Lecture / Ecriture
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Les yeux jaunes des crocodiles de Katherine Pancol

Katherine Pancol
  Les yeux jaunes des crocodiles
  Un homme à distance
  La Valse lente des tortues
  Encore une danse
  Les écureuils de central Park sont tristes le lundi

Katherine Pancol est une romancière française née en 1954 au Maroc.

Les yeux jaunes des crocodiles - Katherine Pancol

Une saga comme je les aime
Note :

   Madame mère, Henriette, le cure-dent, ses deux filles, Iris et Joséphine, et tout le petit monde qui gravite autour de ces trois figures féminines ô combien différentes.
   
   Mariées, nos fifilles, mais pas contentes, chacune pour des raisons différentes. La gentille (momolle) de l’histoire, c’est Jo. Au moment où son mariage se dissout, elle a quarante ans, et s’est reposée sur son Antoine pour tout un tas de choses. Devoir reprendre sa vie à bras le corps lui parait d’abord insurmontable, surtout avec l’opposition affichée de son aînée, la somptueuse Hortense. Pourtant, la vie va lui apprendre à mordre un peu plus, pour son bien.
   On suit au passage la relation colorée et tumultueuse de Chef et sa choupette, riche d’expressions populaires extrêmement goûteuses !
   
   Et puis donc, le temps passe, les choses bougent, et arrivés à la 648° page on se retrouve tout penaud, mais on ne veut pas du tout, nous, que ça s’arrête !!
   Ouf, une suite est annoncée, je me jetterai dessus.
   
   Il y a quelques petites fausses notes dans l’ensemble, le secret de Shirley, bon, franchement, pas vraiment d’utilité, et des petites facilités dont on aurait pu aisément se passer. Mais, selon mes critères, c’est largement compensé par un vrai pouvoir narratif : on s’y plonge avec délectation et on est accrochés jusqu’au bout. Bravo, et encore !!
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critique par Cuné




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Maudites bestioles
Note :

   J'en avais beaucoup entendu parlé avant de l'ouvrir ce roman, car on en a beaucoup parlé: les médias, les ami(e)s... et tous de convenir du bien fondé de cette lecture. Je l'ai donc lu et...
   
   Tout s'articule autour de deux soeurs, de leurs partenaires et de leurs enfants et... d'un mensonge qui pourrait presque être qualifié d'usurpation d'identité.
   
   Tout se conjugue entre médias du XXIème et roman du XIIème ( siècles!)
   
   Tout se noue et se dénoue entre un appartement de Courbevoie et un élevage de crocodiles en Afrique, en passant par un cabinet d'avocats richissime, un vieil industriel opportuniste qui n'a plus qu'un but dans la vie, avoir un enfant ( mais surtout pas avec sa femme psychorigide et esclavagiste!), une anglaise de souche royale mais obligée de se cacher, deux filles que tout oppose et une pauvre médiéviste - l'héroïne du roman- par qui tout arrive.
   
   Je me suis régalée à cette lecture récréative.
   
   Quelques traits:
   
    «Les enfants,,, ils possèdent une intuition diabolique ou angélique, au choix, mais ils savent,,, C'est leur faire injure que de les prendre pour des ignorants
   
   Le désir, c'est quand on est amoureux de quelqu’un, qu'on a très envie de l'embrasser mais qu'on attend, et toute cette attente, c'est le désir.
   
   Peu à peu se détachaient de l'ombre des taches jaunes, vacillantes qui s'allumaient les unes après les autres et semblaient converger vers lui, les yeux jaunes des crocodiles... Plus forte que la houle, il sentait grandir en lui une peur froide et tenace, Ils attendent, Ils ont le temps pour eux, tout le temps, qu'importe qu'on les trucide, ils savent qu'ils auront le dessus, que la force brute l'emporte toujours.»

    ↓

critique par Jaqlin




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La métamorphose du vilain petit canard
Note :

   Lorsque j’ai découvert que la télévision française allait diffuser l’adaptation des Crocodiles de Pancol, je me suis rappelé que j’avais quelque part ce rectangle de poche suffisamment épais pour tenir une semaine sur la plage. Oui, je ne sais pas pourquoi je trainais d’étranges a priori concernant ce roman et cet auteur. Non, les Yeux Jaunes des Crocodiles n’est pas un roman de plage ni même un roman à l’eau de rose. Non, Katherine Pancol n’est pas une vieille dame écrivant encore au stylo entre deux séances de thé. Enfin non, ce n’est pas un roman de plus sur l’air du temps et les rapports hommes/femmes.
   
   Et en même temps, bien sûr, il y a un peu de tout ça.
   
   Le propos est suffisamment léger pour qu’on puisse se laisser aller à une lecture de vacances. En effet, il ne va rien arriver d’irrémédiable aux personnages du livre, juste les aléas de la vie. Cela n’exclut pas une certaine profondeur. Si on ne peut le qualifier de grande littérature c’est tout de même très bien écrit. S’il y est question de maris, de femmes et d’amants, il traite aussi d’autres télescopages familiaux : une secrétaire qui n’est pas qu’une simple secrétaire, des rapports filiaux pas si simple, la culpabilité, la modestie, l’ambition, la générosité et beaucoup de mystère, mais surtout les rapports entre frères ou entre sœurs très bien dépeints (j’ai bien vérifié : Katherine Pancol semble être pourtant fille unique, ce qui tendrait à prouver que ce sont ceux qui n’ont pas cette expérience qui en parlent le mieux).
   
