Lecture / Ecriture
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Lettre à D. de André Gorz

André Gorz
  Lettre à D.

Lettre à D. - André Gorz

Un amour plus fort que la mort
Note :

   « Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien. »
   
   Dans cette longue lettre à sa femme Dorine, André Gorz revient sur 58 ans d’amour, de vie commune. Il revient sur cette femme qui est si peu apparue dans une œuvre qui, sans elle, n’aurait sans doute pas existé.
   
   “Lettre à D.” n’est pas vraiment une lettre, pas vraiment une description de la femme aimée. André Gorz parle beaucoup de lui au cours de ces 74 pages, il parle beaucoup de son travail de journaliste, de philosophe, de ses relations avec Sartre et d’autres, de sa tendance à refuser le monde. Mais quand il parle de lui, quand il regarde sans concession ce qu’il a été, il parle d’elle.
   
   Il rend hommage à une femme libre, intelligente, belle et courageuse. Dorine qui a accepté un époux pris par ses théories et ses dogmes, qui l’a aidé à écrire, à travailler, qui a toujours été présente. Dorine qui, par amour, a supporté les vaches maigres, les caprices de son mari, la maladie.
   
   Alors bien sûr André Gorz a une certaine tendance au jargonnage, à l’égocentrisme jusque dans cette lettre qui se voulait centrée sur sa femme, mais l’intensité de certaines pages, de certaines lignes, la beauté de cet amour qui a résisté à tout valent la lecture. Il y a des perles, des moments où le ventre se serre tant ce que dit cet homme enfin rendu à l’amour qui a traversé sa vie, qui a construit sa vie est fort. Un amour comme celui-ci, on ne peut avoir qu’envie de le connaître, de le vivre soi-même.
   
   « J’entends la voix de Kathleen Ferrier qui chante : ”Die Welt ist leer, Ich will nicht leben mehr“ et je me réveille. Je guette ton souffle, ma main t’effleure. Nous aimerions chacun ne pas avoir à survivre à la mort de l’autre. »
   
   André Gorz et sa femme se sont suicidés ensemble le 24 septembre 2007.

critique par Chiffonnette




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