Lecture / Ecriture
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Le Bal des Vipères de Horacio Castellanos Moya

Horacio Castellanos Moya
  Le Bal des Vipères
  Là où vous ne serez pas
  La mort d'Olga Maria
  Effondrement
  La servante et le catcheur
  Le dégoût

Horacio Castellanos Moya est un écrivain et journaliste salvadorien, né en 1957.

Le Bal des Vipères - Horacio Castellanos Moya

Vipères au poing
Note :

   Si vous croisez une vieille Chevrolet jaune en mauvais état, une vraie poubelle, prudence ! Il pourrait se faire que ce soit Eduardo Sosa qui erre dans la ville avec ses vipères –Beti, Carmela, Loli et Valentina– quatre charmeuses avec lui, quatre tueuses pour le reste du monde.
   
   En fait Eduardo, narrateur de la première partie, a pris la vie et l'identité d'un clochard ex-assassin et ex-ingénieur du nom de Jacinto Bustillo, et est parti venger ce dernier, semant la peur, la mort et la désolation, du centre-ville aux quartiers résidentiels, en passant par une station-service et un centre commercial.
   
   La narration passe ensuite à la troisième personne. La caméra-stylo de l'auteur suit Lito Handal, le flic de choc, commissaire soigneux de sa personne comme un Colombo. Puis, une journaliste de El Grafico, cette Rita que suit comme son ombre un photographe de presse, alias le Zompopo. Dans une brève quatrième partie, Eduardo Sosa reprend sa confession hallucinée et rentre chez lui, chez sa soeur Adriana…
   
   Dans sa virée sous cocaïne, Eduardo Sosa, élimine sans le vouloir un réseau de policiers-traficants de drogue, relance l'enquête sur un scandale financier, élimine sans le savoir le candidat à la présidentielle, met en danger les institutions de la République, et fait plus trembler la population que le réveil du volcan ou la reprise de la guerre civile, une horreur qui n'est jamais très éloignée dans la fiction de Moya, comme en témoignent "L'Homme en arme", et plus récemment "Déraison"..
   
   Étrange thriller, ce court roman intense fait monter l'adrénaline au moins autant qu'il génère le rire, pulvérise les pavés pesants d'auteurs à la mode l'été, et fait plonger dans le ridicule autobiographies et fictions qui se prendraient au sérieux.
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critique par Mapero




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Ella NO baila sola
Note :

   J’ai découvert Horacio Castellanos Moya à la Maison de l’Amérique latine. Quelques jours plus tard, je l’ai revu lors du Festival America, alors que je passais et repassais auprès de ses stands par hasard, toujours chargée de livres et, après quelques échanges en espagnol:
   1) J’ai décidé que ce cher Horacio est un auteur décidément très sympa et plein d’humour ;
   2) J’ai appris que plusieurs amies de l’auteur s’étaient fâchées après la publication d’un récit où les vipères, sensuelles et expressives, leur ressemblaient un peu trop. Il semblerait qu’elles n’avaient pas tort…
   
   La littérature latino-américaine a un côté décoiffant. Qui s’y frotte s’y pique. C’est le cas avec "Le Bal des Vipères", drôle de «road story» dans laquelle un jeune homme disparaît brutalement. On se souvient l’avoir vu discuter avec un SDF vivant dans sa voiture jaune, déglinguée, une ceinture en serpent à la taille et une bouteille de gnôle à portée de main. On est loin de se douter que le jeune sociologue au chômage s’est approprié l’improbable caisse. S’ensuit une virée étonnante à travers la ville, en compagnie de quatre vipères et d’un curieux chauffard qui sèment ensemble la terreur.
   
    Invasion de serpents? Œuvre d’un psychopathe? Approche du Jugement dernier? Complot politique? Sursaut des narcotrafiquants? Les hypothèses vont bon train mais la police ne parvient pas à prévenir les attaques de serpents qui engendrent des mouvements de panique dans différents quartiers de la ville. Quant à la relation entre le conducteur et ses vipères, elle est on ne peut plus charnelle, à divers degrés!
   
