Lecture / Ecriture
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Eleanor Rigby de Douglas Coupland

Douglas Coupland
  Eleanor Rigby
  La Pire. Personne. Au monde.
  Génération A

Douglas Coupland est un écrivain canadien né en 1961 en Allemagne.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Eleanor Rigby - Douglas Coupland

Where do they all come from?
Note :

   Le récit nous est fait par Liz Dunn. C’est elle la «Eleanor Rigby» de ce livre.
   
   Liz a 36 ans, elle n’est pas belle mais intelligente, avec une tournure d’esprit originale. Toute femme vous dira que ce genre de doublon est absolument rédhibitoire et donc, comme de bien entendu, elle est seule, l’a toujours été et n’a guère d’espoir de ne plus l’être un jour.
   
   Elle a bien une famille me direz vous ? Certes : «Mère», pas plus affectueuse que son nom ne le laisse penser, «Père», totalement transparent et d’ailleurs actuellement décédé, une sœur genre pom-pom girl et une frère genre jeune PDG aux dents longues.
   
   Elle a bien un métier et des collègues de bureau ? Certes : juste le petit chef et les quelques collègues pas plus bienveillants ou malveillants que ça, habituels.
   
   Et tout ce petit monde qui l’entoure la considère comme une ratée de la vie, une laissée pour compte. Elle partage ce point de vue. Elle vit dans un petit appartement de Vancouver, propre et sans âme, le type même du lieu absolument sans vie qui vous convaincrait facilement qu’il est grand temps de sauter par la fenêtre.
   
   Mais un jour, l’hôpital lui téléphone. On a retrouvé un junkie inconscient et il portait un mot indiquant qu’en cas de situation de ce genre, c’était elle que l’on devait contacter. Il s’appelle Jérémy et bien qu’elle ne l’ait jamais vu, elle comprend tout de suite qui il est. Et je ne vous en dirai pas plus que la quatrième de couverture parce que l’histoire, c’est vraiment l’un des deux gros points forts de ce livre.
   
   Une histoire bien originale avec quelques rebondissements bien intéressants juste là où il faut et un tas de petits détails supplémentaires, de questions et de surprises qui font que l’ensemble est suffisamment étoffé et très vivant. Une histoire qui nous intéresse jusqu’au bout et qui nous conduit à dévorer ce bouquin pour savoir la suite, la suite, la suite.
   
   L’autre gros point fort, c’est Liz, sa vision de la vie, ses réflexions et raisonnements sur tout, dans ce qu’il ont d’originaux eux aussi, d’inattendus, de poignants et justes. Liz, considérée depuis toujours, par tous et elle-même comme «hors-jeu», s’est libérée des lieux communs et de la pensée commune et formatée. Elle s’est autorisée à avoir ses propres idées sur tout et c’est assez jubilatoire à découvrir.
   
   L’écriture est adroite, sans rien qui heurte, et efficace. Un outil bien huilé au service d’un ouvrier habile.
   
   Passons maintenant aux critiques :
   
   L’un des points faibles, vous l’avez sans doute déjà relevé vous-mêmes, c’est le côté convenu et stéréotypé des autres personnages (même Jérémy). Heureusement que les situations, elles, sont originales.
   
   L’autre point faible, c’est une fin, non pas une happy end quand même, mais néanmoins une fin assez convenue.
   
   Donc, pas un chef d’œuvre de la littérature, mais néanmoins un livre très agréable et intéressant à lire, dont on dévore les 300 pages sans que l’intérêt faiblisse, et dont je me suis régalée.
   Les romans, c’est ce plaisir là aussi.
    ↓

critique par Sibylline




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Une anti-héroïne attachante et drôle
Note :

   "Je pense qu'il existe dans la vie de chaque être humain un point où l'on prend conscience que l'on a atteint le maximum de ce que l'on pourra jamais avoir, que ce soit en matière d'amour, d'argent ou de pouvoir"
   
   
   Liz Dunn est célibataire, petite, grosse, rousse et elle porte des lunettes. Pour parfaire ce tableau, elle a le visage enflé car elle vient de se faire opérer des dents et est donc en convalescence pour quelques jours. Alors, comme il faut bien occuper le temps et qu'elle n'est pas débordée par ses amis-inexistants !- elle vient de se ravitailler en films pour occuper son week-end. Personne ne vient en effet jamais chez elle et la seule collègue qui passe -en profitant pour mater son appartement histoire d'en faire un compte rendu détaillé et pas forcément bienveillant aux autres!- le fait pour lui apporter des documents de travail !
   
