Lecture / Ecriture
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Les Disparus de Daniel Mendelsohn

Daniel Mendelsohn
  Les Disparus
  L'étreinte fugitive

Les Disparus - Daniel Mendelsohn

"Sunt Lacrimae Rerum"
Note :

   Pourquoi ? Pourquoi le petit Daniel Mendelsohn, âgé de sept ou huit ans, suscite t-il tant de larmes chez les membres les plus âgés de cette famille juive américaine au milieu des années 60 ? Quand il se trouve en visite chez ses grands-oncles et grand-tantes, les yeux se mouillent, les gorges se serrent et l'on murmure à chaque fois le même nom énigmatique : Shmiel.
   «Oy, er zett oys zeyer eynlikh tzu Shmiel ! » Prononcent-ils en yiddish, «Oh, comme il ressemble à Shmiel !»
   
   
   Shmiel était son grand oncle, le frère aîné de son grand-père maternel.
   Shmiel, ainsi que sa femme Ester et leurs quatre filles ont été tués par les nazis pendant la seconde guerre mondiale.
   
   Alors que ses frères et soeurs ont quitté la Pologne au cours des années 20 pour s'installer aux Etats-Unis ou en Palestine, Shmiel est resté à Bolechow, ce village aux confins de la Pologne et de l'Ukraine où ses ancêtres avaient pris racine depuis le XVIIème siècle.
   
   Pourtant, Shmiel est venu lui aussi aux Etats-Unis dans le but de s'y établir, mais pour une raison inconnue il est subitement retourné en Europe. Pourquoi ce revirement ? Y-a-t-il eu un conflit familial, une brouille entre les frères, pour expliquer ce retour ? Toujours est-il que Shmiel semble s'accommoder de son retour dans ce village qui l'a vu naître. Les affaires sont florissantes et il est considéré comme l'un des notables de Bolechow.
   
   Mais arrive la guerre et l'Allemagne nazie envahit la Pologne. C'est à ce moment que la famille émigrée aux Etats-Unis reçoit de Shmiel des lettres désespérées leur demandant de les aider à émigrer vers l'Amérique et de les sortir de ce Gehenim (Enfer) dans lequel ils se trouvent plongés.
   Peine perdue, Shmiel, sa femme et ses filles vont mourir les uns après les autres, victimes de la barbarie nazie.
   Quant aux autres membres de la famille, ceux à qui étaient destinées les lettres de Shmiel, auraient-ils pu intervenir et les sauver ? Sont-ils restés indifférents aux supplications de leurs proches ? Ont-ils été dans l'impossibilité de faire quoi que ce soit après avoir tout tenté pour arracher Shmiel et sa famille au sort atroce qui les attendait ?
   C'est ce que Daniel Mendelsohn va chercher à savoir.
   
   Comme il ne retrouve dans les archives de la famille aucune réponse aux lettres de son grand-oncle, c'est auprès de son grand-père qu'il souhaite trouver une explication. Mais le sort en décidera autrement car le vieil homme, atteint d'un cancer, se suicidera, emportant dans la tombe le mystère de cette tragédie familiale.
   De plus en plus marqué par cette histoire, Daniel Mendelsohn va tenter de faire la lumière sur ce drame à l'aide des seuls éléments disponibles : de vieilles photos d'avant-guerre. C'est également auprès de témoins de cette époque, qu'ils soient juifs, polonais ou ukrainiens, qu'il va chercher à reconstituer, soixante ans après les faits, ce qui est advenu de son grand-oncle, de sa femme et de ses quatre filles.
   
   Cette enquête le mènera, bien sûr, en Ukraine dans le village de Bolechow, mais aussi en Australie, en Israël, en Lituanie, en République Tchèque, en Suède et au Danemark. Mais le temps lui est compté, les témoins sont âgés, les souvenirs s'effacent ou se contredisent, les blessures du passé sont encore vives et certains silences, certaines omissions, révèlent plus de choses qu'ils ne veulent en dissimuler.
   Ainsi, de découvertes en fausses pistes, Daniel Mendelsohn va peu à peu faire la lumière sur les personnalités de son grand-oncle Shmiel, de sa grand-tante Ester et de leurs filles Lorka, Frydka, Ruchele et Bronia. Il va aussi découvrir – par déduction mais aussi à l'aide de témoins, voisins et habitants de Bolechow à l'époque – les circonstances de leur mort ainsi que les lieux où se sont brutalement achevées leurs vies.
   
