Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Le canapé rouge de Michèle Lesbre

Michèle Lesbre
  Le canapé rouge
  La petite trotteuse
  Sur le sable
  Un lac immense et blanc
  Ecoute la pluie
  Chemins

Michèle Lesbre est une écrivaine française née en 1939.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le canapé rouge - Michèle Lesbre

Un bonheur...
Note :

   Anne, la narratrice du "Canapé rouge", a entrepris un long périple en train de Paris à Irkoutsk. A la recherche d'un ancien amour dont elle est depuis longtemps sans nouvelles. Et peut-être plus encore à la recherche d'un nouveau souffle pour échapper à cette pointe d'amertume désabusée qui s'est petit à petit installée dans sa vie... "Le canapé rouge" est le récit de ce voyage, pour Anne le plus étrange de tous "parce que plus que tous les autres il [l]'avait sans cesse ramenée à [sa] vie, à la simple vérité de [sa] vie." (p. 85). Un voyage solitaire mais pourtant accompagné, tout du long, par l'image de Clémence, sa voisine du dessous, avec laquelle elle a partagé tant de moments complices et un secret dissimulé au creux des coussins d'un canapé rouge.
   
   Page après page, Michèle Lesbre file un chant très doux, très lumineux, invocation des pouvoirs du voyage et des rencontres - rencontres de hasard dans un russe hésitant, rencontres timides et balbutiantes à travers l'espace et le temps - pour fissurer les carapaces de nos vies sédentaires et de nos habitudes.
   
    Page après page, les images s'enchaînent, sortent de la page pour venir nous chercher, nous envelopper tour à tour dans la lumière qui baigne les immensités sibériennes ou dans les jeux de reflets miroitant sur la Seine.
   
   C'est merveilleux de finesse, de sensibilité et d'intelligence. Il y a là vraiment un travail magnifique sur les images et sur leur montage, qui font de ce "canapé rouge" un livre profondément original et dont l'apparente simplicité dissimule d'inépuisables richesses. C'est du grand art, le plus grand, celui qui sait se faire oublier tant il semble couler de source...
   
   Cent quarante neuf pages de pur bonheur.
   
   
   Extrait:
   "Les forêts devenaient l'image d'un paradis possible dont les hommes n'étaient pas dignes mais que les arbres, eux, savaient incarner. Ce paysage grandiose et dévasté, empreint d'une grande mélancolie, me parlait de tout ce que je ne savais déjà mais avec une force, une cruauté à laquelle je ne m'attendais pas. Il ne me quitterait plus pendant plusieurs mois après mon retour, s'installerait dans ma vie comme d'autres voyages l'avaient fait, bâtissant ainsi un monde singulier, imparfait, émotionnel, imaginaire parfois, le mien." (p. 62)
   ↓

critique par Fée Carabine




* * *



Banquette et canapé
Note :

   Anne, sans nouvelle de son ancien compagnon Gyl, décide de partir à sa recherche en empruntant un train mythique, le transsibérien jusqu'à Irkoutsk.
   Ce voyage au long court est une invitation à l'introspection et au déroulement des souvenirs.
   
   Le transsibérien est le fil intime de la narration: il renvoie le lecteur à un imaginaire de l'enfance (on ne peut s'empêcher de penser à "Michel Strogoff" de Jules Verne) mais aussi à un imaginaire politique (on pense bien sûr au wagon de plomb qui conduisit Lénine en Sibérie mais aussi au "Docteur Jivago" de Pasternak) qui donne un air de liberté et de conquête du bout du monde sans oublier de laisser un goût amer, celui d'un espoir perdu. Or, l'imaginaire, peu à peu, au rythme des paysages de désolation et de friches industrielles plus désespérantes les unes que les autres, se lézarde devant le spectacle d'une Russie post-stalinienne d'une grande mélancolie. "Les usines abandonnées se succédaient toujours, parfois le matériel était délaissé lui aussi, un monstrueux gaspillage qui, après le spectacle de ces femmes penchées sur les voies, suscitait la colère. Les forêts devenaient l'image d'un paradis possible dont les hommes n'étaient pas dignes mais que les arbres, eux, savaient incarner." (p 62)
   
   Le voyage ou la quête d'Anne est fait d'aller-retour entre les banquettes du transsibérien et le canapé rouge de sa voisine, Clémence, une vieille femme dont le grand amour, Paul, disparut dans la tourmente sanglante de l'Occupation. Paul qui demeure près de Clémence: une photo cachée entre les coussins du canapé rouge où Anne la rejoint pour lire les aventures de femmes libres et romanesques au plus haut point et pour discuter à n'en plus finir.
   
   Michèle Lesbre offre au lecteur un roman intimiste, nostalgique sans être larmoyant, avec des mots subtils, justes et évocateurs. De multiples petites touches de couleurs ajoutent au doux éclat des mots: un paysage découvert, une silhouette dans l'ombre, un chant sourd, des enfants faisant voler leurs cerfs-volants, les bords du lac Baïkal, une isba sobre et ouverte aux autres... Anne part à la recherche d'une réponse: aime-t-elle encore Gyl? Des réponses inattendues l'attendront au bout de son long cheminement entre Paris et le lac Baïkal.
   
