Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La Princesse de Clèves de Mme de Lafayette

Mme de Lafayette
  La Princesse de Clèves
  La princesse de Montpensier, suivi de Histoire de la comtesse de Tende

Madame de Lafayette (1634-1693) est l'auteur de l'un des romans les plus connus de la littérature française, "La Princesse de Clèves", paru en 1678. Amie de Madame de Sévigné et de quelques grandes figures littéraires de son temps, elle a également écrit des Mémoires, des nouvelles historiques et un long roman, "Zaïde".

La Princesse de Clèves - Mme de Lafayette

Amour amour
Note :

   J'ai retrouvé au hasard des étagères La Princesse de Clèves. Et à force de le feuilleter, j'ai fini par le relire. Bon, il faut dire que les souvenirs que j'en gardais, dix années s'étant passées étaient flous, et que finalement, c'est comme si je l'avais lu pour la première fois.
   
   Résumons: Mlle de Chartres épouse sans plus l'aimer que cela M. de Clèves. Elle, vertueuse, intelligente, sensible, qui se croyait à l'abri des passions va pourtant connaître un amour dévorant pour un autre, M. de Nemours. Et va précipiter le drame par cet amour et l'aveu de cet amour à son époux.
   
   C'est tellement mignon... Cette langue précieuse, élaborée. Cette absence totale d'histoire... En fait, ça me fait un peu penser à Jane Austen pour ce côté. Il ne se passe absolument rien (elle l'aime, il l'aime, elle est mariée, lui non, il lui fait la cour, elle se refuse, etc., etc.) mais on ne décroche pas une minute. Et puis c'est tellement caractéristique de l'époque: vertu austère (je pense au jansénisme, mais je me plante peut-être un tantinet de période là non?) contre moeurs d'une grande liberté, passions dévorantes et maîtrise de soi.
   
    Mme de Clèves est un personnage étonnant avec sa logique de confiance, de respect des engagements et de soi-même poussée à de telles extrémités. Elle en devient effrayante, inhumaine (un peu comme l'Electre d'Anouilh). Comme l'exprime bien son malheureux époux: "Vous avez attendu de moi des choses aussi impossibles que celles que j'attendais de vous. Comment pouviez-vous espérer que je conservasse la raison? Vous avez oublié que je vous aimais éperdument et que j'étais votre mari?"
   Tiens, au passage, je trouve savoureuse la conception du mariage décrite dans ce roman: l'amour n'y a que peu de place (sauf exception), voire aucune. Alliance, jeu de pouvoir oui, mais amour... Ce qui est parfaitement résumé par cette phrase: "On fait des reproches à un amant; mais en fait-on à un mari, quand on n'a qu'à lui reprocher de n'avoir plus d'amour?" D'où sans doute les mélis-mélos amoureux sans fins décris par Mme de La fayette.
    ↓

critique par Chiffonnette




* * *



Mieux que le film
Note :

   Après la vision du film de Christophe Honoré «librement adapté de la Princesse de Clèves», j’ai eu envie de replonger dans l’œuvre originelle. Et je suis bien content de l’avoir fait, à la fois pour la relecture de ce très beau roman, mais aussi pour le comparer avec la vision qu’en a Christophe Honoré.
   
   Ce qui m’a frappé dans la lecture du roman est que Mme de Lafayette dresse un portrait de la cour d’Henri II, et que le personnage de la Princesse de Clèves, et son histoire d’amour impossible, n’arrive que dans un second temps. Le portrait de la cour est assez déroutant pour un lecteur contemporain, car beaucoup de références compréhensibles au XVIIeme Siècle sont certainement beaucoup plus obscures aujourd’hui. D’autant que Mme Lafayette, en s’intéressant à la Cour d’un roi ayant vécu un siècle plus tôt, se permet très certainement de glisser dans le texte quelques phrases destinées directement à ses contemporains.
   
   Pour l’histoire de la Princesse, on retrouve cette histoire d’amour impossible entre cette dernière et Nemours, en raison du mariage de la Princesse qui ne veut sous aucun prétexte tromper son mari. Les tourments qui la prennent lorsqu’elle croise son prétendant, les malaises qu’elle a en pensant à lui sont terriblement désuets mais décrits d’une manière telle qu’ils en sont charmants. On se prend d’amitié pour cette Princesse, qui refuse de céder, même lorsque son mari meurt, pour préserver sa dignité.
   
   Par rapport au film, il y a tout de même quelques points très différents. Comme je l’avais dit dans le billet concernant La belle personne, la Princesse ne me parait pas effacée comme elle l’est dans le film. Surtout, Christophe Honoré a été bien inspiré (c’est le cas de le dire) de dire que le film est «librement inspiré». On sent dans le film la trame du roman (trame assez classique, d’une femme séduite par un amant, qui se refuse à lui), avec quelques passages clés comme celui du portrait égaré.
   