   
   C'est en regardant ces photos jaunies, en visitant ces lieux où ont vécu et où ont souffert les siens que Daniel Mendelsohn va amèrement constater, comme le fait Enée dans le livre premier de l'oeuvre de Virgile, qu' «Il y a des larmes dans les choses » (Sunt lacrimae rerum) et que ces photos, que ces endroits qui pour tant d'autres n'engendrent qu'indifférence, peuvent pour certains être porteurs d'une bouleversante et douloureuse émotion. Tous ces visages, tous ces regards, tous ces sourires figés sur un rectangle de papier ont appartenu à des êtres qui comme nous ont vécu, ri, souffert, aimé.
   
   Comme eux, nous disparaîtrons un jour. Certains se souviendront de nous mais avec les années ils seront de plus en plus rares et s'éteindront eux aussi jusqu'au dernier. Ne resteront plus alors, pour témoigner de ce que nous fûmes, que quelques images photographiques, quelques enregistrements qui peu à peu deviendront des énigmes pour celles et ceux qui tenteront de retrouver à qui était ce visage, à qui ce sourire, à qui ce regard ? Nous serons à notre tour devenus des énigmes.
   
   Avec « Les Disparus », Daniel Mendelsohn nous entraîne dans une enquête familiale passionnante et bouleversante, un récit poignant où l'on hésite entre le rire et les pleurs, une saga familiale aux dimensions épiques où le merveilleux le dispute à l'atrocité, mais un livre qui est aussi une méditation sur l'Histoire, la destinée et le souvenir.
   
   Au delà du destin particulier d'une famille, « Les Disparus » est un récit qui nous invite à réfléchir sur notre propre passé, sur ceux qui nous ont précédés et nous ont faits tels que nous sommes, mais aussi sur notre devenir et sur les traces que nous laisserons à nos descendants. Ce livre est aussi une interrogation sur cette malédiction attachée à l'espèce humaine, cette malédiction qui fait que, de tous temps l'homme s'évertue à jalouser son prochain, son voisin, son frère, puis à le haïr et finalement à l'exterminer. Un récit poignant, riche en émotions et en questionnements, qui s'annonce comme l'une des oeuvres majeures de la littérature consacrée au drame de la Shoah.
   
   «Les Disparus» a reçu le grand prix du National Jewish Book Award et du National Book Critic's Circle Award. Il a reçu le Prix Medicis Etranger le 12 novembre 2007. Il a été élu meilleur roman 2007 par le magazine Lire.
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critique par Le Bibliomane




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Ce cher oncle Schmiel
Note :

   Daniel, jeune garçon juif âgé de 12 ans, ressemble étrangement au frère disparu de son grand-père. Ce grand oncle a été victime de l'holocauste, tué pendant la seconde guerre mondiale ainsi que sa femme et ses quatre filles. A cause de cette ressemblance, quand il rentre dans une pièce, certaines des personnes de sa famille sortent un mouchoir ou pleurent, et semblent saisies par son physique mais personne ne lui explique pourquoi. "Ma mère parlait avec mon père en yiddish pour préserver ses secrets". Quant à son grand-père, dont il est très proche et qui lui raconte plein d'anecdotes et d'histoires, il reste désespérément muet sur cette partie de sa famille et ne parle absolument jamais de ce frère disparu.
   
