Lecture / Ecriture
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Cannibale de Didier Daeninckx

Didier Daeninckx
  En marge
  Le der des ders
  La mort n'oublie personne
  Le Poulpe : Éthique en toc
  Le facteur fatal
  Play-back
  Dès 10 ans: Il faut désobéir : La France sous Vichy
  Dès 10 ans: Un violon dans la nuit
  Passages d'enfer
  La route du Rom
  Lumière noire
  Mort au premier tour
  Cannibale
  Camarades de classe
  Itinéraire d’un salaud ordinaire
  Métropolice
  Nazis dans le métro
  Missak
  Histoire et faux-semblants
  Meurtres pour mémoire
  Galadio
  D comme: Le der des ders
  Le dernier guérillero
  Rue des degrés
  Caché dans la Maison des Fous
  D comme: Octobre noir

Didier Daeninckx est né en 1949.
Avant d’être écrivain, il fut imprimeur, animateur, journaliste local..
Son premier livre fut «Meurtres pour mémoire», dans la Série Noire Gallimard en 1984.
Son œuvre de romans populaires ou policiers (Il a plusieurs fois participé aux aventures du Poulpe) s’accompagne d’une critique sociale, historique et politique. Elle a déjà été récompensée par plusieurs prix.

Cannibale - Didier Daeninckx

Mémoires d’un Kanak
Note :

   A l'occasion de l'Exposition Coloniale de 1931, les autorités de Nouméa décident d'envoyer à Paris un groupe de jeunes Kanaks afin de représenter la Nouvelle-Calédonie.
   Arrivés sur les lieux de l'Exposition, ces hommes et ces femmes seront exhibés comme des animaux en cage. Brimés, dépouillés de leurs vêtements, ils seront contraints de jouer les "sauvages" et seront décrits à la foule des visiteurs comme étant de féroces anthropophages.
   
   Mais voilà que les crocodiles du zoo de Vincennes viennent subitement à mourir pour une raison inconnue. Qu'à cela ne tienne! les organisateurs de l'Exposition concluront un marché avec un cirque allemand: ils échangeront de nouveaux crocodiles en parfaite santé contre autant de "cannibales". Voyant une partie des siens littéralement kidnappés pour les besoins du zoo et expédiés vers l'Allemagne, Gocéné, un jeune Kanak, fera tout son possible pour faire échouer cette révoltante transaction. Il devra pour cela affronter l'incompréhension, la bassesse, la bêtise et la vulgarité de la populace et des autorités.
   
   Didier DAENINCKX , dans ce récit (court roman où longue nouvelle?) nous décrit l'océan qui sépare les colonisateurs des "indigènes" et nous invite à une réflexion sur ce qu'est la "civilisation" dans ses rapports avec ceux qu'elle ose qualifier de "primitifs", n'hésitant pas pour cela à user et abuser de poncifs et de clichés dégradants afin d'asseoir sa prétendue supériorité et de rabaisser le "sauvage" au rang de bête de foire.
   
   L'auteur, mettant en perspective le récit se déroulant dans les années trente et les évènements qui, cinquante ans plus tard, ont eu lieu en Nouvelle-Calédonie entre indépendantistes Kanaks et "loyalistes" Caldoches, dresse un portrait sans concessions des conséquences du colonialisme.
   
   Quant à ceux qui, il y a peu de temps encore, voulaient faire reconnaître les "aspects positifs de la colonisation", on ne peut que leur conseiller la lecture de "Cannibale", un récit court (93 pages) mais d'une grande densité, inspiré d'un fait authentique. Edifiant.
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critique par Le Bibliomane




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L'homme est une marchandise pour l'homme
Note :

   Didier Daeninckx aime inscrire ses ouvrages dans l'histoire contemporaine, pour en dénoncer les absurdités. Avec Cannibale, il plonge dans l'une des pages les plus sombres de l'entre-deux guerres, un moment où l'humanité et la civilisation sont tombés au plus bas : l'Exposition Coloniale de 1931. Car si aujourd'hui, un homme public comme Christian Karembeu, kanak, a fait connaître l'histoire de ce peuple de Nouvelle-Calédonie, elle est longtemps restée dans les oubliettes.
    
   C'est d'ailleurs en Nouvelle-Calédonie que débute le roman, sur les pistes, à une époque de lutte entre les autochtones et ceux qui veulent à tout prix conserver la main mise sur cette région. Cette entame contemporaine est une première approche avec les kanaks, et permet de se plonger ensuite dans le récit d'un des membres du convoi stoppé, qui raconte pourquoi il est ami avec un blanc, l'ennemi du moment.
    
   Son histoire, c'est celle de ces kanaks envoyés en France dans un zoo humain. Entre les crocodiles et les lions, ils sont exhibés aux parisiens comme des produits exotiques. Et ils sont une monnaie d'échange précieuse quand il s'agit d'acheter des crocodiles à un cirque allemand.
    
   L'auteur donne à l'ouvrage les aspects d'un roman d'aventure : deux hommes cherchent à savoir où ont été envoyés leurs amis, emmenés loin du zoo, découvrent la vie moderne et le métro, Mais par sa forme courte, il ne donne pas au récit l'envergure liée au genre. En fait, Didier Daeninckx signe un ouvrage sur l'un des aspects les plus honteux de la colonisation. Le livre ne vaut pas pour sa qualité littéraire, mais il permet d'appréhender un sujet qui mérite toute notre attention : comment un peuple qui se dit civilisé, qui lit Proust et Gide, peut-il accepter que tels traitements soient affligés à des êtres humains? Et cela nous renvoie finalement à notre époque contemporaine, au regard parfois condescendant qu'on peut avoir sur les peuples non-occidentaux (comme le montrent de nombreux commentaires sur ce qui se passe actuellement en Tunisie ou en Algérie, où au lieu de vanter le courage des peuples qui ont choisi la voie de la démocratie, on nous fait peur avec la menace islamiste). Ou plus proche de nous, à ce que nous faisons actuellement subir aux sans-papiers ou aux roms. Car si certains, peu nombreux, s'opposent à ce zoo humain, ils sont immédiatement réduits au silence par les autorités du moment.
    
   Une lecture que je conseille aux adolescents, ce ne peut être que le première étape d'une discussion approfondie.

critique par Yohan




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