Lecture / Ecriture
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Magnus de Sylvie Germain

Sylvie Germain
  Hors Champ
  Magnus
  Eclats de sel
  Tobie des Marais
  Chanson des mal-aimants
  Patience et songe de lumière
  L'inaperçu
  Le Monde sans vous
  Petites scènes capitales

Sylvie Germain est un écrivain français née en 1954.

Magnus - Sylvie Germain

Dans les méandres de l’âme humaine…
Note :

   Prix Goncourt des Lycéens 2005
   
   «Ecrire, c’est descendre dans la fosse du souffleur pour apprendre à écouter la langue respirer là où elle se tait, entre les mots, autour des mots, parfois au cœur des mots.» : voilà bien un roman qui «colle» complètement à cette assertion et… qui mérite bien le Goncourt des lycéens !
   
   M.A.G.N.U.S. : six lettres brodées et attachées au cou d’un ourson qui débute sa vie en Allemagne hitlérienne, compagnon d’un petit garçon qui a tout oublié de ses premières années de vie ; six lettres qui deviennent prénom d’emprunt du petit garçon devenu jeune homme ; un jeune homme en quête de sa véritable identité…
   
   Ce roman nous percute parce qu’il nous parle de nous : la vie n’est–elle pas une quête incessante de la recherche de soi-même, avec des périodes intenses et des «passages à vide» ?
   "Assigné à résidence dans la nuit muette de son corps, il menait en fait un dialogue pluriel : avec les vivants, avec les morts, avec lui-même et bien d'avantage encore avec la part d'inconnu dont il sentait en lui la présence discrète et cependant souveraine."
   
   Voilà de quoi est fait ce roman que nous livre Sylvie Germain, en utilisant des procédés d’écriture peu communs : au milieu des fragments du texte, elle insère des paragraphes intitulés "séquence", "notule", "écho", "résonances" ou "éphéméride", en citant ainsi d’autres auteurs tels que Supervielle, Célan ou Shakespeare... Autant de scissions explicatives ou historiques nécessaires à la compréhension. Le tout formant un ensemble magnifique, émouvant, envoûtant, déstabilisant… bref, du grand chef-d’œuvre littéraire.
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critique par Jaqlin




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Qui est Magnus?
Note :

    Magnus est un jeune homme au corps solide, mais il porte le nom brodé sur l’écharpe d’un ourson en peluche, rescapé de son enfance. Ce nom masque le fait qu’il n’a pas de nom à lui et d’abord pas de mémoire, ou bien une mémoire bâtie sur des mensonges et des mythes familiaux qui lui sont étrangers.
   
   A l’image de son héros qui change plusieurs fois de nom (il a d’abord un nom trop lourd, double, écrasant, puis se choisit des noms qui effacent cette première histoire, sans savoir quel est encore son nom d’avant, le premier nom), le roman de Sylvie Germain est composite, tisse ensemble des fragments de souvenirs, d’amours perdus dans la maladie ou la vengeance, d’errances en Europe puis dans le Nouveau Monde. Noue ces fragments à des «notules», des «séquences», des «résonances», poèmes, bribes de discours, de dictionnaire, litanies.
   
   Le souffle du monde extérieur, des écrits des autres, s’invite dans cette épopée d’un être sans passé, né avec la guerre, dont l’existence s’inscrit dans le siècle.
   
   Histoire… et conte.
    L’écriture de Sylvie Germain a la pureté de ces histoires sans âge. Magnus doit grandir, mûrir, explorer le monde et affronter ses propres peurs. Il rencontre des ogres, des fées aimantes ou des princesses à sauver d’elles-mêmes, des moines pressentant leur mort.
   Voilà une sorte de roman-monde, à la fois classique dans l’écriture et moderne dans la forme, revisitant les contes pour mieux les inscrire dans l’histoire récente.
   