   Oncle Schmiel, comme l'appelle affectueusement le narrateur qui ne l'a pourtant jamais connu, est resté en Pologne pendant la guerre alors que le reste de sa famille a pu partir aux États-Unis. Il reste à Daniel Mendelsohn, auteur, narrateur et héros de ce récit, des lettres poignantes et désespérées : "Fais ce que tu peux pour me sortir de ce Gehenim", gehenim signifiant enfer en hébreu et des photos avec dessous la formule allemande "Zur Erinnerung", en souvenir de. A l'aide de ces documents, Daniel Mendelsohn, considéré comme l'historien de la famille, va partir à la recherche de ses origines, et tenter de reconstituer l'histoire de son grand oncle et de ses cousines. Cette quête le mènera à travers plusieurs pays ou villes, Bolechow tout d'abord, la ville dans laquelle a vécu cet oncle avant sa mort et où le sort des Juifs est tombé dans les mains des Allemands en août 1941.
   
   Cette quête est racontée de façon très originale car il fait sans cesse référence au récit biblique, avec notamment le fameux épisode de Caïn et Abel mettant ainsi en lumière la culpabilité de son grand père de n'avoir pas pu aider son frère et de l'avoir ainsi involontairement "tué". Mais la notion de frère va jusqu'aux voisins, ces pairs qui finissent par trahir et dénoncer. Une référence au déluge aussi avec Dieu qui décide de dissoudre l'humanité car il regrette la création de l'homme. Certains témoignages sont en effet insoutenables notamment celui des wagons à bestiaux dans lesquels étaient transportés les juifs et on peut se demander comment les hommes en arrivent à de tels agissements.
   
   Ce récit est une quête autobiographique Il m'a fait penser à "Origines" de Amin Maalouf, autre excellent roman, où l'écrivain part là aussi à la recherche de son histoire familiale. Ce qui m'a frappé c'est que l'un comme l'autre sont confrontés à la nécessité de se dépêcher dans la mesure où les personnes qui peuvent témoigner ne seront plus vivantes très longtemps. Récit aussi sur la mémoire défaillante avec des témoignages parfois contradictoires, récit enfin sur une des plus grandes tragédies du 20ème siècle : l'holocauste à travers son histoire familiale, qui lui fait revivre la vie de cette famille disparue et d'une certaine façon leur rendre hommage et les rendre "vivants" car l'intéressent aussi bien la façon dont ils ont "disparu" que la manière dont ils ont vécu ces derniers moments, y compris par le biais d'histoires d'amour pour certaines des filles de Schmiel.
   
   Un grand livre dont on a beaucoup parlé et dont on reparlera sans doute.
   
   Prix Médicis étranger 2007.
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critique par Clochette




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"Tués par les nazis"
Note :

    Daniel Mendelsohn a treize ans quand il décide d'essayer de mettre bout à bout les histoires de famille que lui raconte son grand-père dans le but initial de construire son arbre généalogique. Peu à peu, il concentre son intérêt et ses recherches sur son grand-oncle Shmiel Jäger, sa femme et ses quatre filles, "tués par les nazis". Les Jäger habitaient Bolechow, une ville autrichienne, puis polonaise, puis russe (Bolekhov) et aujourd'hui ukrainienne (Bolekhiv), un parcours assez semblable à celui de Lubartow, berceau des Peretz, dont elle n'est peut-être pas très éloignée. Bolechow abritait trois communautés, les Polonais, les Ukrainiens et les Juifs, vivant à peu près en bonne entente jusqu'à l'arrivée des Allemands en juillet 1941. A Bolechow, "sur les six mille Juifs ne survivaient que quarante-huit personnes en 1944, ce qui veut dire que quatre-vingt-dix-neuf virgule deux pour cent des Juifs ont été tués à cet endroit."
   
    Après avoir recueilli tout ce qu'il pouvait savoir sur les Jäger auprès de sa famille, Daniel Mendelsohn, de New York, se met en quête des survivants, en retrouve une poignée éparpillés entre l'Australie, la Suède, Israël, le Danemark, part à leur rencontre, les interroge. Il effectue également plusieurs voyages à Bolechow, à la recherche d'éventuels témoins polonais ou ukrainiens. Toutes ces personnes ont plus de quatre-vingts ans, des souvenirs flous, incomplets, parfois contradictoires, des secrets aussi. Et puis "comment quiconque a survécu peut savoir avec certitude? C'est toujours ce que quelqu'un leur a dit. Ils n'y étaient pas. S'ils ont survécu, c'est qu'ils étaient cachés au moment où c'est arrivé." Petit à petit cependant, le puzzle se met en place et Mendelsohn parviendra à une connaissance satisfaisante du sort connu par ses parents.
   
