Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Les braises de Sándor Márai

Sándor Márai
  Les braises
  Métamorphoses d’un mariage
  L'héritage d'Esther
  L'étrangère
  La sœur
  Libération
  Les confessions d'un bourgeois
  Mémoires de Hongrie
  Divorce à Buda
  Le miracle de San Gennaro
  La conversation de Bolzano
  Un chien de caractère
  Les étrangers
  La nuit du bûcher

Sándor Márai est un écrivain et journaliste hongrois né en 1900 à Kassa alors partie de l'Empire austro-hongrois (aujourd'hui Košice, en Slovaquie) et mort (suicide) en 1989 à San Diego aux États-Unis.
(Source Wikipedia)


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les braises - Sándor Márai

Confrontation?
Note :

   Tout d’abord quelques lignes sur cet auteur hongrois né en 1900 et qui a été un écrivain culte pour les jeunes de sa génération. A cause de ses idées politiques antifascistes il a du quitter la Hongrie à la fin de la guerre pour s’exiler aux Etats-Unis. Pendant toute la période communiste il a été interdit de publication dans son pays et c’est après sa mort en 1989 et la chute du mur de Berlin que l’on a recommencé à éditer ses livres.
   Il fait partie des grands auteurs hongrois au même titre que Zweig et Schnitzler.
   
   L’action se situe à l’époque du déclin de l’Empire Austro Hongrois, dans un territoire aux confins de la Hongrie.
   Dans un château, vieux de plusieurs siècles, un général de l’Armée Impériale vit dans une retraite totale et volontaire depuis de longues années lorsque, soudain, une missive lui annonce la venue de quelqu’un dont apparemment il attendait la visite depuis ces mêmes longues années.
   
   Au fil des pages, et grâce à de brillants «flash back» nous comprenons que le personnage qui va venir le saluer est son «ami dآ’enfance» parti précipitamment et sans aucune explication voilà tout juste 41 ans.
   
   De manière tout à fait théâtrale il sera décidé de le recevoir dans les exactes mêmes conditions de leur dernier dîner, dans la même pièce, avec le même décor somptueux. Mais des trois personnages, alors présents, il n'en reste plus que deux.
   
   Dans ce face à face qui va s’installer, des souvenirs vont être exaltés sur leur jeunesse, époque brillante auréolée d’histoire et de gloire, certes sur le déclin alors, mais pleines de valeurs nobles et belles.
   
   Au gré des pages, comme pour détendre l’atmosphère pesante qui commence à se faire sentir, il nous est fait de splendides descriptions, de la nature, de la chasse, violon dآ’Ingres du châtelain, et de l’amitié enfin, sujet oh combien brûlant dans ce livre !!
   
   Très progressivement va s’opérer un rétrécissement du champ de l’action pour en arriver à un huis clos entre «l’ami» et le général. Ce dernier veut à tout prix connaître la vérité sur le départ précipité de son ami Conrad et il s’en explique par de longues et très belles réflexions sur l’amitié, et ses obligations, en quelque sorte.
   
   A ce moment du récit nous arrivons au point d’orgue de cette magnifique confrontation faite à la fois d’amour fraternel et de haine où des révélations sont attendues de part et dآ’autre.
   Cette nuit sera longue entre les deux «amis», à remonter le temps, et à se parler vraiment !
   Mais se parle-t-on vraiment un jour ?
   La vérité est-elle possible? Est elle bien nécessaire?
   
   Ce huis clos est absolument passionnant et se lit avec une grande intensité
   
   Dans un style clair, avec de belles phrases bien construites, Sandor Marai est à la hauteur du sujet qu’il traite à savoir lآ’amitié, son code d’honneur et le respect de l’autre.
   Il fait preuve de beaucoup dآ’intelligence et de finesse dans cette magnifique description des rapports humains.
   C’est du très beau style.
   Si je devais le renommer, je l’intitulerais «Confrontation», tant celle-ci est à bien des égards «brûlante».

critique par Francès




* * *



Une amitié passionnelle
Note :

   Au terme d'une séparation de quarante et un ans, le général est – enfin – sur le point de revoir Conrad, son camarade de l'école militaire auquel le liait une amitié qu'il ne serait sans doute pas exagéré de qualifier de passionnelle. Au temps de leur jeunesse, dans cette école où "du matin au soir, les élèves apprenaient ce que l'on ne devait pas dire" (p. 35), les deux garçons étaient inséparables, en dépit de leur différences sociales et intellectuelles. Et c'est Conrad qui avait présenté au général Christine, sa future épouse... Mais quarante et un ans avant la soirée de retrouvailles dont Sándor Márai nous fait le récit dans ce très beau roman, un drame les a séparés: Conrad est parti en Extrême-Orient, Christine est morte et le général, une fois libéré des obligations de son service, s'est cloîtré dans le château familial au plus profond des forêts hongroises.
   
   Récit de la naissance, de la vie et de la mort d'une amitié à l'exigence extrême, "Les braises" est aussi – à travers la figure du général, homme en définitive égaré dans une époque qui n'est pas la sienne – un portrait de l'empire austro-hongrois jetant ses derniers feux, de ses valeurs et de son art de vivre. C'est un récit de disparition, de perte et de fidélité par-delà l'inéluctable marche du temps, un récit mélancolique et digne que la plume sensible de Sándor Márai pare d'une séduction aussi douce qu'irrésistible, et dont les interrogations demeurent, au-delà du temps et des vies qui les ont vus naître, pour atteindre de plein fouet les lecteurs d'aujourd'hui, puisque "aux questions les plus graves, nous répondons en fin de compte, par notre existence entière. Ce que l'on dit entre temps n'a aucune valeur, car lorsque tout est achevé, on répond avec l'ensemble de sa vie aux questions que le monde vous a posées. Les questions auxquels il faut répondre sont: Qui es-tu? Qu'as-tu fait?... A qui es-tu resté fidèle? A quel propos as-tu été infidèle?" (pp. 115-116)
   
   
   Extraits:
   
   "Ils regardèrent alors un moment le spectacle qui s'offrait à leurs yeux: la grande pièce et les lourds meubles qui avaient conservé le souvenir d'une heure ou seulement d'une minute. Les étoffes des tentures, les bois et les métaux avaient d'abord simplement existé, mais quarante et une années auparavant, un instant leur avait insufflé la vie. Cet instant unique était devenu leur raison d'être. Et voilà que maintenant ils avaient repris la vie et semblaient aux-mêmes se souvenir." (p. 49)
   
   "Le général suivait chacun de ses mouvements. Maintenant que son ancien ami, comme dominé par la magie des lieux, s'était assis dans le même fauteuil, à l'endroit précis où il s'était assis quarante et un ans auparavant, il se sentait comme soulagé. Enfin, tout se trouvait à sa place, estimait-il?" (p. 72)

critique par Fée Carabine




* * *