   Un roman ambitieux récompensé, à fort juste titre, par le Goncourt des Lycéens.
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critique par Rose




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Une quête d'identité
Note :

    Présentation de l'éditeur (extrait)
   "D'un homme à la mémoire lacunaire, longtemps plombée de mensonges puis gauchie par le temps, hantée d'incertitudes, et un jour soudainement portée à incandescence, quelle histoire peut-on écrire?"
   Franz-Georg, le héros de Magnus, est né avant la guerre en Allemagne. De son enfance, il ne lui reste aucun souvenir, sa mémoire est aussi vide qu'au jour de sa naissance. Il faut tout réapprendre, ou plutôt désapprendre ce passé qu'on a raconté et dont le seul témoin est un ours en peluche à l'oreille roussie: Magnus."

   
   
   Commentaire
   Ce livre patientait dans ma pile depuis un bon moment, probablement parce que l'ours de la couverture me faisait un peu peur!! Pour finir, il a fait l'objet de la pioche du jour et j'en suis bien contente parce que j'ai beaucoup aimé ma lecture. Ce livre m'a touchée à plusieurs moments et j'en suis ressortie émue mais un peu perplexe aussi.... vous allez finir par comprendre!
   
   D'abord, j'ai beaucoup aimé la plume de Sylvie Germain, ainsi que la structure de ce roman, ces fragments séparés par des échos, séquences, résonances et notules. Des extraits, des explications, des images visuelles ou sonores lancées au vent et qui reviendront plus tard... ça aurait pu briser mon rythme, me détacher de l'histoire, mais pas du tout. Ça m'a définitivement beaucoup plu, de même que ces mots travaillés, précis, ces phrases aux rythmes variant au gré de la quête du personnage principal.
   
   Et l'histoire? Une quête d'identité, une déconstruction et une vie à tenter de reconstruire 5 années disparues, perdues, envolées ou volées par une fièvre. Nous rencontrons Franz-Georg en Allemagne, dans sa petite enfance auprès d'une mère raconteuse d'histoires et d'un père médecin, qui s'occupe de personnes provenant de toute l'Europe, distant mais à la voix magnifique. Nous le suivons ensuite dans une vie d'errances, de recherche de soi, de fuites, auprès de "personnages qui se rencontreraient à la croisée d'histoires en dérive, histoires en désir de nouvelles histoires, encore et toujours." J'ai ressenti le profond désarroi de Magnus face à ces origines évaporées, face à l'Histoire, à ses conséquences, face à la culpabilité, à la peine, à la solitude mais aussi ses moments heureux, ses moments d'amour et d'exaltation. Bref, j'ai pleinement apprécié mon moment de lecture.
   
   Pourquoi perplexe, donc? Parce que bon, j'avoue que mon cerveau embrumé (je mets ça sur les restants de migraine) ont eu du mal à saisir toutes les subtilités de la fin du roman... que je ne suis pas certaine d'avoir bien compris. Je l'ai arrangé à ma manière mais je suis loin d'être certaine que ce soit celle de l'auteure! Ca finit brusquement et j'aurais aimé quelques chapitres de plus, juste pour être certaine... En fait, je ne suis pas du tout certaine de la signification du dernier personnage rencontré... Bref, je réfléchis depuis que je l'ai refermé et je doute toujours de mon interprétation... Et ça m'embête!! Bref, je retourne réfléchir! Peut-être qu'il me viendra un éclair de génie qui me fera apprécier encore davantage!
    ↓

critique par Karine




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La quête de soi
Note :

   Franz-Georg est né avant la guerre (celle de 39/40) en Allemagne mais il ne garde aucun souvenir de son enfance, seulement ce que sa mère lui a en a raconté: sa maladie qui lui a fait perdre la mémoire et lui a fait perdre le langage qu'elle lui a lentement et patiemment réappris.
   
   Franz-Georg porte les deux prénoms de ses deux oncles maternels tombés au combat, tombés dans l'enfer de Stalingrad. En plus de sa perte de mémoire, il doit porter le fardeau de ces "ancêtres", héros de guerre glorifiés par sa mère
   .
   Franz-Georg a du mal à saisir ce qui se passe autour de lui: sa mère, omniprésente, son père présent sans l'être vraiment et qui ne s'intéresse pas à lui, son fils. Ce père en blouse blanche, important, sévère dont les patients du curieux hôpital dont il a la charge, meurent par milliers du typhus. Ce père qui chante en compagnie de ses collègues des lieder au cours de soirées charmantes et conviviales. Heureusement, Magnus, l'ours en peluche que Franz-Georg serre souvent contre lui, est là pour l'écouter et recevoir ses inquiétudes, ses interrogations.
   