   Pourtant ça commençait mal. D’abord, je ne sais pas pourquoi Albin Michel a décidé (ou est-ce la volonté de l’auteur?) de ne pas présenter les chapitres avec ces fameux sauts de page mais les enchainer comme dans les bons vieux romans du XIXème. Un saut de ligne suffit pour passer d’une scène à l’autre. On étouffe un peu. Ensuite, mes stupides et mauvais a priori se confirmaient : les premières pages sont ternes et banales. Une femme sans personnalité est quittée par son mari. Ça sent le fameux roman pour midinette que je redoutais tant. Si on ajoute à cette femme bafouée, ignorée, une sœur qui a tout réussi, on se dirige droit vers ces historiettes modernes bâties sur des psychologies à deux balles avec des rebondissements attendus et convenus, à l’intrigue commune et au final décevant.
   
   Et puis, comme un moteur diesel ou un coureur de fond, le roman prend de l’ampleur, il trouve sa vitesse de croisière, se permet même des accélérations déroutantes. Les personnages se mettent en place, par petites touches. Dès lors il sera question de faux-semblants, de secrets, de révélations, de métamorphoses. Ces personnages viennent lentement s’immiscer dans votre vie. Ils squattent votre esprit pendant plus de six cents pages. Ils prennent toute la place. Et c’est un bonheur. Un peu comme lorsqu’on tombe amoureux. On ne peut plus s’empêcher d’aller voir derrière, à la page suivante. Que va-t-il leur arriver?
   
   On découvre qu’il y a du Frédéric Dard dans la gouaille de Marcel et Josiane, ça sonne comme du Audiard. Difficile d’imaginer une main de femme derrière ces expressions qui ont vécu (il me bat froid, je suis fait aux pattes) mais qui réjouissent toujours autant ceux qui aiment l’écriture virile au service de tendres sentiments. Car de l’amour il y en a dans ce roman. C’en est pétri sans ostentation. Caché parfois. Il n’y a finalement que ça. Amour déguisé, qu’on n’ose trop montrer de peur qu’il ne se dessèche, qu’il s’atrophie à trop vouloir le dévoiler. Plus on avance dans le roman, plus Pancol ose tout, jusqu’à ce qu’on n’y croie plus vraiment. Mais on lui pardonne. Pris dans ses filets, elle pourrait nous annoncer au détour d’un paragraphe la venue d’extra-terrestres place de l’Alma, on ne serait pas plus étonnés que ça. On en redemanderait même. Un brin, un grain de folie souffle alors et emporte tout.
   
   Reste la colonne vertébrale du livre. Celle de la création littéraire et là, Katherine Pancol met le doigt sur les doutes et les incertitudes de l’auteur face à la page blanche. Quiconque a tenté un jour de taper sur un clavier ou marteler une antique Remington, quiconque l’a joué plus desperate accursed author en faisant glisser un Mont Blanc sur la feuille qui vous nargue de sa blancheur aveuglante, connait ce sentiment. Les mots sont si volatiles, ils emplissent l’air tout autour et bien malin celui ou celle qui parvient à les faire tenir ensemble dans un semblant de cohérence. Si bon nombre de livres ont changé un tant soit peu la vie de milliers de lecteurs, un roman peut tout aussi bien transformer celle de son auteur. Ces réflexions sur la création littéraire nous donnent droit à un roman dans le roman. Une histoire du XIIème siècle où Pancol trouve des accointances avec notre époque. L’Histoire du monde n’est-elle pas qu’un éternel recommencement?
   
   On se met dans la peau de l’écrivain qui projette ses doutes et ses désirs dans sa prose, y mêle des personnes bien vivantes (comment elles peuvent se métamorphoser en personnages de roman), y règle parfois ses comptes, devient un autre lui-même. Au cœur du roman, un film me revenait en tête, le Magnifique où Bébel, au faîte de sa gloire, joue le personnage d’un écrivaillon de polar à la petite semaine, pantoufles et robe de chambre miteuse, attrapant rhume à la moindre fenêtre ouverte et pas sexy pour deux sous.
   
   Enfin, sans dévoiler davantage l’intrigue, euh, les intrigues, on aborde le terrible dilemme des mères porteuses d’une certaine façon. On finit par s’y attacher, à ces petites choses! Une phrase pêchée au détour d’un paragraphe, posée là pour nous faire méditer un brin résume à elle seule le propos de ces hommes et ces femmes qui se croisent, se mentent, se déchirent, se rabibochent, s’éloignent et se rapprochent, s’entrechoquent, s’ignorent, pensent aux autres ou rien qu’à eux-mêmes. En trois mot : des gens qui s’aiment.
   "On reconnait le bonheur au bruit qu’il fait en s’en allant."

critique par Walter Hartright




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