Lecture / Ecriture
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Et toujours en été de Maïté Bernard

Maïté Bernard
  Et toujours en été
  Fantômes
  Même pas Malte
  Monsieur Madone

Et toujours en été - Maïté Bernard

Le temps dure longtemps, et la vie sûrement…
Note :

   Je sors tout juste de la lecture de ce livre qui m’a pour le moins bien ébranlée. Pourtant, j’avoue avoir eu quelques difficultés au début à pénétrer son contenu car sa construction m’apparaissait assez confuse. Cette alternance dans la narration juxtapose d’une part la fuite à vélo le long du canal du midi de Sète à Toulouse de Thomas accompagné de ses deux filles et d’autre part le journal intime de l’une d’elles (l’aînée) depuis la fin des années 80.
   
   Puis, après une rapide adaptation, tel un puzzle, l’histoire se construit lentement, au gré de cette double narration parsemant ça et là suffisamment d’éléments pour tisser en toile de fond une partie de l’histoire de l’Argentine, celle de la disparition de quantité d’opposants au régime de la dictature de Videla et de sa junte militaire à la fin des années 70, durant la « guerre sale ».
   
   Le livre nous présente donc Thomas, la soixantaine, exilé argentin et ancien membre des montoneros (opposants actifs au régime de l’époque) qui est maintenant recherché par la police pour des crimes qu’il aurait commis dans son pays près de trente ans plus tôt. C’est alors qu’il prend la fuite en compagnie de ses deux filles. La cavale longe le canal du Midi dans une atmosphère plutôt paisible où se mêlent petits bonheurs partagés, discussions et révélations au milieu d’un décor tout à fait engageant.
   
   Parallèlement, s’intercalent au récit doucereux les bribes d’apparence plutôt légères et pourtant assez tourmentées du journal personnel d’Ilona (la fille aînée) qui, enfant impuissante, a assisté à l’arrestation de sa mère qu’elle n’a jamais revue ensuite. Depuis, sa propre vie en perte d’identité est assez chaotique, son quotidien n’est qu’une longue quête de vérité sur les circonstances de sa mort et sur ses responsables. Elle emmène le lecteur au cœur de ses déboires sentimentaux qui ne coulent pas toujours tel un long fleuve tranquille.
   
   Là, je loue vraiment les talents de l’auteure d’être parvenue à faire ressentir un tant soit peu la douleur incommensurable liée à la disparition d’un être cher orchestrée par un pouvoir tout puissant et surtout à cette absence de vérité qui lamine ses survivants.
   
   Ce livre restera assurément pour moi une approche perspicace et troublante de cette période obscure de l’histoire de l’Argentine.

critique par Véro




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