   Certains trouveront que les clichés sont agaçants (les prénoms, la couleur des yeux, les paysages, la musique) et nuisent au roman, d'autres (dont je fais partie) aimeront cette lancinante chanson des steppes russes aux senteurs chaleureuses de samovar. Anne revient riche d'un petit quelque chose: une connaissance un peu plus fine d'elle-même. Sans doute est-ce un bien long voyage pour une si petite chose...souvent, les petites choses précieuses nécessitent un temps qui s'étire pour que le regard porté sur soi et sur le monde change et sauve. "Lorsque nous dormons chez lui, dans la chambre qui donne sur le quai, il m'arrive, au lever du jour, de venir jusqu'à la fenêtre et de plonger mon regard dans la Seine. Le souvenir de Clémence ne cesse de m'accompagner. Il brille à la surface de l'eau.
   Puis je retourne dans le grand lit où l'homme qui dort encore tend une main et la pose sur moi. Je pense à la terre après la pluie, à des ports, à des trains, à des rivières, à des enfants au bord d'un lac, à des petits matins sur une plage, à l'ombre des arbres...." (p 148)

   
   Le roman se ferme sur une note tendre et nostalgique, laissant le lecteur la gorge un peu nouée par l'émotion qui accompagne sa lecture. On aimerait avoir une voisine ressemblant à Clémence et se laisser aller sur le canapé rouge, avec un thé au goût russe, rêvant d'un transsibérien au long court!
   ↓

critique par Chatperlipopette




* * *



Un beau roman, doux et sensible
Note :

   "Mais lui avait décidé d'avoir un enfant. Je n'en éprouvais aucune tristesse, je mesurais seulement la distance entre nous et le temps qui s'était écoulé, un temps duquel j'avais trop longtemps tenté de m'échapper".
   
   Ce petit roman vous berce comme ce long voyage en train et pas n'importe quel train -le transsibérien- qu'entreprend la narratrice à la recherche d'un homme Gyl, ancien amant, qu'elle a profondément aimé, et qui est parti vivre loin, très loin. Pour cela, elle abandonne son immeuble parisien et surtout Clémence, sa voisine, à qui elle a l'habitude de faire la lecture et qui ne sort plus guère vu son âge. Clémence et son canapé rouge sur lequel elles échangent des confidences. Clémence reste pourtant omniprésente tout au long de ce voyage pendant lequel les pensées de la narratrice vagabondent...
   
   Un beau roman, doux et sensible, empreint de nostalgie sans être triste car le souvenir du bonheur c'est parfois encore du bonheur. Un trajet qui sera l'occasion aussi de faire le deuil de cet amour perdu.
   
   J'avais déjà beaucoup aimé "La petite trotteuse" où Michèle Lesbre était à la recherche de son père. Cette fois ci c'est un amour perdu qui sera l'objet de sa quête. Quête aussi du temps qui passe et de la vieillesse qui pointe.
    ↓

critique par Clochette




* * *



Plutôt intéressant!
Note :

   Anne est parti rejoindre son ami Gyl, à présent domicilié près du lac Baïkal. Elle voyage à bord de ce Transsibérien que Blaise Cendrars a rendu célèbre. Le style sera tout à fait différent. Il n’empêche : va t-elle réussir à faire exister ce train une fois encore?
   
   En chemin, c’est pourtant à sa vieille amie Clémence, que va une grande part de ses pensées.
   
   Clémence, modiste retraitée, est restée à Paris sur le canapé rouge, où elle est seule à s’asseoir désormais. Avec Clémence, Anne évoquait des femmes remarquables et leurs destins, leurs écrits : Olympe de Gouge, Marion du Faouët, Milena Jesenska… et même des vivantes telle la chanteuse Anna Prucnal.
   
   Ensemble elles ont aussi évoqué leurs hommes. L’ami de Clémence, Paul, la funeste année 1943, et Gyl qu’Anne veut rejoindre, de plus en plus mythique. Tous les deux incarnèrent à des époques différentes des rêves de révolution en rapport avec la Russie. Les héros ont disparu, les rêves se sont sclérosés et pourtant Anne est en route vers Gyl. De ce trajet, elle goûtera les éléments même du voyage, cahots du train, paysages, monuments, statues, écoute de la langue chantée et parlée, propos échangés avec les compagnons de voyage.
   
   Michèle Lesbre s’appuie, pour étoffer le texte, sur des souvenirs littéraires en grand nombre qui ne se limitent pas aux femmes remarquables et aux auteurs russes. Le livre possède une certaine puissance d’évocation, avec ses mélanges de flash-back portant sur des époques et des lieux diversifiés.
   
    Ce roman, assez intéressant, figurait dans la liste du Goncourt. Je les ai tous feuilleté, c'est le seul que j'ai eu envie de lire.

critique par Jehanne




* * *