   Il suffit souvent de pas grand chose pour bouleverser une vie ! Pour Liz, ce seront des retrouvailles imprévues avec un grand garçon de 20 ans, qui se révèle être le fils qu'elle a eu lorsqu'elle était adolescente, suite à une soirée bien arrosée lors d'un voyage scolaire en Italie ! Il est vrai qu'à l'époque personne ne s'était rendu compte qu'elle était enceinte vu sa tendance naturelle à l'embonpoint ! Et alors que sa mère l’a fait hospitaliser pour une indigestion, elle retrouve sa fille, à sa grande surprise, au secteur maternité ! Ou comment une seule expérience sexuelle peut changer toute une vie vingt ans après !
   
   Jérémy, qu'elle n'a vu que le jour de l'accouchement et qui a été parachuté de famille d'accueil en famille d'accueil, revient donc dans sa vie, après qu'il se soit retrouvé à l'hôpital pour cause d'overdose! Seulement, à part ses parents, personne ne connaissait l'existence de ce fils caché. Pourtant si Liz est jugée par tous comme ennuyeuse, elle est néanmoins fertile au grand étonnement de sa soeur, qui voit tomber du ciel un neveu 20 ans après et pose alors un tout autre regard sur Liz !
   
   Ces retrouvailles sont un vrai bonheur de lecture grâce à cette anti-héroïne attachante et drôle et ce jeune homme tout aussi sympathique malgré un parcours chaotique. Ces deux "laissés pour compte" sont l'occasion pour Coupland d'une fable incisive et rythmée et d'une réflexion sur la solitude et le regard porté -et subi- sur autrui, pour peu qu'il ne corresponde pas aux canons de la beauté ou de la mode.
   
   "Eleanor Rigby" est d'ailleurs le titre d'une célèbre chanson des Beatles dont le texte évoque la tristesse et la solitude. Et pourtant Coupland arrive à traiter de ces sujets en nous faisant rire ou du moins sourire. Je le dis souvent : les romans drôles et détendants sont rares or celui ci l'est même s'il traite d'événements a priori plutôt tragiques.
    ↓

critique par Clochette




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All the lonely people
Note :

    Liz Dunn a 36 ans et elle mène à Vancouver une vie extrêmement routinière et solitaire, n'ayant pour seules fréquentations que sa famille très réduite (son frère, sa sœur, sa mère). Un jour, elle reçoit un coup de fil de l'hôpital: un jeune homme de 20 ans, Jeremy, vient d'être admis aux urgences et elle était la personne à prévenir. La vie bien réglée et morne de la jeune femme va être bouleversée par l'irruption du jeune homme.
    
   Eleanor Rigby, dont le titre est un hommage à la chanson des Beatles ("All the lonely people, where do they all come from?") est un roman ma foi plutôt intéressant dont le ton, profondément original, m'a beaucoup plu. On suit le destin de Liz, destin qui semble toujours se retrouver contrarié par une cruelle ironie du sort puisqu'à chaque fois qu'il se produit un événement positif à même de sortir enfin cette femme de sa profonde solitude, qu'elle semble à la fois choisir et subir aussi paradoxal que cela puisse paraître, le destin se charge de lui rappeler que la vie n'est pas un lit de roses et que certains sont manifestement plus malchanceux que d'autres. On pourrait trouver ça too much (la dernière partie du roman a des accents de deus ex machina parfois un peu appuyés) mais cela ne m'a pas ennuyée un seul instant, séduite que j'ai été par la personnalité caustique de Liz qui ne se plaint jamais et prend ce que la vie lui donne même si c'est peu, même si c'est mal. Le style, distancié et ironique, est à l'unisson de cette histoire un peu décalée, et confère à ce roman une bonne partie de son charme. J'ai bien envie de lire d'autres romans de Douglas Coupland à présent. C'est malin, tiens.

critique par Fashion Victim




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