   Si le film est agréable, j’ai une préférence pour le roman, qui, malgré une écriture qui date de quelques siècles, est très fluide. Si quelques tournures sont datées, l’ensemble est tout à fait agréable à lire et très élégant. Un beau roman qui, même s’il ne sert pas à tous les guichetiers, est une référence importante de la littérature en langue française, et une lecture dépaysante.
    ↓

critique par Yohan




* * *



L'amour au temps de Louis XIV
Note :

   Présentation de l'éditeur
   
   "La princesse de Clèves montre l'effet ravageur de la passion dans une âme qui se veut maîtresse d'elle-même. De la première rencontre avec le duc de Nemours jusqu'à la fuite finale dans le "repos", en passant par un aveu qui cause la mort de son mari, Mme de Clèves assiste lucidement à une déroute contre laquelle ses raisonnements restent impuissants. Mme de Lafayette combat ainsi une grande partie de la littérature amoureuse avec cette arme qui s'appelle l'analyse. Mme de Lafayette ne l'a pas inventée. Mais jusque là, elle ne servait qu'à expliquer le comportement des personnages. Ici, pour la première fois, l'analyse devient un moyen de progression et la substance même du récit. Cette audace explique la fortune exceptionnelle du roman, et sa nombreuse postérité."

   
   
   
   Commentaire
   
   Tout d'abord, un avertissement. Ce billet ne contient aucune espèce d'analyse ou même aucune espèce de début d'ébauche d'analyse. Tout ce à quoi vous aurez droit, ce sont mes impressions de lecture et même avant de commencer ce billet, je sens que je vais avoir un peu de mal à rédiger un billet un tant soit peu compréhensible.
   
   D'abord, disons les choses clairement, j'ai adoré. C'était ma première lecture de ce roman (oui, je suis une vilaine qui a étudié les sciences pures à l'école et qui n'a donc jamais eu d'autre programme de littérature que celui de mon école secondaire et ensuite du Cégep) et la seule chose que j'en avais entendu dire, c'est qu'il y avait beaucoup, beaucoup de personnages. En effet, les dix premières pages, un soir, avant de me coucher, m'ont semblé un brin ardues... En effet, nous sommes immédiatement transportés à la Cour d'Henri II, fils de François premier, Cour qui nous est présentée avec leurs noms, titres, particularités. Et là j'ai eu peur. Sauf que bon, j'ai découvert, le lendemain soir, qu'après une bière, c'était soudainement devenu beaucoup plus clair. Voire limpide. Et c'est là que j'ai commencé à savourer.
   
   "La princesse de Clèves" est un roman écrit au 17e siècle, par une femme, elle-même habituée de la Cour de Louis XIV (si j'en crois mon ami Wiki. Oui, je suis inculte à ce point.). Si les personnages principaux sont fictifs, la toile de fond est réelle et de nombreux personnages ont existé, certains ayant vécu réellement les aventures qui sont racontées dans le roman, d'autres non. On nous raconte l'histoire de Mlle de Chartes, devenue Mme de Clèves, qui respecte son mari mais dont le cœur bat pour le duc de Nemours. Toutefois, elle semble résolue à être vertueuse et tente de combattre cette inclination.
   
   Pour ma part, mon plaisir de lecture a tenu à deux choses: l'écriture, cette plume qui nous ramène dans un autre monde, celui des galanteries et des amours courtoises et la psychologie des personnages, finement analysée sans nous fournir gratuitement toutes les clés. Ces phrases aux tournures passées, délicates, précieuses m'ont réellement transportée dans ces salons d'autrefois où on causait d'amour, où il y avait une distinction autre que le lien du mariage entre mari et amant et où galanteries de salon foisonnaient. On y parle certes beaucoup d'amour, on pense énormément à l'amour, mais ce n'est pas une vision rose et on sent que Mme de Lafayette a tout de même transgressé des codes de l'époque, ne serait-ce qu'avec la scène de l'aveu (non mais ça ne se fait pas, voyons donc!), que j'ai pour ma part adorée, non seulement pour la façon dont elle est décrite mais également pour tout ce qui a mené à ce choix, toute l'évolution du personnage, son tourment, ses questionnements, ses motifs aussi. Parce qu’entendons-nous, j’ai quand même noté une certaine mauvaise foi dans les discours intérieurs de cette charmante princesse. De plus, l'auteure nous offre une vision de l'amour et de la passion qui ne peut mener qu'au malheur, même lorsqu'on tente de la contenir ou qu'on affecte une vertu irréprochable. C'est qu'il n'y en a pas beaucoup qui sont heureux dans tout ce beau monde.
   
   C'est également une critique de la Cour et de son monde d'apparences, où tout le monde conspire, où s'enchevêtrent les cercles d'influence, où la manipulation est omniprésente et la liberté un concept ma foi assez abstrait. Tout le monde s'épie, tout le monde parle, plus personne ne s'étonne des infidélités, souvent acceptées ou tolérées. Les digressions de Madame de Lafayette - que j'ai pour ma part lues avec beaucoup d'intérêt tellement j'étais devenue partie prenante de ce petit monde (oui oui, une vraie petite courtisane qui voulait connaître tous les secrets de tous et chacun) - appuient son point de vue sur le beau monde - dont elle faisait partie - mais également sur l'amour et les conséquences de la trahison, du mensonge, de l'infidélité.
   
   J'avais entendu dire qu'il n'y avait pas d'action. Pour ma part, je me suis passionnée pour l'histoire de la lettre, pour les conséquences de l'aveu, j'ai été à la fois choquée et attendrie par les tentatives du duc de Nemours pour voir sa belle. Tout ceci pour dire que j'ai adoré, réellement, alors que je n'attendais rien du tout de ce roman. Limite que j'ai envie de lire la correspondance de Mme de Sévigné, qui traîne dans ma pile pour je ne sais quelle raison obscure. Faut que ça m'ait plu hein!
   
   Et je vous ai déjà dit que j'ai trouvé la plume délicieuse? Oui? Ok, désolée, fallait que je le redise.

critique par Karine




* * *