   Il consigne ici ses recherches avec méthode, ses progrès, ses échecs, ses doutes mais cette partie factuelle n'est qu'un aspect de son travail. Le livre contient aussi une réflexion sur la mémoire, la famille, la transmission, sur l'Histoire, sur le judaïsme. L'auteur met constamment en parallèle la période historique qu'il explore, celle de l'Holocauste, avec des épisodes de la Torah (le Déluge et ses rescapés, la destruction de Sodome et Gomorrhe, Abraham et Canaan...) et des événements contemporains à l'écriture de son oeuvre (les pyramides de prisonniers formées par les Allemands lors de leur première Aktion à Bolechow et celles, identiques, constituées par les soldats américains à Abou Ghraib, en Irak).
   
    Avec «Les Disparus», le fruit d'une enquête de trente ans, Daniel Mendelsohn a écrit un grand livre, sensible, humain, justement salué par la critique lors de sa sortie à l'automne dernier. Mendelsohn est de plus un conteur habile, qui sait rendre son récit captivant de bout en bout. Mais c'est peut-être cette habileté qui constitue le seul bémol qu'on puisse apporter à son travail. Mendelsohn est un pur Américain, un enfant des années soixante, du cinéma et de la télévision dont il a assimilé toutes les ficelles: art du teasing ( "Il se trouve que ce n'était pas encore le choc ultime, la déception ultime, l'ultime ajustement nécessaire concernant l'histoire de la famille"), découpage (les fins de chapitre qui sont autant de chutes), gros plans (l'usage intensif des italiques), suspense, fausses fins, pré-générique, rebondissement final, générique (la litanie des remerciements). On n'ira pas jusqu'à parler de roublardise, ce serait exagéré et injuste, il est après tout logique que Mendelsohn utilise les ressources de son pays et de son temps pour explorer son ailleurs et son passé.
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critique par P.Didion




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Retour à Bolechow
Note :

   Couronné par le prix Médicis étranger 2007, “Les Disparus" de Daniel Mendelsohn est un livre rare: un livre qui tient de l'exploit. L'auteur, juif new-yorkais né en 1960, a été fortement influencé par les confidences de son grand-père Abraham Jaeger; il s'est ainsi passionné tout jeune pour le passé familial. Le grand-oncle Shmil Jaeger, frère aîné dudit grand-père, sa femme et leurs filles ont été tués par les nazis, en Galicie, lors de ce qu'on appelle désormais "la shoah par balles". Le livre raconte les recherches qui ont conduit Daniel Mendelsohn auprès des survivants du génocide et de témoins si possible oculaires des derniers temps de la vie de ses chers disparus. Plusieurs thèmes se croisent dans ce livre dont la lecture est éprouvante autant que captivante.
   
   On découvre comment on vivait dans un bourg de Galicie dans les années trente et quarante. Les juifs étaient commerçants, certes, mais tous les commerçants n'étaient pas juifs: il y avait aussi des commerçants polonais. Shmil Jaeger était un notable local, il habitait à côté de la mairie, il était devenu un chef d'entreprise possédant des camions, et son épouse, semble-t-il ne travaillait pas. Les filles faisaient des études, mais aussi du sport. Un établissement local abritait théâtre et cinéma. Mais, après plusieurs années d'inquiétude croissante après l'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933, tout bascula en 1941.
   
