Lecture / Ecriture
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Le premier siècle après Béatrice de Amin Maalouf

Amin Maalouf
  Les Echelles du Levant
  Origines
  Le premier siècle après Béatrice
  Samarcande
  Le rocher de Tanios
  Léon l'Africain
  Le périple de Baldassare
  Les Croisades vues par les Arabes
  Les jardins de lumière
  Les Identités meurtrières
  Les désorientés

AUTEUR DU MOIS DE SEPTEMBRE 2005

Né au Liban en 1949, Amin Maalouf fit des études d'économie et de sociologie. Il fut ensuite journaliste et grand reporter. Il s'exila en France à partir de 1975.


Il écrit dans un français extrèmement classique, utilisant une langue de conteur qui charme ses lecteurs et les entraine partout où il veut les mener (assez souvent dans le bassin méditerranéen, assez souvent dans le passé).

Il a été élu à l'Académie française en 2011.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le premier siècle après Béatrice - Amin Maalouf

L'équilibre du monde
Note :

   D'abord il y a le premier degré, qui nous dit qu'on nous raconte l'histoire d'une sorte de fin du monde qui aurait été déclenchée juste par le fait que, depuis toujours, la plupart des civilisations ont préféré un héritier mâle, au moins comme aîné des enfants ; et que ce conformisme idéologique était suffisamment mortifère, les progrès de la science aidant, pour pourrir la vie de tous, après avoir simplement pourri celle des filles depuis des générations.
   
   Ensuite, il y a le second degré, qui nous dit qu'il faut arrêter de nous raconter des histoires de bloc de l'Ouest contre bloc de l'Est et qu'il est grand temps d'admettre que la vraie guerre est celle du Nord contre le Sud.
   
   Jusqu'à présent, le Nord a mené assez facilement et a non moins facilement et largement abusé de sa suprématie, mais sans jamais tuer sa proie. Amin Maalouf nous montre comment un beau jour, peut-être pour pas grand-chose, parce que le Sud se sentira acculé vraiment, il peut échapper à tout contrôle, au sien comme au nôtre et «bouffer» le Nord, ou plutôt non, car il n'y aura pas de vainqueur, plutôt comment ce conflit peut détruire le monde.
   
   Mais ce n'est pas pour cela que j'ai tenu à présenter ici ce roman là d'Amin Maalouf. C'est surtout parce qu'il est un peu le mal aimé des lecteurs qui, trop habitués aux charmes envoûtants de leur conteur moyen oriental, ont beaucoup de mal à accepter de bon coeur qu'il ne leur parle pas de pays du bassin méditerranéen, mais des deux hémisphères ; qu'il ne leur raconte pas des histoires passées, mais des récits possiblement futurs. Je trouve que, le plus souvent, on est très injuste avec ce « Premier siècle après Béatrice » dont on sous-estime la justesse et la profondeur. Ce qui est fascinant ici, c'est de voir de quelle façon aisée et imparable on passe d'une situation égale à ce qu'elle est actuellement dans la réalité, à un total désastre planétaire.
   « Au cours du siècle dernier, notre planète s'est partagée entre un Sud qui récrimine et un Nord qui s'exaspère. Certains se sont résignés à voir en cela une banale réalité culturelle ou stratégique. La haine ne demeure pas indéfiniment une banale réalité. Un jour, sous quelque prétexte, elle se déchaîne, et l'on découvre que rien, depuis cent ans, mille ans, deux mille ans, rien n'a été oublié, aucune gifle, aucune frayeur. »
   
   Maalouf parvient à nous faire sentir que cela pourrait réellement arriver. Je ne pense pas que cela pourrait être pour une question de « fèves du scarabée » (ou de ce qu'elles représentent) mais cela pourrait arriver. Ces derniers temps, j'ai parfois l'impression qu'on est ainsi à la limite de basculer. Suis-je la seule ? Sûrement non.
   
   Mais, en fin de compte (un peu de légèreté), si j'ai tenu à représenter ce livre là, ce « Premier siècle après Béatrice », j'avouerai sans détour que c'est pour le personnage du narrateur. Cette première personne fictive qui est un homme dont je serais à coup sûr tombée amoureuse si j'avais pu avoir la chance de le rencontrer, une personnalité juste et équilibrée, le compagnon idéal pour moi? un comme on n'en voit que dans les romans.
   
   Un livre passionnant et hyper bien écrit, comme toujours avec Maalouf.
   
   PS: Vous trouverez sur ce site la fiche de "Quand les femmes auront disparu" de Bénédicte Manier qui traite (mais de façon non romancée) de ce problème.

critique par Sibylline




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