Lecture / Ecriture
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Bartleby de Herman Melville

Herman Melville
  Moby Dick ou le cachalot
  Bartleby
  Taïpi
  Omoo
  Mardi
  Moi et ma cheminée
  M comme: Moby Dick
  Redburn

Herman Melville (1819 - 1891) est un romancier, essayiste et poète américain.

Bartleby - Herman Melville

Grosse nouvelle plus que petit roman
Note :

   Grosse nouvelle et même énigmatique grosse nouvelle. Bartleby reste un mystère une fois l’oeuvre terminée. On a cotoyé Bartleby un temps donné, on le voit mourir mais quid ? Qui était-il ? Pourquoi était-il «le» Bartleby tel que Melville nous en parle ?
   
   Ca commence un peu comme commencerait un «Sherlock Holmes», dans l’ambiance, et dû à l’époque certainement, sauf que l’on est dans l’île de Manhattan, à New York, et à Wall Street plus précisément. Mais attention, Manhattan d’il y a bien longtemps ! Milieu du XIX ème !
   
   Le narrateur est patron d’une étude genre étude de notaires et donc emploie des «copistes» (oui, il n’y a pas de photocopieuses, ni même de machines à écrire, apparemment même pas de papier carbone ?) qui recopient les actes à la main. C’est dans ce cadre que le narrateur en vient à employer Bartleby, déja énigmatique dès son arrivée. Tout le mystère de Bartleby résidera dans sa réaction à tout ce qui ne sera pas strictement l’ouvrage de copie ; sortir faire une course, relire et corriger un acte, tout acte pourtant banalement courant. Sa réaction sera invariablement ; «Je préfèrerais n’en rien faire», sans plus d’explications.
   
   Le roman tient en ceci, évoluera vers des refus de plus en plus fondamentaux, sur le même mode, «Je préfèrerais n’en rien faire», jusqu’à des actes de vie refusés conduisant à une fin inéluctable.
   
   Barleby préfère donc n’en rien faire mais on ne saura pas pourquoi. Ca restera globalement une énigme une fois la dernière page tournée. On peut penser à Poe, à Kafka, à Beckett, en moins angoissant mais en non moins énigmatique.
   
   Petite considération supplémentaire mais externe au roman proprement dit, selon les traductions le «I would prefer not to do … » qui revient comme un leitmotiv, et qui constitue le ressort finalement du roman, est traduit selon les cas : «je préfèrerais n’en rien faire» (l’édition que j’ai lue) ou «J’aimerais mieux pas» ou «je préfèrerais pas». L’importance de la traduction !
   
   De même le titre de l’édition que j’ai lue était «Bartleby», simplement. D’autres figurent sous le titre «Bartleby le scribe» !
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critique par Tistou




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Autre édition
Note :

   Les Editions Amsterdam ont publié en 2004 une nouvelle traduction du Bartleby d’Herman Melville* qui présente l’intérêt, ajouté au charme d’un beau papier sur un format agréable, d’être illustrée par Jean-Claude Götting qui a fait une bonne carrière d’illustrateur après avoir obtenu le prix du meilleur premier album à Angoulème en 1986.
   
   Ayant découvert cette édition et tentée par les différents éléments que je viens de citer, je décidais que c’était là l’occasion de relire agréablement les soixante-dix pages de ce roman.
   
   Le récit est fait par un homme de loi de Wall Street qui, à cette époque dénuée d’ordinateurs et même de machines à écrire, emploie plusieurs scribes dont la tache est de copier manuellement les différentes traces écrites rendues nécessaires par les divers actes de loi du cabinet. Il se trouve un jour engager Bartleby, un assez bon copiste, qui peu à peu révèle des failles de plus en plus importantes dans son travail et son comportement. Le narrateur étant un homme aussi bienveillant que soucieux d’éviter les affrontements dans toute la mesure du possible, les choses vont lentement aller de plus en plus loin, vous verrez jusqu’où.
   
   C’est un récit intéressant par sa progression somme toute à peu près crédible, et dans lequel le lecteur ne peut s’empêcher de peser constamment ce que lui-même aurait fait dans les diverses situations qui s’enchaînent.
   
