efficace, la trace légère d’une âme généreuse, sans à priori.
   ( Page 190)
    "Dans les livres, il y a des chapitres pour bien séparer les moments, pour montrer que le temps passe ou que la situation évolue, et même parfois des parties avec des titres chargés de promesses, La Rencontre, L’espoir, la chute, comme des tableaux. Mais dans la vie, il n’y a rien, pas de titre, pas de pancarte, pas de panneau, rien qui indique «attention danger, éboulements fréquents ou désillusion imminente». Dans la vie, on est tout seul avec son costume, et tant pis s’il est tout déchiré."

   
   En frottant son enfance finissante aux tourments de No, Lou ne peut que grandir. Et tant pis pour les illusions perdues, lou apprend à vivre entre le chagrin et l’amitié, le sacrifice et l’amour, le désespoir et la reconnaissance…
   
   Une belle histoire, accessible sans mièvrerie ni pathos.
    ↓

critique par Gouttesdo




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Lutte contre les exclusions
Note :

   Voilà un livre pour lequel j’ai éprouvé un vrai coup de foudre, à tel point que, bien que commencé à une heure déjà bien avancée de la soirée, je l’ai dévoré d’une traite, incapable d’envisager de le refermer avant la toute dernière phrase.
    Car il y a une justesse évidente dans la façon dont Lou Bertignac, une adolescente précoce et surdouée de treize ans, observe un monde dont, jusque là, elle ignorait tout.
   Lou, qui a un QI de 160, s’ennuie en classe. Elle est exclue par ses camarades parce qu’elle comprend toujours tout, répond toujours juste et vite, termine avant tout le monde ses devoirs sur table. Comme beaucoup de surdoués, elle est incapable d’aller vers celles et ceux de son âge et est tout autant déçue par le monde des adultes.
   
   Sans réfléchir, pressée par un professeur de Français qui terrorise sa classe, elle va donner comme sujet d’exposé la vie d’une jeune SDF en France et garantir à son professeur que l’originalité de son sujet reposera sur une interview d’une situation réelle.
    Alors, il faut bien que Lou dégotte son sujet. Parce qu’elle hante les quais de la gare d’Austerlitz, fascinée par les vies qui se nouent et se dénouent aux départs et aux arrivées des trains de grande ligne, Lou est repérée par No, une jeune SDF crasseuse et décidée.
   
   Une fois le contact établi entre ces deux êtres, chacune en marge, chacune "a-normale" à sa façon, une fascination réciproque va se développer. Elles vont devenir inséparables, s’épauler l’une l’autre dans leur apprentissage particulier d’une nouvelle vie.
   
   Lou est abasourdie par la difficulté à vivre dehors, les risques quotidiens, la violence de la rue et la gabegie des services d’urgence, saturés et démunis face à l’explosion de la pauvreté.
   No retrouve en Lou les sentiments amoureux qui éclosent, les interrogations sur la vie lorsque Lou se confie à elle un peu comme à une grande sœur. Car Lou est terriblement seule. Sa mère est dépressive depuis la mort brutale de sa petite sœur et s’enferme dans un silence glacial. Son père fait de son mieux mais a du mal à comprendre une fille trop intelligente et qui questionne tout.
    Alors Lou, aidée de son ami de classe Lucas, lui aussi révolté, en marge, abandonné de ses parents, va entreprendre de convaincre sa famille d’accueillir No, de lui redonner sa chance et confiance en elle, de se reconstruire.
   
   Il y a dans la façon dont le sujet de l’exclusion sociale est abordée dans ce superbe roman, une force d’autant plus grande que l’auteur a pris le parti de nous faire voir les choses par les yeux avisés mais encore purs d’une adolescente dans son corps mais terriblement adulte dans sa tête.
   
   Certains des mécanismes majeurs à fabriquer l’exclusion sont décrits dans toute leur crudité : violence familiale, famille éclatée, alcoolisme sont des facteurs aggravants qui, combinés, détruisent à coup sûr le moindre enfant pour l’envoyer à jamais du mauvais côté de la barrière.
   
   C’est pourquoi Lou aidée de Lucas se battront de toutes leurs forces pour sauver malgré elle une jeune femme vouée à l’autodestruction. C’est à une tragédie grecque moderne que nous assistons, et comme toutes les tragédies, le drame est présent mais forge les mortels humains.
   
   
   "No et moi" fut à juste titre récompensé du Prix des Libraires 2008.
   
   A lire sans la moindre hésitation.

critique par Cetalir




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