   Je n’étais pas certaine de survivre aux passages faisant référence aux vipères, ayant moi-même une peur bleue des serpents. Autant dire que Valentina, Carmela, Loli et Beti ressemblent étrangement à quatre femmes et, morsure à part, pourraient tout à fait faire oublier leur caractère ophidien.
   
   La course poursuite rocambolesque est racontée tour à tour par les fuyards, les flics dépassés et une presse sur les dents. Points de vue divergents, hypothèses absurdes et décalage donnent plus de dynamisme à un récit déjà mouvementé. L’écriture est fluide, sympathique, le style parfois un peu gouailleur. Outre le conducteur de la vieille Chevrolet et ses quatre concubines de choc, quelques personnages importants: la journaliste ambitieuse, son supérieur aux émanations de bouche d’égout, le responsable de l’enquête et surtout un de ses subordonnés, à la voix aiguë pas crédible pour un sou. Enfin n’oublions pas la critique du pouvoir en place, avec un Président incompétent, lâche et franchement ridicule.
   
   Beaucoup de second degré et d’humour dans ce récit décalé et original avec lequel je découvre enfin "Les Allusifs" (dont j’ai cela dit un certain nombre de livres en attente).
   
   Ah oui: lors de la conférence à la Maison de l’Amérique latine, un problème de traduction intéressant a été soulevé. Le titre original est Baile con Serpientes (et non Serpenties, petite coquille dans mon édition). Problème : on dit «una» serpiente mais «un» serpent, ce qui est très fâcheux pour les quatre sirènes de notre anti-héros. D’où le passage au mot «vipères» en français.
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critique par Lou




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Loli, Beti, Valentina et Carmela
Note :

   Quatrième de couverture:
   
   Dans les rues d’une capitale latino-américaine, Eduardo Sosa, un jeune homme désœuvré, décide de suivre l’intrigant Jacinto Bustillo, qui vit dans une voiture stationnée au pied d’un immeuble. Quelques heures et autant de gorgées d’alcool plus tard, l’étudiant chômeur tue le clochard pour se glisser à la fois dans la Chevrolet – jaune criard – et dans la personnalité de Jacinto, ou du moins celle qu’il imagine. Là, c’est la divine surprise : Loli, Beti, Valentina et Carmela, de somptueuses créatures toutes d’écailles vêtues, l’adoptent. Ensemble, ils s’en vont pied au plancher régler quelques problèmes conjugaux du trépassé. Et tant pis si leur virée contraint à la fuite le gouvernement et met la moitié de la ville à feu et à sang.
   
   

   Mon avis
   
   À vous qui pensez que le seul pouvoir des vipères est de vous faire fuir à toutes jambes, ce livre prouvera le contraire. Des vipères peuvent vous débarrasser de proches embarrassants, vous débarrasser d’un gouvernement corrompu qui vous encombre mais aussi faire exploser une station essence (bien sûr éviter de perdre votre véhicule dans cette explosion). C’est en tout cas ce que Eduardo Sosa arrive à faire avec ses quatre "filles" en moins de trois jours (pour tout vous dire, il arrive même a faire l’amour avec : cette scène m’a laissée perplexe). C’est donc un livre surprenant dans ce qu’il explore le fantastique et le burlesque.
   
   Il est construit en quatre parties, la première faisant parler Eduardo, la deuxième le commissaire chargé de l’enquête, la troisième une journaliste et la quatrième on retrouve Eduardo. L’écriture donne un sentiment d’urgence et de chaos comme dans "La mort d’Olga Maria". On passe un excellent moment de lecture.
   
   En conclusion, le seul problème avec ce livre c’est qu’il ne dit pas comment dresser les vipères!
   
   P.S. Ne me demandez pas comment mais il y a trois nouveaux livres d’Horacio Castellanos Moya qui sont arrivés dans ma PAL!

critique par Céba




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