Lecture / Ecriture
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Un roi sans lendemain de Christophe Donner

Christophe Donner
  Un roi sans lendemain
  Dès 11 ans: Les lettres de mon petit frère

Un roi sans lendemain - Christophe Donner

La faute à Hébert
Note :

    Quand l'écrivain Norden est contacté pour préparer le scénario d'un film sur Louis XVII, il connaît si peu ce personnage qu'il se plonge dans le Robert des noms propres avant de donner son accord. Multipliant ses lectures à la Grande Bibliothèque, il ne tarde pas à devenir un spécialiste du dernier Dauphin. Il pressent des acteurs et leur explique le projet tandis que Dora, une professionnelle de la télévision, devient sa compagne. Bientôt, s'il préfère écrire un roman plutôt qu'un scénario, c'est à cause du péché d'orgueil de la productrice ignare — dont on n'entendra plus parler par la suite !
   
    Royalistes et "nouveaux réactionnaires" seront les premiers satisfaits du résultat voyant dans ce livre une "divine surprise". De Michelet à Furet, les historiens reconnus n'ont au mieux considéré la mort de l'enfant-roi que comme dégât collatéral de la Révolution. Christophe Donner nous donne sa version du drame. Pour cela, il s'appuie sur le "Père Duchesne", le journal rédigé par Jacques Hébert. Il en fait le vrai coupable de la mort de Louis XVII : un crime parfait puisque Hébert mourut avant sa victime. Le rival terroriste de Robespierre est d'abord présenté comme un petit dandy désargenté. Chassé d'Alençon par une affaire de moeurs, il s'était mis en tête d'en finir avec le boulanger, la boulangère et le petit mitron.
   
    La Révolution parisienne voit ainsi monter de sa province un journaliste déterminé qui nourrit les pulsions égalitaires et sanguinaires des Sans-Culottes par sa feuille haineuse et grossière — foutre et bougre étant ses expressions favorites. Reconnaissons à Christophe Donner le mérite de faire connaître l'écriture de Jacques Hébert tant son roman esquisse en pointillé une anthologie du "Père Duchesne". En même temps, nous lisons la chronique ironique de la vie intime du roi, de Marie-Antoinette, justement qualifiée de "premier sex-symbol de notre histoire nationale", de son amant Fersen et de leur enfant-martyr. En fin de compte, Louis XVII est surtout un prisonnier politique mort de mauvais traitements à la prison du Temple en 1795.
   
    Donner réécrit donc l'histoire avec audace. La Révolution tire sa cause profonde de l'expulsion des Jésuites qui torpilla l'enseignement ; alors le cerveau des élites fut grignoté par les pseudo-Lumières et la Révolution ne fut plus que violence sadique. Jadis, G.Lenôtre (1855-1935) avait dépeint la Révolution comme une suite navrante de malheurs. On voit mieux aujourd'hui que notre Révolution ne s'était pas appliqué les droits de l'homme à elle-même, que les Sans-Culottes manquaient de jugeotte, et que bien des Grands Hommes étaient de petits salauds... Bref, si ce roman reste éloigné de la légende dorée de la Révolution française, il se dévore néanmoins parce qu'il est léger, coquin et irrévérencieux.

critique par Mapero




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