   Un jour, la panique chamboule la maisonnée et sa vie: ses parents partent précipitamment et une fuite incompréhensible commence pour Franz-Georg, une fuite qui l'amènera en Autriche d'où partira son père vers l'Amérique du Sud pour leur préparer une autre vie. Seulement, son père ne donnera plus jamais signe de vie et sa mère, si élégante et belle autrefois, s'étiolera à attendre, en vain, un signe
   .
   Les années passent, sa mère le confie, à la fin de sa vie, à son frère aîné, le pasteur qui a fui le régime nazi pour gagner l'Angleterre. Une nouvelle vie commence pour Franz-Georg qui doit abandonner son prénom et son nom, connotés: dorénavant, il s'appellera Adam, comme le premier Homme. Magnus, l'ours en peluche fait toujours partie du paysage et provoque d'étranges rêves chez Adam: une sensation de peur intense, une jeune femme qui s'écroule en le protégeant, une odeur de fumée et le noir de la terreur.
   Qui peut bien être cette jeune femme? Pourquoi son image est-elle ancrée en lui aussi profondément? Pourquoi ce trou de la petite enfance à la suite duquel il a dû tout réapprendre? Franz-Georg/Adam part à la recherche de cette identité en allant, en Amérique du sud, sur les traces de son père. La quête le mènera à se poser d'autres questions et à subir une autre perte de mémoire... il s'appellera Magnus.
   De Londres à Vienne en passant par Rome et la France, Magnus cherchera ses origines: dans son délire en Amérique du Sud, il a parlé une langue inconnue qui n'était ni de l'anglais, ni de l'allemand.
   
   Sylvie Germain relate une quête dense, troublante et remplie d'émotion sur l'identité avec un fil conducteur extraordinaire: l'ours en peluche "à l'oreille roussie", dont le foulard porte ce nom MAGNUS, symbole de l'enfance, lien d'une force inouïe avec le passé perdu recherché sans cesse au cours d'une vie riche en rebondissements... un conte sombre et lumineux qui serpente dans la forêt des sensations perdues. Un conte qui porte le poids de l'Histoire, le poids des horreurs, le poids de l'oubli qui est à deux doigts de la lumière de la mémoire enfin recouvrée. Un conte qui étreint le cœur, qui secoue les consciences par le regard d'un enfant qui ne sait plus d'où il vient ni qui il est parce qu'il pose des questions essentielles. Comment peut-on grandir et devenir un homme qui tienne debout, si toute sa vie n'est qu'illusions et mensonges? Comment être un homme quand un pan entier de sa vie n'est faite que d'incompréhension du monde que l'on côtoie? Comment devenir adulte sans perdre son âme, sans être torturé par l'ignorance de ses origines?
   
    En effet, "Magnus" nous parle de ce qui est universel chez l'être humain: l'importance de la filiation (comment comprendre le monde si on ne sait pas d'où l'on vient ni qui l'on est?), de l'amour parental sécurisant, antidote au sentiment d'abandon, socle de l'estime de soi et enfin l'importance de regarder vers l'avant malgré les pans sombres du passé car il est essentiel d'avancer pour continuer à vivre.
   
   Sylvie Germain distille les pistes de compréhension du récit au fil de ses "séquences" "notules" "échos" "résonances" "fragments" qui construisent le personnage et ses interrogations tout en éclairant le récit par des explications poétiques et en lui donnant une position historique.
   
   "Magnus" est un grand roman, beau, émouvant, poétique, éprouvant et déstabilisant par sa forme et son contenu. C'est l'âme humaine, dans ce qu'elle a de plus beau et de plus sombre qui est ici explorée. Une fois la dernière ligne lue, on reste la gorge nouée, muet d'émotion, l'écho de la quête de soi résonnant longtemps encore!

critique par Chatperlipopette




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