   Vu sous un certain angle, sans doute aujourd’hui parlerait-on de dépression. Mais on peut aussi, sous un angle différent, songer vaguement au combat de Gandhi et à la puissance de la résistance passive. Vu sous un autre angle encore, on a matière à réfléchir un moment à la ligne de moindre résistance qui tente tant de monde et décide de tant de choses. Pour Deleuze, il s'agirait d' "un néant de volonté plutôt qu’une volonté de néant» Je ne suis pas tout à fait d'accord puisque, par ses termes mêmes, Bartleby manifeste qu'il éprouve des préférences. Etc. Si on se lance sur Bartleby dans un moment d’oisiveté (transports en commun, salle d’attente) on peut s’occuper l’esprit un bon moment.
   
   Pour ce qui est de la traduction proposée par Jérôme Vidal, il a choisi de traduire le fameux "I would prefer not to" par "J’aimerais mieux pas” que j’apprécie assez, tout en précisant lui-même dans sa note de fin d’ouvrage que "plusieurs traductions en sont possibles, toutes, à divers titres et degrés, insatisfaisantes". De l’eau au moulin d’Umberto Eco**.
   
   
   * ISBN : 291554705X
   ** "Dire presque la même chose"
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critique par Sibylline




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Une histoire de Wall Street
Note :

    Le célèbre "I would prefer not to" est traduit ici par "Je préfèrerais pas".
   
    Homme d'un certain âge, le narrateur emploie dans son bureau des copistes de pièces juridiques ou scribes. Parmi eux les déjà originaux Dindon (Turkey), Lagrinche (Nippers) sans oublier le garçon de bureau, Ginger Nut, qui fournit les autres en biscuits au gingembre.
    "Les biscuits au gingembre sont ainsi appelés parce que le gingembre participe à leur composition et détermine en fin de compte leur saveur."

    Bien sûr, bien sûr.
   
    A la suite d'une annonce arrive un nouveau scribe, à "la silhouette lividement propre, pitoyablement respectable, incurablement abandonnée! C'était Bartleby!"
   
    Après une période où il accomplit à merveille son travail, voilà qu'il répond à toute demande "Je préfèrerais pas." et refuse de quitter le bureau! Que faire face à une attitude obstinée et respectueuse? Le patron de Bartleby passe par différentes émotions, argumente, tente de trouver une solution à cette situation devenue complètement absurde.
   
    On ignore si le narrateur est crédible, on n'en saura pas plus au sujet de Bartleby...
   
    L'ironie de Melville est palpable au cours des pages, qui laissent le lecteur amusé, perplexe, déstabilisé, quasi inquiet au fur à mesure de l'histoire. Il faut découvrir ce petit chef d’œuvre sans équivalent. Personnellement je ne connaissais que le début de l'intrigue et ai pris connaissance de son déroulement et sa conclusion avec intérêt et incertitude.
    ↓

critique par Keisha




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Glissement vers la mort
Note :

   1819-1891. Marin, aventurier, romancier et poète, Hermann Melville est surtout connu pour son roman "Moby Dick" (1851), inspiré de ses années sur les océans, de garçon de cabine dans la marine marchande à marin sur un baleinier, le plus déshérité des bateaux. Une vie mouvementée, empreinte de spiritualité.
   
   Après le succès de ses premiers récits de voyage, l’échec de "Pierre ou les Ambiguïtés", poussé par des nécessités économiques, il écrit des récits plus courts et ce sera "Bartleby", ovni littéraire, publié en feuilleton dans le journal auquel il collabore.
   
   Wall Street vers 1850. Hermann Melville abandonne la mer et ses houles, le pont des navires et la promiscuité pour rétrécir son univers à celui d un cabinet d’avocat coincé entre les hautes tours de Manhattan. Calme, paisible dirigé par un homme affable pétri d’humanité. Deux copistes sans envergure, âgés et peu soigneux poussent l’avocat au recrutement d’un troisième employé, un scribe. Bartleby apparaît, silhouette, livide et nette, pitoyablement respectable, d’un désespoir incurable. Ponctuel, diligent, sérieux, l’avocat ne doute pas un instant de sa collaboration pour boucler une affaire urgente. Sa réponse "I would prefer not to", le laisse abasourdi, incapable d’exigence. La suite va se révéler incompréhensible pour cet homme et déroutante devant l’effacement progressif du personnage jusqu’au glissement vers la mort.
   
   Cette réponse sibylline, "je préférerais ne pas" ni oui ni non, a donné lieu à de nombreuses interprétations et traductions. Comment ne pas voir dans Bartleby l’homme anonyme, l’être insignifiant qui oppose au destin une parole de souffrance déguisée.

critique par Michelle




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