   Pour réaliser son enquête approfondie l'auteur s'est rendu à Bolechow (auj. Bolekhiv) au sud de Lwow (auj. Lviv) en Ukraine, une région qui appartint à l'Autriche-Hongrie. La ville avait été fondée par un noble polonais en 1612 et des juifs y vécurent depuis lors. Et des Jaeger au moins depuis le début du XVIIIe siècle. Avant la fin du règne de François-Joseph de nombreux membres des Jaeger et de familles apparentées émigrèrent aux Etats-Unis. Or, Shmil eut la mauvaise idée de… repartir de New York en 1913 pour sa Galicie natale. Après avoir servi dans l'armée de la double monarchie il s'établit comme boucher à Bolechow et épousa Ester. Le couple eut quatre filles: Lorka, Frydka, Ruchele et Bronia, toutes nées entre 1920 et 1929. Dix ans plus tard une autre guerre éclata qui fit de la région une province soviétique d'Ukraine. Deux ans plus tard, opération Barbarossa: la Wehrmacht repoussa les Soviétiques et les nazis procédèrent par "Aktion" successives à la liquidation des juifs. La fille cadette, Bronia, perdit la vie dès la première phase de cette "shoah par balles" le 3 septembre 1941, comme l'auteur finira par en trouver confirmation. Pendant toute une phase de son enquête, Daniel Mendelsohn a pensé que l'oncle Shmil, Ester et deux des filles avaient été gazés à Belzec. En fait, ses recherches le conduiront à d'autres conclusions. Toutes tragiques. Précisions que 99,2 % des juifs de Bolechow ont été exterminés.
   
   L'auteur disposait au départ des documents de sa famille établie aux Etats-Unis, notamment des photographies. Pour avancer dans sa quête, il utilise Internet (des sites de généralogie, sur le "shtetl", sur le génocide, etc) et surtout il doit interroger des survivants, tous anciens de Bolechow: à Tel Aviv, à Sydney, à Copenhague, à Stockholm. Il se rend aussi trois fois à Bolechow où il est aidé par un interprète ukrainien passionné comme lui de généalogie. Dans ces voyages, il est généralement accompagné d'un ou deux membres de sa famille, dont Matt un frère photographe, et aussi de Froma, universitaire pratiquant l'hébreu, qui l'incite à visiter les musées du judaïsme à Prague, Vienne et Tel Aviv. Ainsi retrouvent-ils par hasard une documentaliste, Yoma, avec qui le grand-père Abraham avait vécu entre deux mariages. C'est donc un lourd travail d'historien amateur qui se réalise sous nos yeux. Du fait des choix rédactionnels de Daniel Mendelsohn, le lecteur est associé aux différents temps de la recherche, au fil des voyages aériens dans la diaspora et des déjeuners avec les témoins du drame. Entre le magnétophone et la cuisine juive, entre les questions naïves et les réponses évasives, l'histoire — au sens de la découverte de la vérité — n'avance pas sans suspense: les pages s'accumulent et l'on tarde à savoir si les membres de la famille ont été protégés, s'ils ont été dénoncés, etc. Les imprécisions, les hésitations, les réponses trop simples ou les conclusions trop rapides concernent aussi bien les survivants de Tel Aviv ou de Sydney que les Polonais et Ukrainiens auxquels l'auteur s'adresse, empêtré parfois dans l'imbroglio des langues et les secrets des familles.
   
   L'auteur ne cache pas au lecteur la douleur qu'il éprouve en découvrant tous les malheurs et les indicibles souffrances de ses parents. On ne doit pas se cacher que les détails du drame sont souvent très violents: la barbarie à laquelle se livrent les SS et leurs valets polonais ou ukrainiens est d'ailleurs bien connue. Certaines scènes sont ainsi voisines de ce qu'on a lu dans "Les Bienveillantes" de J. Littell ou dans des ouvrages historiques plus spécialisés. Ici, il ne s'agit donc ni d'un roman ni d'un essai historique, mais du chantier mémoriel d'une biographie familiale. Une histoire juive, tragique où les comparaisons avec le Déluge et la destruction de Sodome et Gomorhe ajoutent une dimension culturelle bien particulière: celle de la culture juive et de la répétition.
   
    Un livre important, qui ne s'adresse pas seulement au public historien ou juif.

critique par Mapero




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